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IMPORTANCE A ATTRIBUER AU TRAUMATISME DANS L’ETIOLOGIE D’UNE LEUCEMIE

(Opinions des divers auteurs ayant envisagé la question)

D'une manière générale les auteurs refusent au traumatisme la valeur d’une cause étiologique essentielle, exclusive de l’hémopathie. Certains auteurs concèdent au traumatisme l’étiquette de cause concurrente à un autre facteur de nature indéterminée faisant intervenir, soit un virus à démontrer: soit une prédisposition du terrain, acquise ou congénitale. Pour d’autres, il ne s'agirait là que de simples coïncidences, le traumatisme n'ayant fait qu'attirer l'attention du clinicien sur une symptomatologie latente jusqu'alors et que peut-être l'accident aurait précipitée.

Verneuil, Mursick, Mosler, Greiwe, Ebstein, furent les premiers auteurs à accorder un lien étiologique entre les traumatismes de la région splénique et des os et les leucémies- Jaccoub et Labadie-Lagrave, dans le « Dictionnaire de médecine pratique » à l’article « Leucocytémie », font figurer le traumatisme parmi les causes qui doivent entrer en ligne de compte dans l’étiologie de la leucocytémie. Mosler, 1872, dans son ouvrage « Pathologie und Therapie der Leukamie », à la page 129, déclare que : «Comme cause directe on doit sûrement accepter l'influence des efforts musculaires violents et du traumatisme portant sur les os ». P. de Chapelle conclut très judicieusement dans sa thèse que le traumatisme : « n’a fait que réveiller une maladie constitutionnelle latente et peut-être méconnue, et qu’en somme le traumatisme n’a été qu’une cause occasionnelle chez les sujets prédisposés à cette affection et en état d’imminiscence morbide »,

Hermann (1896) ne retient comme d’indiscutables leucémies traumatiques que les cas où il y à eu lésion de la rate, commotion générale ou lésion osseuse.

En 1899, notre Maître, le Professeur Sabrazès, dans son travail : « Hématologie clinique, Leucocytose. Leucémie el Adénie. Rapport extrait des comptes rendus du Ve Congrès de Médecine, Lille 1899 » au chapitre des causes étiologiques invoquées dans le déterminisme de la lymphocytémie aiguë relève les traumatismes de la rate et des os longs. Pour la « lymphémie chronique » après avoir rappelé le rôle prédisposant joué par divers états, tels que rachitisme, états chloroanémiques, infections (malaria, syphilis, tuberculose, fièbre typhoïde, grippe, septicémies, etc. ) Le Professeur Sabrazès souligne l’importance des traumatismes dont le rôle commencait à être soupçonné à l'appui de plusieurs observations.

Stern (1900), n’admet la possibilité d’une origine traumatique que dans les cas où il y a eu contusion abdominale sur la région de la rate principalement.

Pour Stempel (1903), 4 conditions sont nécessaires pour admettre un lien de causalité entre traumatisme et leucémie : 19 l'existence d’une lésion traumatique grave intéressant soit la rate, soit d’autres organes hématopoiétique; 2° un état de santé normal après le traumatisme; 3° l’apparition de la maladie dans un laps de temps assez proche du traumatisme, au maximum un an; 4° une période de latence entre le traumatisme et les premiers symptômes de la leucémie.

Schattmann (1906), énumère dans sa thèse les multiples affections auxquelles les auteurs attribuent un rôle dans l'apparition des états leucémiques. Le facteur traumatique est envisagé à la faveur de nombreuses observations que Schattmann relève dans la littérature, et dans ses conclusions en accord avec Ebstein, il accorde un rapport indéniable entre le traumatisme et la leucémie qui ne se serait m1 formée ni développée dans le traumatisme. |

Selon Thiem (1909) une leucémie pourrait survenir, soit 1° après une contusion de la rate et de l’abdomen; 2° après une contusion générale du corps; 30 après une lésion du système osseux; 49 après de graves hémorragies; 5° après

un surmenage intellectuel, ou un effort physique exagéré ; 69 après un refroidissement.

Lors de la « Deuxième conférence internationale pour l’étude du cancer » tenue à Paris, du 1% au 5 octobre 1910, le Professeur Sabrazès, dans son rapport : « Hyperplasies leucémiques et tumeurs malignes, fractures des os longs et leucémies », exposant les rapprochements relevés entre les iyperplasies leucémiques et les néoplasies malignes, signale qu'on trouve parfois chez les leucémiques, comme à lorigine de certaines tumeurs, un traumatisme antérieur : ébranlement général dû à une chute, choc ou pression brutale sur la rate, contusion suivie d’hémorragies profuses, trauma tisme des os.

Stienon à la réunion du 17 février 1910 de la Société d’Anatomie pathologique de Bruxelles rapporte que sur 10 cas de leucémie qu'il avait observés, on notait dans deux cas la coexistence d’un traumatisme. Pour l’auteur le traumatisme peut provoquer ou favoriser le développement d’une leucémie.

Martelli classe les traumatismes parmi les causes adjuvantes. Strumpel admet le traumatisme comme facteur favorisant l’apparition de la leucémie.

Facchin (1913) soutint, dans une expertise que la mort de l’ouvrier était uniquement imputable au traumatisme. Osler, (1927), mentionne dans « Principles and Practice of Medecine », que la maladie a suivi un coup. Christian (1927); pense que les fractures peuvent être la cause d’une leucémie secondaire. Olshausen (1932), après avoir exposé son observation, déclare qu’actuellement on ne pouvait pas démontrer: d’une façon absolue, l'existence d’un rapport entre un traumatisme et une leucémie, mais que nos connaissances nous permettaient d'admettre la possibilité d’un tel rapport, les conditions requises étant remplies.

Le professeur Sabrazès dans un article sur la leucémie aiguë paru dans les Archives des maladies du cœur et du sang (juin 1921) au sujet des antécédents pathologiques attire à nouveau l'attention sur le traumatisme : « L'importance des causes traumaliques s'appuie sur des faits qui commandent la

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plus grande attention, tant au point de vue clinique qu’au point de vu médico-légal.. »

Keller (1932) accepte les conclusions d’Olshausen el rappelle que pour Isaac la leucémie est fréquemment en rapport avec un traumatisme préalable. Pour Levsen le traumatisme ne peut pas être considéré comme la cause de toute hyperplasie myéloïde et que, dans certains cas où il peut être mis en cause, il n’est probablement pas entièrement responsable. L'auteur émet alors l'hypothèse de l'intervention d’un autre facteur qui nous est inconnu et admet l’existence d’une prédisposition naturelle du sujet. Wittgenstein (1930) admet une prédisposition du malade, pour elle la mort du sujet faisant l’objet de son observation fut accélérée par l’accident. Reich (1934) réclame une susceptibilité particulière de lindividu. Leiïbe, considère comme problématique une étiologie ti'aumatique. Albutt et Rolleston, Stevens, Gulland et Goodall regardent la coïncidence entre le traumatisme et la leucémie comme accidentelle. $S. Diez publia, en 1927, dans la revue Il Policlinico un travail important dans lequel après avoir soumis à sa critique les diverses observations parues dans la littérature il refuse au traumatisme un rôle certain dans la genèse du processus leucémique : « La leucémie, dit-il, est une hémopathie systématisée, généralisée, qui frappe tout le système hémopoïétique. On ne peut donc accorder une valeur éliologique à l’action locale exercée par un traumatisme sur un organe ou sur une partie circonscrite d’un tissu à fonction hémopoïétique. Son origine doit plutôt se rapporter à un agent étiologique tel qu'il puisse exercer son action sur l’ensemble des centres hématopoïétiques. Les leucémies ne seraient pas le résultat d’une infection spécifique des organces hématopoïétiques, mais des affections hyperplastiques du tissu hématopoïétique dû à un stimulant toxi-infectieux qui agirait sur les sujets particulièrement prédisposés pour des raisons spéciales ou organiques. Chez de tels sujets un processus septique ou toxique doué d’une certaine intensité et, agissant de manière à détruire les possibilités défensives, pourrait faire fonction de stimulant capable de déterminer une réaction intense et durable des tissus hématopoïétiques et des altérations anatomo-

histologiques et hématiques propres à la leucémie aiguë. Le traumatisme ne peut-être une cause suffisante pour déterminer des altérations tissulaires propres à la leucémie, ce fait paraît démontrer, dit l’auteur, parce que sauf dans un très petit nombre de cas décrits et discutables, les traumatismes, même graves de la rate, n’ont pas donné lieu à des syndromes leucémiques et parce que, malgré la fréquence des traumatismes intéressant le squelette et le milieu osseux. l'attribution faite par les auteurs, des leucémies aux traumatismes constitue une rareté dans le nombre considérable actuellement connu de ces hémopathies. En admettant la nature néoplasique des états leucémiques qui, d’après Banti, tireraient leur origine des nids blastomateux localisés et qui se répandraient ensuite par métaslase, l'hypothèse sur l’étiologie traumatique des leucémies n’acquerrait pas pour cela plus de valeur puiqu'il n’a pas été démontré que le traumatisme était une cause suffisante pour déterminer le développement du néoplasme. Il faudrait, de toutes facons, démontrer que ces nids ont leur origine dans le tissu sur lequel a agi le traumatisme, démonstration impossible, comme il est impossible d’exclure l’existence du processus blastomateux avant le traumatisme. »

Pour Diez, Loutes les observations publiées pêchent par l'ignorance de l’état antérieur du sujet. Dans aucun des cas décrits on n'aurait pratiqué l'examen du sang peu de temps avant l’accident ou même peu de temps après. Pour certains cas publiés le diagnostic serait erroné, pour d’autres il serait douteuse, car l’on ignore la formule leucocytaire, ou celle-ci est rapportée de manière incomplète. (Observations de Mosler. de Gowers, Ebstein, Luder, Graziani, Klemperer, Stefanelli). Dans d’autres cas la période qui sépare le traumatisme de la jeucémie est, soit trop courte, (observations de Virchow., Mursick, Ponfick,, Greiwe, Ebstein, Stempel, Brügnola, Siber, Martinelli), soit trop longue, (Ebstein, Koshin), pour que l’on puisse admettre un lien de causalité. Restent six cas pour lesquels les éléments cliniques relatés laissent un doute sur l'influence du traumatisme sur le développement de la leucémie (Thomson, Hermann, (3 cas), Knoth, (2 cas). Diez

conclut que tout au plus on peut admettre que dans certains cas les traumatismes graves intéressant la région splénique ou provoquant des hémorragies abondantes et diffuses aient pu mettre en relief une maladie à l’état latent ou donner un coup de fouet à ses manifestations par suite d’une diminution de défense organique et par le déséquilibre qu’un traumatisme grave peut apporter dans l’harmonie entre les diverses fonctions d’un organisme. On ne pourrait d’après lui attribuer aux traumatismes un rôle indéniable que dans des cas, tel celui de Steinhaus, où de graves infections à allure chronique surviendraient après une lésion traumatique et expliqueraient par leur intervention le processus leucémique qui reconnaîtrait une étiologie toxico-infectieuse.

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