‹ Trate de la taille des arbres fruitiersChapitre 53 sur 105 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

/ 148. Le verger est un lieu planté d'arbres fruitiers élevés à haute tige et en plein vent.

Nous allons dire quelques mots sur la formation des vergers et sur le direction à donner aux arbres qu'on y admet. Nous né parlerons ici que des fruits de table, dont nous nous occuperons en ce moment d'une manière plus spéciale.

Lès arbres qui peuvent entrer dans la composition d'un verger sont, en première ligne, le pommier, le poirier, le cerisier, le prunier et l'abricotier; viennent ensuite le noyer, l'amandier, le néflier et quelquefois le mûrier à fruits noirs et le châtaignier.

Tout ce que nous avons dit en traitant de la nature du sol, de sa préparation et de la plantation (14 et 16), s'applique également aux arbres cultivés en plein vent; nous ne reviendrons pas sur ces sujets.

Ordinairement le terrain planté en verger n'est pas exclusivement réservé aux arbres fruitiers; les intervalles laissés entre chaque ligne et entre chaque arbre

sont cultivés, surtout quand ceux-ci sont encore jeunes. Dans les champs, on y remarque même des cultures très diverses, quel que soit Tâge des arbres.

149. Plantation. — Les arbres se plantent en lignes, en quinconce et en échiquier : ce dernier mode est préférable; ils reçoivent plus d'air et de lumière que s'ils étaient disposés en quinconce carré. En général, ils sont plantés trop rapprochés entre eux. Il importe de leur donner de l'espace afin de les rendre plus productifs : les branches ne devront jamais parvenir à se toucher d'un arbre à l'autre ; autrement les parties en contact resteraient presque improductives, et nuiraient par leur ombrage aux récoltes voisines. Le sommet des branches, jouissant des influences atmosphériques, rapporterait seul d'une manière notable ; il y aurait donc perte de produit.

La distance à observer dépend de la nature de Tarbre, de celle du sol et des cultures intercalaires qui occupent ce dernier. Nous conseillerons de mettre les pommiers, les poiriers et les cerisiers de 12 à 18 mètres les uns des autres en tous sens, soit dans les lignes, soit entre les lignes. Les pruniers, les abricotiers, les amandiers, les néfliers et les mûriers, de 8 à 12 mètres ; les noyers et les châaigniers de 18 à 24 mètres.

Dans le cas où Ton ne planterait pas en massif, mais en bordure, comme cela a lieu fréquemment sur le bord des champs, autour des grandes pièces labourées, le long des chemins et des avenues , on pourrait rapprocher les arbres entre eux et adopter les moindres dis-

tances que nous donnons. Ils ont assez d'air et de lumière sur les côtés, et profitent mieux que plantés en massif.

, 150. Choix des arbres. — Les essences étant choisies d'après la nature du sol, les arbres proviendront de pépinières où ils auront été élevés et greffés la plupart sur francs ou égrains, c'est-à-dire sur des sujets de semis. Ils prennent un grand accroissement et vivent longtemps. Leurs racipes pivotantes les font résister aux Tcnts. Il est préférable , pour les essences à fruits à pépins, de greffer bas, près de terre, puis de rabattre la tige à la hauteur fixée pour commencer à former la tête de l'arbre. Quant aux arbres à fruits à noyau, on les prend greffés en tète , comme ils le sont généralement. On plantera encore des sauvageons, qui seront greffés en place après deux ou trois ans de reprise, ou seulement un an si le sujet est déjà fort. Quelquefois ces sauvageons sont arrachés dans les bois; ils réussissent moins que ceux élevés en plein air. Aussi la pépinière est-elle préférable, surtout si la plantation est considérable. On a de meilleurs arbres et l'on risque peu d'avoir dés vides, par la non-réussite du sauvageon ou celle de la greffe.

La tige sera droite, à écorce lisse, claire, annonçant de la vigueur. Les branches prendront naissance à 2", 30 et S'^jBO de hauteur, et seront toujours maintenues à une certaine distance du sol , afin de laisser de l'air aux -cultures, de faciliter les travaux, et de les préserver des atteintes des animaux. La grosseur de la tige variera de

0'",15 à O^'jâO de circonférence, un peu forte en vue de la production prochaine du fruiU

151. Manière de les protéger. — Il est bon de donner à l'arbre 9 en le mettant en place, un tuteur pour le maintenir droit et Tempécher d'être ébranlé par le vent ou les chocs qu'il pourrait recevoir. Le tuteur se pose à environ 0",20 de la base de la tige, et, incliné légèrement, vient soutenir Tarbre en arc-boutant un peu audessus de la tête. On les relie ensemble par un lien d'osier garni d'un tampon de mousse. Cette précaution est utile afin d'empêcher le frottement nuisible du tuteur contre l'arbre. Si un seul tuteur ne le garandissait pas suffisamment, on en mettrait trois en triangle : il se trouverait ainsi protégé contre toute atteinte.

152. Soins à leur donner. — Quant aux soins à donner aux arbres, ils varient suivant les essences. Nous avons fait connaître, en parlant des poiriers, pommiers, cerisiers, pruniers et abricotiers, ce qu'il importait de savoir sur ces arbres. Nous ajouterons qu'après avoir habillé la tête et les racines lors de la plantation , on devra , pendant les quatre ou cinq premières années, diriger leur^ branches selon les principes indiqués pour le pommier en vase. Seulement on comprend que, pour ces arbres, il convient de tailler plus long et d'écarter davantage les branches, sans cependant en prendre un plus grand nombre en commençant. Les bourgeons de la tige et les gourmands de la tête seront soigneusement supprimés. Au bout de cinq ans, les arbres sont ordinairement abandonnés à eux-mêmes.

153. Tous les trois ou quatre ans, les poiriers et les pommiers subiront des élagages partiels dans le but de dégarnir leur tête à Tintérieur et d^ laisser pénétrer Tair et la lumière. Par ce moyen, ils seront plus productifs. Ces élagages porteront sur les branches qui forment confusion, se croisent, s'appauvrissent, dépérissent ou sont mortes ; par là on obtient du jeune bois. Les arbres ainsi constamment rajeunis forment de nouveau bois et ont une production suivie. Toutefois, pour les pommiers, on se gardera des fortes plaies; elles se recouvrent difficilement.

154. Le cerisier n'aime pas à être émondé : aussi convient-il, dès les premiers années, de faire prendre aux branches principales de la tète une bonne direction ; on se contentera après d'enlever celles qui deviendraient improductives ou qui périraient. La taille s'applique encore aux gourmands dont le sommet sera étêté et aux rameaux trop pendants.

155. Le prunier sera taillé tous les cinq ou six ans environ. Les branches languissantes et affaiblies sont supprimées, mais en petites proportions; sur cette essence, elles forment rarement confusion. Recepé ou rapproché, le prunier repousse vigoureusement. Les jeunes scions seront pinces pour exciter leur ramification et rétablir promptement une nouvelle charpente.

156. L'abricotier est souvent taillé avec soin. Sion le taille, on suivra les préceptes mentionnés en traitant précédemment de cet arbre. Dans le cas où on ne le tail-

lerait pas, je conseillerai de le soumettre également à un élagage judicieux , consistant principalement à lui faire pousser de nouveau bois. Les branches à fruits s'épuisent vite sur le bois un peu âgé; l'extrémité des nouvelles branches sera coupée pour obtenir des bifurcations.

L'amandier se traite comme Pabricotier : les branches sont raccourcies de temps en temps , afin d'avoir de jeunes ramifications.

157. Quant au noyer, au néflier, au mûrier et au châtaignier, après leur avoir imprimé, pendant les premières années, une bonne direction, on les laisse à euxmêmes. Ces arbres ne veulent pas être tourmentés.

Les noyers et les châtaigniers sont susceptibles de prendre un grand accroissement et de nuire à ce qui les entoure. On les mettra de préférence sur le bord des chemins, ou en bordure du côté du nord ou de l'ouest; ils garantissent alors, par leur épais feuillage, la plantation des coups de vents pernicieux de l'automne.

158. Indépendamment de ces soins, on racle de temps à autre les vieilles écorces et les mousses , refuges des insectes nuisibles; on enlève aussi souvent que c'est nécessaire le gui, plante parasite vivant aux dépens des branches sur lesquelles il est implanté. Quant aux jeunes arbres, il suffira, pour les débarrasser des mousses et des lichens, de leur appliquer un lait de chaux fraîchement éteinte et un peu épais. Ce nettoyage entretient la vigueur des arbres.

159. En formant un verger, il sera convenable de planter séparément chaque essence en lignes ou en massifs à part; on a plus de régularité dans la plantation, la récolte est plus prompte et plus facile. La récolte des fruits tendres doit se faire, autant que possible, à la main directement ou en secouant les branches. On ne se servira de gaules qu'à la dernière extrémité, et encore vaut-il mieux frapper sur les fortes ramifications que sur les jeunes. Autrement, outre les fruits meurtris, les récoltes suivantes sont compromises, les productions fruitières étant brisées par les coups de gaule (1).

1.60. Restauration des vieux arbres. — La plupart des arbres composant un verger peuvent être rajeunis par un rapprochement des grosses branches à environ 0™,SO du tronc. Nous conseillerons de laisser, suivant la force du sujet, une ou deux petites branches d'appel les mieux portantes, la réussite est plus certaine; elles sont retranchées à leur tour Tannée suivante, et au besoin pendant le cours de Tannée même du rabattage, si Ton s'aperçoit

(1) Nous devons à l'obligeance d'un honorable magistrat les renseignements suivants sur le produit des arbres fruitiers cultivés dans l'arrondissement de Sainte-Menehould.

Une partie du territoire est plantée en verger, dont les fruits sont l'objet d'un commerce important.

Le produit d'un arbre varie suivant sa nature, son âge et son exposition, comme aussi en raison du terrain qui l'alimente et des soins qu'il reçoit.

On peut néanmoins établir, par exemple, qu'en moyenne à vingt ans, un cerisier rapporte environ 70 kilogrammes à 20 fr. les 100 kilogrammes, 14 fr.; un prunier, 80 kilogrammes, à 15 fr. les 100 kilogrammes, 12 fr.; un poirier, 10 doubles décalitres, à 1 fr. 25 cent., 13 fr. 50 cent. ; un pommier, 20 doubles décalitres, à 80 cent., 16 fr.

qu'elles nuisent aux nouveaux jets, en attirant à elles trop de sève. Elles n'en ont pas moins aidé à la première ascension de la sève dans Tarbre. La greffe en couronne est encore un bon moyen de les rajeunir. Les plaies seront recouvertes d'onguent de Saint-Fiacre ou de cire à greffer.

161. Cultures intercalaires. — Pour ce qui est relatif aux cultures à faire concurremment avec les plantations en massif, elles peuvent être de toutes sortes. Elles dépendent principalement de la nature du sol. Les céréales, les prairies, les pâturages, les légumes, les arbustes fruitiers, sont fréquemment associés aux arbres fruitiers à haute tige. Si le terrain est cultivé, le pied des arbres sera labouré à la bêche , mais mieux à la houe; s'il est en pré, il faudra, surtout pendant les premières années, donner un labour et plusieurs binages annuels. Le sol est aéré et les rejetons qui tendraient à pousser détruits,

162. Demi' tiges. — Nous n'avons parlé que des arbres à haute tige, mais il est des circonstances rares où les demi-tiges sont préférées. C'est lorsque le terrain, par sa nature peu fertile ou difficile de culture , est uniquement consacré aux arbres, et, en particulier, au cerisier et à l'amandier. Cette disposition utilise bien le terrain, et les récoltes sont plus faciles à faire.

Nous indiquons plus loin, à la nomenclature des fruits, les espèces et variétés qu'il convient de cultiver comme fruits de table dans les vergers.

Page 1