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FULGURATION

La fulguration directe détermine fréquemment la mort environ dans 40 p. 100 des cas. Le choc en retour n'occasionne que des accidents beaucoup moins sérieux. La perte de connaissance est immédiate et l'individu tombe sur le sol ; quelquefois il reste dans son attitude comme pétrifié, d'autres fois il est pro-

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jeté à distance. Le foudroyé présente deux espèces de désordres : de la commotion du système nerveux et des traumatismes proprement dits.

L'état de mort apparente peut durer deux ou trois heures : lui succédant et indépendamment de lui s'observent selon les cas de la stupeur, du délire, des syncopes, des convulsions toniques ou cloniques, de la raideur des membres, du tremblement et plus tard des névralgies, la perte de l'odorat, la perte de la vue avec ou sans cataracte, avec ou sans lésions du fond de l'œil, la perte da Touïe avec ou sans rupture du tympan, la perte de la mémoire, des désordres intellectuels. Tous ces phénomènes sont essentiellement variables et d'une inégale fréquence. Habituellement tous ces troubles nerveux disparaissent peu de temps après l'accident sans laisser de traces.

Les lésions traumatiques sont parfois des plus étranges. On a signalé des ruptures d'orgàneé profonds, du foie, de la rate, des luxations, des fractures, voire même des fractures du crâne. Mais ordinairement ce sont des colorations de la peau et des parties sous-jacen tes et surtout des brûlures qui sont signalées- Les premières ressemblant à des ecchymoses font apparaître des arborisations vasculaires plus ou moins étendues, réunies par des trfiinées sinueuses ; ou bien ce sont des taches lenticulaires ecchymotiques, ou bien encore des raies de couleur variable, en surface, ressemblant à des écorchures, plus rarement profondes comme des coupm^es saignantes. Les brûlures appartiennent aux trois premiers degrés. Dans le premier la teinte des téguments €st plus violacée qu'à l'ordinaire ; dans le second les phlyctènes peu étendues se produisent presque instantanément; dans le troisième des eschares molles, bien limitées restent superficielles.

Toutes ces lésions traumatiques relèvent de la thérapeutique qui leur est applicable lorsqu'elles sont produites par des causes autres que la foudre. Dans les cas de mort apparente, la respiration artificielle, la flagellation, les affusions froides seront immédiatement mises en œuvre pour ranimer le blessé.

Nous devons rapprocher de la fulguration les effets sur l'organisme des machines électriques modernes qui développent et

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envoient à de grandes distances des forces considérables. Mais le danger de l'électricité industrielle tient à une série de facteurs complexes dont il est bon de dire un mot, et il est inexact de prétendre que la nocuité du courant est toutes choses égales d'ailleurs proportionnelle à la tension électrique. Ainsi l'organisme peut être traversé sans effet mortel par une onde électrique de plusieurs milliers de volts, quand il n'entre en jeu qu'une fraction très faible d'ampères, l'onde d'une bobine d'induction genre Rhumkorff par exemple. Les machines dynamos à courant continu sont plus dangereuses que les piles ou les accumulateurs à cause des courants de rupture dus aux phénomènes de self-induction qui se passent dans les bobines des machines. Et de plus l'intensité et la tension étant égales, une série dynamo sera plus dangereuse qu'une dynamo compound parce que dans cette dernière le deuxième fil sert de dérivation au courant induit de rupture.

Dans les machines à courants alternatifs où les ondes périodiques sont caractérisées par de brusques variations de potentiel , le danger sera plus grand encore, et il est bon de savoir que grâce à certains avantages qu'elles possèdent au point de vue technique, elles tendent à se répandre de plus en plus. Avec les machines ayant cent à deux cents alternances par seconde comme la plupart, le corps humain est soumis à des variations brusques et multiples de potentiel qui peuvent entraîner la mort ; cela peut s'observer au-dessus de 120 volts. Toutefois avec les courants alternatifs il se produit un phénomène des plus curieux : les effets physiologiques et mortels qui croissent au fur et à mesure que les alternances augmentent jusqu'à 3 000 à 5 000 par seconde, diminuent ensuite et aux environs de 10 000 variations par seconde on ne sent plus rien (Hertz, Jou- BERT, Élihu Thomson, d'Arsonval , Tesla). L'expérimentateur peut être intercalé dans le circuit avec cinq ou six lampes k incandescence allumées sans éprouver la moindre sensation. Des com^ants alternatifs donnant 400 000 oscillations et plus par seconde, représentant une énergie mécanique considérable, peuvent traverser impunément le corps humain sous forme d'étincelles ayant plus de 10 centimètres de long et un ampère d'in-

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tensîté. Avec une énergie cent fois moindre, on foudroierait instantanément un animal, si la fréquence au lieu d'être si élevée, n'était que de 100 à 150 oscillations par seconde comme dans les courants alternatifs industriels. L'interprétation de ces faits de nature paradoxale est assez difficile à donner. On ne peut que formuler des hypothèses : ou bien le courant alternatif se porte surtout à la surface du conducteur comme l'électricité statique et s'écoule sans intéresser les masses musculaires ou les nerfs situés profondément ; ou bien nos tissus ne sont plus excitables par des choas suffisamment rapides ; le nerf auditif ne l'est plus pour des vibrations sonores au delà de 30 000 par seconde, la rétine pour des vibrations lumineuses en deçà de 497 billions par seconde pour le rouge et au delà de 728 billons pour le violet ; de même les oscillations électriques demandent des fréquences déterminées pour influencer notre système sensitivo-moteur.

En somme on peut dire que l'effet mortel est maximum quand la tension atteint plusieurs milliers de volts en courants continus ou seulement 150 en alternatifs, à condition que l'intensité en ampères soit assez considérable et la fréquence assez basse. Mais ce n'est pas tout : la durée du contact avec les conducteurs est d'une importance capitale : une forte étincelle, une décharge très brève peuvent déterminer une violente commotion non mortelle ; un contact prolongé de plusieurs secondes est fatal ; malheureusement le premier effet de l'électricité sur l'imprudent dont les mains ont saisi les deux conducteurs est de déterminer une violente contraction musculaire telle que ni la volonté du patient, ni les efforts de ceux qui l'assistent n'arrivent à détacher les maps crispées sur les câbles tant que dure le passage du courant. Ajoutons encore l'influence de l'humidité du sol, des chaussures, des mains, la gravité plus grande quand les câbles atteignant la tête le courant passe plus directement par les centres nerveux, et on devinera combien sont variables à l'infini les effets de courants parfois de même intensité et de môme tension. L'expérimentation sur les animaux nous renseigne d'ailleurs fort mal à ce sujet. Le chien est foudroyé par les alternatifs de 1 500 volts quand les lapins et les

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cobayes quoique plus petits résistent parfaitement. Le cheval est bien plus sensible que l'homme, comme en témoignent un certain nombre de faits survenus dans les villes se servant de réclairage électrique.

Au moment de l'accident le patient violemment projeté à distance ou accroché aux conducteurs perd connaissance ; cet état, s'il ne se termine pas par la mort immédiate, peut durer quelques minutes. Mais pendant des journéeé entières il est en proie, dans la suite, à des vertiges, de la céphalalgie, un^ lassitude générale extrême. Des paralysies; motrices ont été notées dans un nombre restreint d'observations. Les brûlures ne manquent jamais aux points de pénétration du courant. Simple érythème, éruption phlycténulaire dans les cas bénins, ce peut être une brûlure au deuxième ou même au troisième degré ; quelquefois les doigts ont dû être amputés.

Dans les cas mortels on a trouvé des lésions variées : des foyers hémorragiques au-devant de la colonne vertébrale, dans le canal rachidien, de l'œdème aigu du poumon, une surréplétion sanguine dans les poumons, le cœur, les gros vaisseaux, comme dans le processus de l'asphyxie prolongée; des hémorragies le long des gaines des gros vaisseaux, des taches hémorragiques dans les méninges, l'encéphale gorgé de sang, etc. : ce qui a fait dire que la mort par l'électricité était due à une paralysie centrale de la respiration, constituant une forme spéciale de l'asphyxie interne.

Les résultats peu précis des constatations anatomo-pathologiques font que le mécanisme de la mort est encore discuté. Si la quantité d'électricité est forte et la tension faible, il peut y avoir effet mortel avec un courant interrompu par le mécanisme suivant : les contractions tétaniques musculaires déterminent la production d'une énergie calorifique telle que l'individu- succombe par coagulation de la myosine et altération histologique des tissus ; mais les conditions nécessaires à ce mécanisme sont rarement réalisées. Avec les courants ordinaires il y aurait pour les uns (Oliver et Bolam) plutôt action sur le cœur que sur la respiration, celle-ci se poursuivant pendant une courte période après l'arrêt du cœur. Pour les autres

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au contraire (Kratter) le passage du courant provoque instantanément une contraction tétanique de la totalité du système musculaire et la suspension momentanée de la respiration, tandis que le cœur continue à battre en plein arrêt respiratoire. Quoi qu'il en soit, au point de vue pratique, il importe de savoir que la foudre et les décharges statiques sont importantes par les lésions mécaniques des vaisseaux et du système nerveux ; il y a destruction des tissus, effets disruptifs et électrolytiques de la décharge ; la mort est foudroyante et définitive. Au contraire l'électricité industrielle détermine l'inhibition des noyaux bulbaires présidant aux mouvements du cœur et de la respiration; la mort n'est qu'apparente. Aussi tout foudroyé doit-il être traité comme un noyé (d'Arsonval), et faut-il mettre aussitôt en œuvre les tractions rythmées de la langue, la respiratioh artificielle et les frictions et flagellations sur tout le corps (Gariel).

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