TAILLE EN BUISSON OU CÉPÉE
163. Le figuier est un arbre qui se plaît surtout dans les contrées méridionales ; on est parvenu toutefois à obtenir des variétés qui se cultivent jusque sous le climat de Paris, et dont la production donne lieu à un commerce assez important.
Dans le midi, le figuier ne réclame, pour ainsi dire, aucun soin ; je me bornerai à traiter du mode de culture qui lui est appliqué dans les contrées dont le climat se rapproche de celui dé Paris.
Tous les terrains conviennent à cet arbre ; il est donc par ses racines d'une vitalité très remarquable , et qui est mise à profit toutes les fois que les fortes gelées, auxquelles il est très sensible, font périr les tiges. Il préfère toutefois les terrains riches : alors il prend un grand accroissement et ses produits sont très abondants.
164. Multiplication. — Il se multiplie le plus ordinairement de chevelées ou marcottes et de drageons ; la bouture ou la greffe sont aussi employées. Les greffes
en couronne et en sifflet sont celles qui réussissent le mieux. La chevelée se plante comme pour la vigne, nue ou en panier. Les drageons sont des racines qui tracent sous terre et se terminent par des bourgeons : on les sépare des mères lorsqu'ils sont suffisamment développés.
165. Plantation. — Elle a lieu en mars : cette époque est plus favorable que l'automne , parce que les jeunes racines, étant charnues, pourraient pourrir pendant l'hiver, à la suite d'une transplantation. L'exposition préférable est le midi. Les meilleurs plants sont les chevelées. Quand on veut créer une figuerie, on ouvre une tranchée de O'^jSO à 0"*,60 de profondeur sur 0'",50 de largeur; on couche la chevelée horizontalement, en étalant les racines pour qu'elles ne se trouvent point réunies. On les enterre avec un peu de jeune bois; on fait sortir tout le reste de la chevelée non verticalement, mais obliquement, de manière à faciliter les couchages annuels en terre, nécessaires pour protéger la tige contre la gelée, comme nous Tindiquerons bientôt; oh les recouvre de O^'jâS à O'^jSO de terre, ce qui laisse autour de la tige un bassin de 0°*,20 à 0",2d en contre-bas du niveau du sol : ce bassin doit être rétabli chaque année pour conserver à la cépée un peu d'humidité, /si la y nature du terrain l'exige. /
On plante les chevelées sur deux rangs et en échiquier, en inclinant alternativement une à gauche et une à droite de la tranchée, de manière qu'elles se trouvent distancées entre elles de 4 mètres dans la même
ligne. Pour qu'elle devienne plus forte, chaque cépée ne doit être composée que de cinq ou six tiges partant de terre; on les bifurque et trifurque ensuite au fur et à mesure de l'accroissement que prend la cépée : il suffit de deux ou trois bifurcations par tige , afin d'éviter la confusion. Si Ton ouvre plusieurs tranchées parallèles, on les espacera de 5 mètres environ.
Lorsqu'on ne voudra former qu'une ou plusieurs cépées isolées, on ouvrira des trous de la largeur et de la profondeur indiquées pour les tranchées. On pourrait avec avantage augmenter ces dimensions, et pour hâter a formation de la cépée, on peut planter deux chevelées dans le même trou en sens opposé.
Après avoir planté , on laisse la cépée croître librement pendant deux années. La troisième année, on coupe toutes les branches rez terre pour obtenir une belle cépée, en choisissant les plus beaux scions; mais si Ton plante deux chevelées dans le même trou , il est inutile de procéder au recepage.
166. Soins à donner pendant P hiver. — Le figuier gelant très facilement sous le climat de Paris, il importe de le préserver du froid chaque hiver; pour cela on ouvre une rigole suffisamment large pour le contenir, on Fy couche en entier, en le recouvrant de O^'jSS à 0",30 de terre que l'on met en ados pour éviter la trop grande humidité. On prévient ainsi les atteirites de la gelée, et la pourriture qui suivrait les dégels. Quand la cépée est jeune, on la réunit en un seul faisceau, sans attacher les tiges entre elles. Si, au contraire, la cépée
est forte, on fait plusieurs faisceaux; seulement on les dirige en terre régulièrement pour utiliser le mieux possible le terrain. On doit enfouir le figuier en entier avant les gelées; cette opération a lieu vers la minoverabre, lorsqu'il est dépouillé de ses feuilles, qui tombent sous notre climat. Pour une forte cépée, trois ou quatre fossettes doivent suffire ; on se sert de la terre de la seconde pour combler la première, et ainsi de suite.
Les branches de cet arbre ne sont pas fragiles; cependant, si on les amenait dans une position trop opposé à leur tendance naturelle, elles éclateraient : le couchage annuel, du reste, les entretient dans un état de flexibilité qui leur permet de supporter cette pratique sans danger de rupture. Ce travail, qui se fait par un temps sec , exige que la terre soit bien propre , exempte de feuilles, d'herbe, de paille, etc., qui pourraient toucher les tiges lorsqu'elles sont enfouies : ces matières auraient le grave inconvénient de tacher Técorce là oit elles la toucheraient, la feraient pourrir et donneraient la mort à la branche. Il fautiencore avoir soin, avant le couchage , d'abattre les figues d'automne appelées regain^ qui souvent sont en abondance : ces fruits ne mûrissent pas, à très peu d'exceptions près, et meurent en même temps que la feuille, sans pour cela se détacher de la branche; ils produiraient le même mal que l'herbe, les feuilles, etc. La terre ne sera pas trop humide et sera assez fine pour bien envelopper les tiges , qui doivent être sèches , sans laisser de vides entre elles.
Dans les jardins où les figuiers n'ont pas été plantés de telle sorte qu'on puisse les enterrer, le seul mode de préservation contre les gelées est de les empailler; les arbres qui ont été enfouis pendant Thiver se portent mieux et sont d'une fructification plus précoce et plus belle.
167. On déterre la cépée en mars, lorsque la température le permet ; un temps humide est favorable pour éviter les effets de la transition au grand air. C'est le meilleur moment; les fruits deviennent plus gros, et se succèdent plus longtemps que lorsque Ton découvre plus tard; mais ils risquent d'être parfois atteints par les gelées tardives; aussi attend-on quelquefois jusque dans le courant d'avril : les récoltes sont alors moins avantageuses. Il est utile, après q^'on a relevé les tiges de les écarter •pour que toutes les parties de la cépée puissent jouir d'air le plus possible. Si les branches conservent un pli d'affaissement trop prononcé et qu'elles se rapprochent trop de terre , on les maintient par des supports afin d'empêcher le fruit d'y toucher, et Ton dégage soigneusement chaque tige de la terre qui y serait adhérente. Quand on déterre trop tard, les figues sortent mal si le temps se met à la sécheresse, ou bien elles sont les dernières à mûrir et sont moins belles. La variété cultivée de préférence sous les climats analogues à celui de Paris est la blanquette /ou figue blanche d'Argenteuil^, , à cause de sa précocité.
468. Taille et ébourgeonnemcnt. — Lors de l'éborgnage ou ébourgeonnement à sec, qui a lieu ensuite
chaque année, on a soin, avec la serpette, de retrancher tous les yeux qui se trouvent à l'extrémité des rameaux, par un temps doux, dès qu'ils commencent à se développer, ainsi que les branches qui forment confusion dans rintérieur de la cépée, et celles qui sont mortes ou mal portantes. Si une tige est languissante, on doit la remplacer par un des bourgeons qui partent tous les ans de la souche, en choisissant le plus vigoureux. On profite encore de ces bourgeons pour remplacer les branches qui deviennent trop longues; on les laisse grandir pendant deux ou trois ans avant de supprimer celles dont ils sont destinés à prendre la place.
Quelque temps après Téborgnage et la taille, dans le courant d'avril, quand on voit les yeux et les figues grossir, on abat avec le doigt tous les yeux qui accompagnent les fruits, sans endommager ceux-ci, qui se trouvent toujours à côté ; ils profitent alors de toute la sève et nouent plus facilement. Si l'on négligeait ce soin et qu'on laissât toutes les nouvelles pousses qui se présentent, le fruit avorterait en partie et coulerait : plus tard l'opération ne serait pas aussi bonne. Cependant il importe de laisser deux ou trois bourgeons sur la branche : l'un vers le sommet, chargé non seulement de la prolonger l'année suivante, mais encore d'ombrager les figues qui, sans cela, durciraient et seraient moins grosses; les autres sont destinés à former les rameaux à fruits. Le nombre des tiges, avons- nous dit, est de cinq ou six par cépée; chacune d'elles doit être garnie de rameaux à fruits espacés de O'^jSS à 0"^,48, et qu'on
crée sur toute leur étendue. Les rameaux fournissent plus tard les bifurcations que Ton doit établir au fur et à mesure que les tiges s'allongent. On les remplace annuellement par Tœil qui se développe le plus inférieurement, et qui n'apparaît que dans la partie moyenne du rameau. Si Ton tient à obtenir le développement d'un des yeux les plus rapprochés de la base, afin d'éviter un trop grand allongement, et par suite une fâcheuse confusion, on peut, ainsi que nous l'avons fait avec succès, pratiquer Tentaille; mais on ne l'emploie pas sur les rameaux nécessaires pour bifurcation, qui ont par conséquent besoin d'allongement. Ce procédé permettrait de modifier le mode de formation de la cépée et de la rendre plus symétrique, car le système actuel ne présente aucune régularité.
Quand le figuier est arrivé à la hauteur à laquelle on veut qu'il reste , on pince le bourgeon de prolongement à trois ou quatre feuilles, et en rapprochant chaque année sur le bourgeon de remplacement, les tiges s'allongent peu. Les rameaux à fruits sont choisis autant que possible sur le côté en dehors de la cépée, en préférant les plus forts, qui donnent de plus beaux fruits que les autres. Les feuilles doivent seulement ombrager les fruits et non y toucher, car elles les froisseraient et les feraient noircir; on retranchera toutes celles qui menaceraient de cet inconvénient.
169. Les figuiers à fruits rouges et violets ne doivent pas être éborgnés comme ceux à fruits blancs, parce que cette opération pourrait être contraire à leur fruc-
tification , hors cette modification , le reste du traitement est le même.
170. Toucher ou apprêter les figues. — Lorsque la figue blanche commence à blondir, ce qui indique le commencement de la maturité, on peut avancer de beaucoup celle-ci par le procédé suivant : On prend un petit bout de bois mince ou une plume efRlée , que l'on trempe dans de bonne huile d'olive ; on en dépose une petite goutte sur l'œil de la figue : c'est ce qu'on appelle toucfier ou apprêter. La plume trempée dans l'huile peut toucher quatre ou cinq fruits sans qu'on en prenne de nouvelle. Au bout de huit ou neuf jours le fruit est mûr. Ce moyen est tellement certain, que l'on peut apprêter ainsi à l'avance la quantité de figues que l'on désire : il hâte leur maturité de douze à quinze jours, et les rend plus grosses, toutefois il leur enlève un peu de leur qualité ; celles qui mûrissent naturellement sont meilleures. Cette application de l'huile se fait partiellement, pour n'avoir pas trop de fruits mûrs à la fois ; la meilleure heure est le soir. Il est important de bien saisir le moment opportun ; touchée trop tôt, la figure ne grossirait plus ou tomberait : la pratique et Thabitude sont les seuls guides à cet égard. Quand on sent par la pression la figue fléchir près de l'œil, elle est mûre; on ne la tàte qu'à cet endroit, autrement on la meurtrit. On cueille le matin par la fraîcheur, aussitôt après la rosée, ordinairement entre cinq et six heures ; à neuf heures Userait trop tard. La veille du jour de la cueillette, si l'on prévoit qu'il n'y aura pas de rosée pendant la nuit,
il sera avantageux d'en faire une factice en aspergeant les feuilles de la cépée.
171 . Regain. — Tous les ans il y a dans le figuier ce qu'on appelle un regain^ qui est plus abondant sur les arbres faibles que sur les vigoureux : lors de la récolte, on voit de nouveaux fruits sortir sur les bourgeons de Tannée. Le regain est abondant dans les années chaudes : quand il mûrit, les fruits, quoique petits , sont bons; mais dans les années froides la maturité n'a pas lieu. Pour rendre cette seconde récolte plus assurée, on pince les bourgeons pourvus de fruits au-dessus de la troisième feuille; après ce pincement il reste trois fruits qui deviennent très beaux et arrivent à maturité complète. Il ne faut pas laisser trop de ces seconds fruits^ car ils nuisent à la fructification de l'année suivante; aussi très souvent les enlève-t-on. Mais on ne les supprime pas dès leur apparition, car il en naîtrait d'autres; on attend qu'ils aient environ la grosseur d'une noisette.
Immédiatement après la cueillette des fruits, à la fin d'août ou au commencement de septembre, on rabat ia branche sur son bourgeon de remplacement, et Ton supprime les pousses qui feraient confusion. Il ne faut pas attendre jusqu'au moment de les enterrer, il y aurait inconvénient pour les plaies trop fraîchement faites.
172. Taille après la gelée de mai. — Après qu'on a acquis la certitude que, par suite de gelée ou de coulure, il n'y aura pas de figues, en mai généralement, on taille tous les rameaux, soit terminaux, soit latéraux, à deux ou trois yeux, quatre au plus, afin de ne pas les laisser
s'alloDger inutilement. Par cette taille on obtient toujours un bourgeon là où il y a eu une feuille, surtout sur le jeune bois; elle excite aussi la sortie de nombreuses pousses sur le vieux bois , de sorte qu'à Tébourgeonnemeut, qui a lieu fin de mai ou en juin, suivant la précocité de Tannée, on a bien plus de suppressions à faire, puisqu'on ne doit laisser que les bourgeons nécessaires pour rameaux à fruits. On préférera ceux du jeune bois, car, lorsqu'ils naissent sur le vieux, ils sont grêles et ne donnent pas de très beaux fruits. Cependant on en laissera aussi sur ce dernier, pour remplir les vides, si c'est nécessaire. Quand les cépées sont trop vieilles ou sont malades, on les recèpe à 12 ou 15 centimètres au-dessous du niveau habituel du trou, et Pou en recommence de nouvelles.
Le figuier n'est pas sujet à maladies, quand il est dans un terrain sec; c'est le contraire dans un terrain humide.
Parmi les insectes, Vurebhre est le seul qui fasse des ravages sérieux; il est très friand de la jeune figue et l'attaque fréquemment.
173. Cet arbrisseau vient dans tous les terrains, mais il vit peu dans ceux de médiocre qualité. Il se multiplie facilement par marcottes et par boutures, qu'on tient au moins un an en pépinière avant de les planter. On Télève le plus généralement en vase nain et en buisson : il vient
s 18 DE LA TAILLE DES ARBRES FRUITIERS.
très bien en espalier et contre-espalier, pourvu qu'ils aient peu de hauteur, et les fruits y acquièrent plus de beauté; toutes les formes lui conviennent, mais une des meilleures alors est le candélabre/ou encore le cordon f unilatéral. >/
Le groseillier à grappes commence à donner ses fruits sur le bois d'un an. La branche à fruits porte plusieurs boutons. Les rameaux", à mesure qu'ils grandissent, donnent naissance à des branches fruitières. La plantation se fait à plat ou en fosse, ce qui permet de rechausser au printemps après avoir déchaussé à l'automne, et contribue à conserver de la vigueur. Les racines s'étendent horizontalement; on distance les groseilliers de 1°*,S0 environ, soit pour vases, soit pour contreespaliers.
Quand on veut dresser un groseillier en vase, on prend un pied bien enraciné n^ayant qu'un jet. Il est rabattu sur le troisième œil de la base. Les trois bourgeons restent intacts pendant Tété ; à la taille prochaine on les coupera chacun à 0°',15 ou O^'jie de leur insertion sur trois yeux qui formeront les premières branches circulaires. Au fur et à mesure du développement des rameaux, on les taillera chaque année sur des yeux placés de chaque côté, pour former des bifurcations qui constitueront les branches circulaires. Si c'est nécessaire, on les maintiendra par des brides et des arcs-boutants. On aura pincé et ébourgeonné tous les bourgeons inutiles et mal placés, surtout ceux de dessus qui auraient pris leur direction vers l'intérieur, qu'on doit toujours tenir
dégarni, afin que l'air et la lumière y circulent librement. On taille tous les rameaux qu'on aura laissés croître à 0'°,01 ouO^'jOS de leur empâtement, sur lequel paraîtront de petits groupes de fruits. On conserve les petites brindilles et les petites branches à bouquet; elles donnent une grande quantité de beau fruit.
174. La forme en candélabre, que nous conseillons pour le groseillier en espalier ou contre-espalier, s'obtient facilement. L'année de plantation , on taille sur deux yeux; les bourgeons sont dirigés, l'un à droite, l'autre à gauche, un peu obliquement. L*année suivante, on palisse les deux rameaux presque horizontalement à la place qui sera celle définitive, et on les taille aussi longs que leur force le permet, vers la moitié au moins de leur longueur; les nouveaux bourgeons de prolongement sont attachés suivant la ligne qu'ils doivent suivre. Lorsque la branche est arrivée à sa limite, on la redresse et on lui fait prendre une direction verticale. Alors on commence à établir les branches qui doivent former le candélabre. Elles auront entre elles un intervalle de 0'",25, et la longueur de la branche mère ne sera pas au delà de 1 mètre de chaque côté sur la ligne horizontale.
Le groseillier a la faculté de repercer sur le vieux bois; on en profite pour le rajeunir aussi souvent qu'il est nécessaire, lorsque la branche de charpente est épuisée.
La culture du groseillier épineux ne diffère pas sensiblement de celle du groseillier à grappes. Le fruit sur cette espèce, vient sur le bois d'un an; il faut renouveler
les branches plus fréquemment : les mêmes formes peuvent également lui convenir^ Le groseillier cassis, dont le fruit vient aussi sur le bois d'un an , demande à être 1 taillé plus long pour bien fructifier. On se contente de
j le dégarnir des branches qui font confusion et d'ébouque-
\ ter l'extrémité de celles conservées. On les rajeunit par-
\ tiellement chaque année, afin d'avoir une production
régulière/