TRAITEMENT DES BOURGEONS ORDINAIRES ET ANTICIPÉS
Le bourgeon naît d'un œil. Sur le pêcher, ainsi que
Fig. 61.
nous l'avons déjà dit, il y a des yeux simples et des yeux
multiples, c'est-à-dire qu'à un œil simple principal viennent se joindre un ou deux yeux secondaires , dans ce dernier cas un de chaque côté de Tœil principal. Quand on aura sur le dessus des branches de charpente des yeux multiples, on choisira le bourgeon le plus faible, souvent c'est celui placé en arrière du côté du mur, et Vonébourgeonnerales autres dès qu'ils commenceront à végéter. Si le bourgeon conservé paraît vouloir se développer avec une vigueur exagérée, ce qui se reconnaît à son embonpoint et à son empâtement, on le pince
court. Mais si, au contraire, et c'est la règle la plus générale chez les arbres dont la charpente est bien conduite, il croît modérément, on lé pince long, c'est-à-dire lorsqu'il atteint de 0°^,25 à 0°^,30 (fig. 63). Puis on pratique des* tailles en vert, mais en ménageant la végétation de manière à obtenir une branche dans de bonnes conditions de fructification et à ne pas exciter la sortie de bourgeons anticipés à sa base. A la taille, on rabat le rameau sur des boutons à fruit, comme nous l'avons indiqué. Les bourgeons du dessous des branches de charpente subissent les mômes opérations , seulement on
prend là l'œil le plus fort pour avoir une coursonne solidement établie.
Quant aux bourgeons anticipés j on les traite de même ^
Fig. 63.
à Pexception de ceux placés près du terminal, qui sont pinces courts. Ils sont susceptibles de donner du fruit l'année suivante, surtout si le pêcher est à bonne exposition ou planté dans un terrain un peu sec, où le bois
acquiert un degré de maturité convenable et les boutons une bonne constitution.
Lorsque les faux bourgeons ou bourgeons anticipés poussent vigoureusement, ils présentent le plus ordinairement l'inconvénient d'avoir leurs premiers yeux de la base assez éloignés du point de leur insertion; ce qui, à la taille» oblige d'allonger le rameau anticipé destiné à donner du fruit. Il est un procédé qui a pour but de modérer la vigueur des bourgeons anticipés, de ralentir leur végétation de manière à provoquer la formation des premiers yeux vers la base de ces bourgeons, au lieu de les laisser s'en éloigner. Il consiste à fendre en deux parties le bourgeon anticipé à sa base, en le perçant d'outre en outre avec la pointe d'un canif ou d'un petit greffoir. Cette incision, qu'on doit faire dès que le bourgeon est assez fort pour la supporter, sans attendre qu'il soit trop poussé, arrête momentanément la végétation, et pendant ce temps d'arrêt il se forme un œil de chaque côté de la base du bourgeon ou près de la base. A la taille, on supprime le rameau anticipé dont la plaie s'est cicatrisée et qui a continué de croître, en le coupant sur ces deux yeux ; puis on choisit le mieux placé pour le bourgeon de remplacement. Celui-ci produira du fruit l'année suivante. On obtient par ce procédé une coursonne plus courte et un rameau à fruits ordinaire beaucoup mieux constitué sous tous les rapports, que le rameau anticipé.
Dans l'établissement des branches de charpente, on aura aussi égard aux yeux multiples, lorsqu'ils se trou-
veront placés à Tendroit de la taille. Ainsi, pour continuer les branches mères ou les branches extérieures, od préférera Pceil principal , tandis que pour les branches intérieures on prendra un œil secondaire.
Telles sont les différentes manières détailler la branche à fruits du pêcher; ce sont celles généralement admises et qui ont donné les meilleurs résultats. La pratique les a depuis longtemps sanctionnées.
H3. Pincement répété. — Cependant il est un autre mode d'opérer qui, dans ces derniers temps, a été misa l'ordre du jour; il simplifierait beaucoup le traitement de la branche à fruits du pêcher. Je veux parler de l'application du pincement répété à ce genre de branche; jusqu'alors elle n'avait été faite qu'aux autres arbres à fruits à noyaux. Depuis plusieurs années déjà un certain nombre de praticiens Tout employé, et, selon eux, avec succès.
114. Ce mode consiste à pincer tous les bourgeons destinés à former les branches à fruits au-dessus de la deuxième et de la troisième feuille , lorsqu'ils ont atteint environ de O'^jOS à 0°',10 (fig. 64). Le premier pincement doit s'effectuer de très bonne heure, à la fin d'avril ou au commencement de mai, le bourgeon étant à Tétat tout à fait herbacé, afin de l'arrêter longtemps dans sa croissance. Affaibli par cette opération, le jeune bourgeon reste stationnaire trois ou quatre semaines. Les bourgeons d'un même pêcher ne poussant pas tous à la fois, ce pincement n'a lieu que successivement; aussi, malgré sa sévérité, ne nuit-il point à l'arbre. Dans la
fig. 6iy le bourgeon a été pincé en a, à deux, bonnes
feuilles, non compris les folioles de la base que Ton
198 DE Là TAILLE DES ARBRES FRUITIERS.
rencontre quelquefois.. On a obtenu les faux bourgeons ou bourgeons anticipés do! .
H 5. Les deux ou trois yeux placés un à Paisseile de chaciine des deux ou trois feuilles conservées sur la partie pincée se développeront; les bourgeons anticipés qui en proviendront seront pinces à leur tour à deux ou trois feuilles, exactement comme dans le premier pincement : cela occasionnera encore un temps d'arrêt dans leur croissance. Ces bourgeons, ayant relativement moins poussé, ont dû être pinces à une longueur moindre que lors du premier pincement. Ainsi les bourgeons anticipés aV ont été pinces à deux feuilles en 6, et ont donné naissance chacun à deux nouveaux bourgeons anticipés h'h'VV.
Enfin les quatre ou six seconds bourgeons anticipés (selon qu'on aura pincé à deux ou trois feuilles) seront arrêtés également dans leur croissance par un pincement au-dessus de la deuxième feuille et souvent même de la première. Ce troisième pincement sufSt quelquefois. En se reportant à la figure, VVW sont les seconds bourgeons anticipés que nous avons pinces en c audessus de la deuxième feuille. Si les troisièmes bourgeons anticipés c^cc'c'c'c^c'c n'ont plus besoin d'être pinces , on les laissera , autrement on les rapprochera jusqu'auprès du point de leur naissance, par une taille en vert.
Pendant la végétation, il se forme, à la base du bourgeon naturel et sur les bourgeons anticipés, de petites branches à bouquet et des boutons à fleur que Ton dis-
tingue parfaitement au printemps suivant , au moment delataille(fig. 65).
116. Le succès de cette méthode dépend en grande partie du premier pincement; il faut le faire de bonne heure , comme nous Tavons déjà dit , afin de laisser le bourgeon dans un état d'infériorité relative et d'empê-
Fig. 65.
cher son trop de vigueur, ce qui formerait confusion parmi les bourgeons anticipés et éloignerait de la base la production du fruit. Toutefois il est bien rare que trois pincements suffisent; au contraire, la plupart du temps, on pince continuellement pendant tout le cours de la végétation. Alors la taille en vert est indispensable. Pour éviter la multiplicité des bourgeons, on
est souvent obligé de revenir sur les pincements antérieurs.
La taille de ces bourgeons pinces est simple en ellemême (fig. 65). Lorsque les rameaux sont suffisamment garnis de boutons à fruit, on supprime quelques parties pincées en ne gardant que la quantité nécessaire pour avoir un ou deux fruits par coursonne et en se rapprochant toujours de la branche de charpente. La figure représente par de petits traits les endroits où il convient de tailler; nous avons laissé sept ou huit fleurs pour choisir notre fruit lors de Téclaircie de ce dernier. On le prendra, autant que possible, sur les premiers pincements dont le bois mieux aoûté l'assure davantage. Dans le cas où il n'y aurait ni branche à bouquet ni boutons^ on rabat la coursonne sur deux yeux les plus rapprochés de la base; quand ils seront développés, on supprimera un bourgeon , celui conservé sera traité par le pincement répété.
117. Les yeux des rameaux sont destinés à donner les bourgeons et les fruits Tannée suivante; mais il peut arriver qu'il n'y en ait pas. Cette particularité se rencontre parfois sur les bourgeons anticipés naturels avant d'avoir subi leur premier pincement. Un bourgeon pousse pour constituer une branche de charpente; pendant sa croissance, il émet naturellement une certaine quantité de faux bourgeons; ceux-ci, le plus ordinairement, n*ont pas d'yeux à la base : aussi faut-il les pincer en a sur leurs deux premières feuilles, presque toujours opposées (fig. 66). Les bourgeons anticipés bb seront
pinces. Par suite de ces pincements, il se forme à la base des bourgeons anticipés des yeux restés latents. La taille se fera telle que nous l'indiquons par de petits traits sur la figure, en ayant soin de tailler assez long pour avoir un œil. S'il n'en existait pas, ce qui peut arriver, la coursonne serait vite épuisée, et l'on aurait un vide sur
Fig. 66.
la branche mère. Pour regarnir la partie dénudée, on laissera pousser sur une coursonne voisine un bourgeon sans le pincer; on le greffera ensuite par approche. Le rameau c est conservé en entier, moins pour obtenir son fruit peu assuré que pour avoir un œil à bois.
H8. Si le rameau à fruits avait reçu déjà une taille l'année précédente, comme le montre en a la figure 67, on pincerait ses bourgeons à deux feuilles au plus, afin
de concentrer la sève vers la base et prévenir son allongement démesuré, qui, disgracieux à la vue comme le rameau anticipé naturel, éloignerait trop la production du fnjit de la branche mère. Quant à la taille, on la rapprochera le plus possible, dans le même but, tout en
Fig. 67.
gardant assez de fruits. Sur cette coursonne on a pratiqué les tailles en vert nécessaires ; ainsi on a moins de confusion et le bois est mieux aoûté, conditions importantes.
119. Pour les pincements et les tailles à exécuter les années suivantes, ces opérations sont en tout semblables à celles que nous venons de rapporter; on cherchera
TAILLE DES ARBRES EN ESPALIER. 20a
principalement à obtenir le développement de bourgeons à la base des rameaux conservés , sur lesquels on puisse se rapprocher pour remplacer ceux qui ont déjà produit, et renouveler ainsi la coursonne.
120. On le voit, ce mode de traitement de la branche à fruits du pécher est très simple. Il n'y a plus à s'occuper du bourgeon de remplacement aussi spécialement, il se développe toujours, ni des palissages en sec et en vert : c'est un avantage. Il semblerait donner lieu à une production de fruits plus abondante, en ce sens que Ton conserve les coursonnes sur le devant des branches de charpente, et que celles-ci peuvent être multipliées davantage sur une surface donnée en les rapprochant entre elles. Effectivement un écartement de 0'",25 à 0°*,30 suffit, le palissage des branches à fruits n'ayant plus lieu. De plus, les branches charpen^ tières sont protégées par les feuilles des coursonnes de devant contre l'ardeur prolongée du soleil, quelquefois cause de dépérissement pour ces arbres .
Cependant ce mode n'est pas exempt d'inconvénients. Indépendamment de ceux signalés, la fréquence des pincements exigeant autant de temps et plus d'assiduité que le palissage, et les vides occasionnés par le manque d'yeux sur les coursonnes provenant de faux bourgeons naturels, on éprouve aussi un retard dans la formation des arbres, en employant les formes usitées jusqu'à présent, à l'exception de la forme oblique et de la palmette à branches verticales. Ce retard est dû moins au rapprochement des branches charpentières entre elles
qu'au peu de vigueur des pêchers ainsi continuellement pinces. Le froid, dans les hivers rigoureux, nuit aux derniers pincements, dont le bois s'aoûte lentement. Puis on a la crainte de voir dépérir peu à peu les coursonnes inférieures sur les branches de charpente, leur traitement étant identique avec celui des coursonnes supérieures ; et nous savons qu'on doit les tenir plus longues, si l'on veut les maintenir en bonne santé. Enfin la production du fruit n'est pas toujours régulière sur l'arbre; souvent le bois n'étant pas suffisamment mûr, les fleurs sont mal constituées aussi, quoique nombreuses et s'épanouissant bien ; les fruits nouent mal et sont disposées à ne pas devenir aussi beaux qu'avec la méthode ordinaire. Ce dernier inconvénient est très grave ; on y pare en partie au moyen de la suppression d'un grand nombre d'entre eux et d'une taille en vert pratiquée avec intelligence. Les arbres soumis à ce système végètent assez chétivement en général, et dans bien des terrains vivent peu.
Pincement mixte. — Toutefois, comme cette méthode est réellement simple à appliquer, je pense qu'on peut utilement l'employer avec l'espoir d'obtenir des résultats assez satisfaisants en pratiquant les modifications suivantes qui constituent le pincement mixte. Pincer les premiers bourgeons , qui naissent sur les branches charpentières, à une longueur de 0™0,5 à O^'jaO, puis les rapprocher au bout de quelque temps par une taille en vert. Ensuite on pincera de cinq à huit feuilles les bourgeons anticipés , qu'on maintiendra au nombre de
trois OU quatre au plus sur chaque coursonne à Taide de tailles en vert. On évitera le pincement , autant qu'on pourra 9 depuis le moment où le noyau commencera à prendre une certaine consistance jusqu'à celui de la maturité du fruits Les bourgeons qu'il serait cependant nécessaire d'arrêter, par suite de leur trop grande force, seront pinces longs. Aussitôt la récolte terminée et même un peu avant, pour faciliter davantage la maturité des bourgeons, point très important, les tailles en vert et les pincements seront repris , en se rapprochant le plus possible de la branche charpentière, et ne conservant que trois ou quatre bourgeons pour assurer la fructification de Tannée suivante , en faisant alors , à l'époque de la taille en sec, choix des deux meilleurs. Ce second mode d'opérer assure une meilleure fructification que le premier.
Bien qu'à mon sens la méthode ordinaire du palissage soit en tout point de beaucoup préférable à celle du pincement répété et plus avantageuse dans ses résultats, il est toutefois des circonstances où cette dernière, modifiée, comme nous venons de le dire, par le pincement mixte, pourra rendre service par sa facilité d'exécution. C'est lorsqu'on aura affaire , pour cultiver le pêcher, à des personnes ne connaissant pas la véritable taille de cette essence et dans l'impossibilité de l'apprendre facilement, ou bien encore lorsque les arbres seront plantés le long de mauvais murs, garnis de mauvais treillages et souvent même dépourvus de ces derniers. Le palissage à la loque ou à l'osier et au jonc offre alors des difiicultés
presque insurmontables pour avoir des arbres régulièrement conduits. Le pincement mixte répété sera donc, dans ces circonstances , d'un réel secours pour obtenir des récoltes passables sur des arbres mieux tenus que sans son emploi (1).