EXPERIMENTATION ET TRAVAUX DE LABORATOIRE
Les états leucémiques peuvent se montrer chez les mamifères expérimentalement, on réussit à produire des syndromes leucémiques ou proches parents des états leucémiques, surtout dans la série myélogène, en intoxiquant les animaux, soit par l’alccol, le benzol, l’indol ou le goudron ces ces corps agissant comme nocifs et comme irritants des organes sanguiformateurs. Des résultats analogues ont été obtenus en diminuant leur pouvoir de résistance par une exposition aux rayons X (Richter et Macdowel, Krebs, Liguar, Bungeler).
Dans la première partie de ce chapitre nous rapporterons les résultats obtenus par Bernard, Bernard et Laplane, Oberling et Guérin. Dans la seconde partie nous relaterons quelques faits qui s’ils ne relèvent pas du domaine expérimental à proprement parler méritent toutefois par leur côté démonstratif la valeur d’une expérienceobservée dans le domaine de la pathologie humaine.
Bernard, chez des rats, âgés d'environ 4 mois, injecta deux fois par semaine puis hebdomadairement du goudron dans le canal médullaire du fémur. Dans le sang circulant il constata une augmentation du nombre des érytrocytes, l’apparition d’érytroblastes, une hyperleucocytose avec dans 15% des cas présence de myélocytes en petit nombre. Au niveau de la moelle osseuse l’auteur signala la richesse de celle-ci en éléments cellulaires, et en outre l’abondance de cellules embryonnaires, notamment des promyélocytes. Laplane et Bernard poursuivant les mêmes expériences, observèrent ce qui se passait au niveau de la rate. Dans quelques cas une maladie
Microphotographie 1. — Champs plasmodiaux, App. Phokou-Zeies objectif 20.
Microphotographie 2. — Champs plasmodiaux.
App. Phokou-Zeiss, objectif 20.
Microphotographies faites par nous, au laboratoire de la Fondation Bergonié.
médullo-sanguine ne s'accompagne d'aucune altération splénique ou d’altération extrêmement discréte. Le plus souvent, une splénomégalie de type inflammatoire s'accompagne d’une myélose typique avec formule érytho-leucémique. Quelque-
Microphotographie 3. — Plasmodes. Immersion 60.
fois, il y a une véritable concordance entre une formule sanguine leucémique et un aspect leucémique de la rate. Oberling et Guérin dans leurs recherches sur la leucémie transmissible des poules, semblent avoir démontré l'existence d’un virus filtrant transmissible. La transmission se fait avec succès dans plus de la moitié des cas, par inoculation de sang, d’émulsion d'organes, de liquide d’ascite, surtout par voie intraveineuse ou même intramusculaire; la voie sous-cutanée est la moins favorable. Le filtrat sur bougie ou sur membrane de collodion est virulent. L'agent actif conserve sa virulence pendant deux mois à la glacière, une à deux semaines à 379%, trente minutes à : 6°. [l résiste à la dessiccationet à l'immersion dans la glycérine pendant plusieurs semaines. On peut immuniser des animaux contre le virus libre mais non contre les
cellules leucémiques. En modifiant le virus par séjour à la glacière et dans la glycérine, les auteurs sont parvenus à provoquer la formation de véritables tumeurs au point d’inoculation : trois tumeurs granulomateuse, onze sarcome: dont cinq avec métastases et deux associés à des épithéliomas mal-pighiens. Ces cancers n’ont pu être transmis en série mais leur ereffe a provoqué de nouveau des leucémies : c’est donc le même agent qui par une mutation de son cytotropisme, provoque les tumeurs malignes. Cette relation entre leucémie et tumeur a été confirmée par les derniers travaux danois et américains.
Notre maître, le professeur Sabrazès s’est demandé si lorsqu'une leucémie paraissait s'être développée à la suite d’une fracture d’un os important, le fémur par exemple, la moelle osseuse qui est chez l’adulte graisseuse dans la diaphyse ne subissait pas une mutation dans le sens d’une moelle rouge active, intensément myélopoïétique, rappelant ce qui se passe dans les leucémies, au cours desquelles la moelle diaphysaire devient une moelle rouge active. Pour cela il s’est demandé ce que devenait la moelle diaphysaire après une fracture. Il a vu que celle-ei redevenait active. De telles moelles lui ont été fournies par le docteur Charbonnel, chef de ch-nique de Monsieur le professeur Demons qui préleva au niveau de fractures non exposées, des segments de moelle osseuse, de une à deux semaines après l’accident. L'examen histologique montra un périoste et une moelle en pleine activité de myélopoïèse. Le sang circulant dans les fractures des os longs accuse de la polynucléose avec ou sans myélocytose. Un auteur américain, ©. E. Simon a vu apparaître chez un amputé une véritable myélémie qui progressivement s’effaça au fur et à mesure que le cal se formait, finalement le sang est redevenu normal.
Tabanelli en 1930 publia dans la revue l'Ospedale maggtore un travail important dans lequel il étudia le comportement de la leucocytose après les fractures et les contusions. L'auteur rappelle que Reich en 1904 dans seize cas de traumatismes légers observa une hyperleucocytose avec retour à la normale trois jours après l'accident. Carpi en 1905 observa dans un cas
de fracture de la rotule un leucocytose à 12.500. Bernard et Orsolani observèrent chez des animaux l'apparition de myélocytes dans le sang circulant. Les mêmes auteurs établirent que la leucocytose provoquée était plus intense chez les enfants que chez les adultes. Francini pour expliquer cette leucocytose admet l’apparition dans la circulation d’une substance capable d’exercer sur les leucocytes une action chimiotactique positive. Della Valle abonde dans le même sens. Govaertz après avoirenvisagé la question une première fois en 1917 admet en 1928 l’hyperleucocytose post-traumatique, celle-ci aurait pour cause les violentes réactions vaso-matrices et une hyper production d’adrénaline qui déclencherait une contraction de la rate.
Tabanelli après avoir examiné 100 cas de lésions traumatiques diverses conclut que l’'hyperleucocyiose provoquée est plus intense chez les enfants et chez les vieillards que chez les adultes et les jeunes gens et enfin que l'intensité du traumatisme est plus à considérer que la lésion organique elle-même,
H. Frédéricq (1919) observa chez six blessés graves (fractures compliquées) et quatre opérés, une leucocytose attei. gnant 30.000 à 40.000 dans vn laps de temps très court L'auteur constata au début de fortes leucocytoses l’apparition dans le courant sanguin de nombreux métamyélocytes. A l’occasion d’une nouvelle intervention ou à la faveur de poussées inflammatoires il a pu voir une recrudescence de ces formes jeunes. Dans les cas graves, l’auteur signale la présence de myélocytes.
Expérimentalion (Professeur Sabrazès, docteur Bideau, Gineste).
Les expériences ont porté sur un lot de souris adultes; pour chacune d'elles on fit un frottis de sang avant toute expérimentation. Chaque animal étant, maintenu allongé sur une table par un aide, on traumatisa le flanc gauche à l’aide d’une lame métallique flexible brusquement détendue. La même manœuvre fut répétée à deux autres reprises à dix-sept jours de distance,
Les animaux furent sacrifiés quarante-quatre jours après le premier traumatisme. On trouvera dans la thèse de notre prédécesseur et ami Mauzé un rapport détaillé sur l’histologie normale de la souris blanche (Professeur Sabrazès).
À l’autopsie des animaux, on ne notait rien de particulier, la rate se présentait à l'examen macroscopique en tous points semblable à celles des animaux sains, même aspect, même coloration. On ne notait pas d’adhérences, pas d’hypertrophie ganglionnaire.
Souris n° 1 N.— La rate, à l'examen anatomo-pathologique présentait un épaississement de la capsule. La pulpe blanche montrait une réaction hyperplasique légèrement marquée. Nombreux prolymphoblastes et lymphoblastes. La pulpe rouge est gorgée de sang, elle renferme un grand nombre d’hémocytoblastes.
On ne trouve pas de myélocytes, n1 de myéloblastes. Quelques mastzellen géantes. Débris picnotiques abondants. On note de nombreuses cellules géantes décrites par le professeur Sabrazès dans la thèse de Mauzé sous le nom de « gigantocytes ». Ces cellules de grandes dimensions sont parfois groupées par 3 ou 4. Leur noyau tourmenté défiant parfois toute description est parfois retoulé à la périphérie. Certaines de ces cellules ont un cytoplasme basophile. Quelques-unes d’entre elles ont un noyau un peu inégal qui se segmente par la suite. Il existe souvent autour de ces éléments plasmodiaux, un espace clair comme s'il ÿ avait là une sorte de lac plasmatique (voir Micro n° 3).
Ces cellules, comme nous l’avons déjà dit, sont groupées parfois, et nous trouvons en parcourant la préparation de véritables territoires plasmodiaux. Les divisions de ces cellules se font par amitose, par bourgeonnement.
Souris 2 B. — Capsule un peu épaissie par place. Réaction hyperplasique de la pulpe blanche. Pulpe rouge gorgée de sang. Les débris picnotiques sont abondants, ils semblent être dûs à une dégénerescence plus marquée du tissu lymphocytaire. Les grandes cellules abcndent dans la zone sous-capesulaire et dans la pulpe rouge. On note certains
histyocytes qui tendent à s'orienter vers la formation de ces grandes cellules.
Souris 2 N. — Mêmes cellules géantes, quelques cellules éosinophiles. La pulpe blanche est là aussi très développée.
Souris 3 B. — Capsule à peu près comme à l’état normal. Nombreux plasmodes dans la région sous-capsulaire, certains ont un cytoplasme basophile, d’autres un cytoplasme chromophobe, à peine basophile. Nombreux hémocytoblastes
Examen hématologique : Le sang normal de la souris blanche, contient de 6 à 8.000 éléments blancs, il contient grosso modo 20 % de polynucléaires et 80 % de cellules de la série lymphocytaire. Les autres éléments : monocytes, é0sinophiles et mastzellen sont peu nombreux (Thèse Mauzé).
Sang des souris
traumatisées : LB INONOP SEL.
Polynucléés 28.70. A0 RSS ER ES Lymphocytes 06 76 2:02, 94508 DS MAON NN ETES Microlymphocytes 8 0 6% 26009 HOME REA Macrolymphocytes 14% » » GS COR RAA Monocytes DR ICONE dl AR ER Soit en résumé, une polynucléose nette et une monocytose légère.
Sternum : Au niveau de la moelle sternale, rien à signaler.