V. — Conclusions
Pour échapper aux manifestations morbides plus ou moins éloignées du surmenage, pour diminuer les chances d’accident dans le travail, il est nécessaire d’éviter la fatigue.
Dans la pratique nous reconnaissons la fatigue par la lassitude soit musculaire, soit intellectuelle (1). Par un entraînement rationnel et progressif nous pouvons reculer dans une certaine mesure la limite de cette fatigue ; on arrive ainsi moins vite à l’essoufflement, à la lassitude musculaire ou à la défaillance de l’attention, l^ais il y a toujours un moment, variable suivant la valeur individuelle, les conditions de vie et le genre de travail, où la fatigue survient. C’est avant ce moment qu’il faut s’arrêter, surtout si le même travail doit être recommencé tous les jours, car la fatigue répétée a des effets autrement nocifs que la fatigue occasionnelle.
Certes, on ne doit pas confondre la lassitude avec la paresse. Encore faut-il reconnaître que ce que l’on appelle paresse n’est souvent que la conséquence d’un certain dégré de débilité musculaire ou mentale ; ou e bien la paresse n'est que la répugnance plus ou moins consciente poui' une besogne déplaisante, pour une activité dont le but et par conséquent l’intérêt échappent à l’ouvrier parcellaire, pour un travail dont presque tout le loroflt est accaparé jiar un patron parasite.
Si les hommes voyaient le but de leur besogne, s’ils pouvaient com- [irendre dans son ensemble et dans ses parties un oijvrage qu’ils Auraient reconnu eux-mêmes utile et beau, s’ils savaient que le fruit de leur propre travail profitât réellement à eux et à la communauté, alors ils pourraient s’intéresser à leur œuvre et s’adonner avec joie à un labeur librement consenti.
L’activité mirsculaire et intellectuelle est un besoin poiir les 'hommes, et ce besoin est un plaisir lorsqu’il est sati.sfait dans les conditions normales — surtout .si l’on évite la fatigue et la satiété, si l’on varie les occupations, si par exemjile les besognes utilitaires sont assez réduites pour laisser aux hommes des loisii’s nécessaires à d’autres activités, à des satisfactions personnelles (jouissances artistiques, etc.), au libre développement des individualités.
(1) Ou pourrait se renseigner plus ou moins bien sur l’état de fatigue en remarquant, par exemple, la diminution de force avec le dynamomètre, en calculant le rapport azoturique de l’urine émise dans un certain espace de temps après le travail (l’alimentation étant connue), en observant la diminution de la sensibilité, le retard à la perception ou â l’association d’idées, en faisant des recherches sur la tension artérielle... Bans la pratique il faut conserver ses muscles souples et son esprit dispos.
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l ne occupation toujours la même ne donne qu’une activité limitée a certains organes L équilibre de l’organisme exige l’exercice de toutes les fonctions. C est pourquoi, même sans fatigue, il est bon de varier nos occupations. Considérés à ce point de vue, les jeux, les distractions (leviennent des exercices utiles, en assurant la diver.sité des activités organiques au.ssi bien mu.sculaires que cérébrales. C’est là ce ou’on pourrait appeler un repos actif, mais qu’il serait mauvais de conseiller aux individus surmenés pour lesquels ne vaut que le repos passif On s exphque ainsi que les hommes aient l.esoin de jours de repos ou de fête revenant a certains intei-valles. A plus forte raison, cette suspension du labeur est-elle obligatoire, lorsque la fatigue intervient dans le travail (Repos hebdomadaire) (1).
Enfin, il est utile, spécialement pour les habitants des villes d’aller tous les ans pi'endre un repos prolongé de quelques semaines en iileiné cainpagne, au bon air, dans la tranquillité parfaite. Ce congé annuel devient une nécessité, quand les gens habitent dans de.s logements encombrés, mal aérés et mal éclairés, ([uand ils travaillent dans des locaux insalubres, quand ils sont soumis à des fatigues répétées.
Il n’est guère besoin de faire remarquer que les conditions actuelles sont loin de réaliser toutes ces nécessités. S’il y a des gens qui vont tous les ans se reposer au bord de la mer et à la càmnagne, il est paradoxal de constater que ce sont principalement ceux qui* ont le moins besoin de l'ejios. Les ouvriers ont l’hôpital et le chômage ; autrement dit, ils ne s arrêtent que lorsqu’ils sont malades ou qu’ils manquent d’ouvra^’-e ; et, dans ce dernier cas, au lieu du repos, ce sont les soucis, la misère et les cour.ses sans fin à la recherche d’un emploi.
La souffrance, causée par les conditions de vie, pousse les travailleurs a lutter pour s’en libérer. Et, cependant, ils ne savent pas les consecjuencej les plus graves de la vie ([u’ils mènent ; il est indispensable qu ils connaissent foute l’importance des revendications néces-' saires pour s’efforcer de les réaliser.
La nécessité la plus pressante pour les ouvriers est de .s’opposer au su 1 ménagé, c e.st-a-dire à la répétition de la fatigue, afin de conserver les forces et la santé ; c’est aussi d’avoir des loisirs pour le développement individuel et pour la propagande.
(1) Avec le travail moderne, le repos helxlomadaire e.st un palliatif nécessaire, mais insuffisant. — 1° C’est un palliatif néce.ssaire, puisqu’il erniiêche le surmenage d’arriver à un état aigu par accumulation des fatigues journalières ; dans ces conditions on comi)rend que le repos hebdomadaire ne puisse être remplacé par des congés trimestriels ou annuels pris en bloc (de 13 jours ou de .52 jours). — 2« C’est une mesure insuffisante, parce que le repos liebdomadaire retarde simplement l’usure, parce qu’il est incapable de faire di.sparaître les effets de la fatigue journalière. En somme, .si l’on se reporte à tout ce qui a été expo.sé dans cette brochure, il n’y a qu’une nécessité : éviter d’airiver à la fatigue. Et le repos hebdomadaire, toujours utile, ne saurait s’opposer à la réduction de la journée de travail.
Avec le travail moderne, réglé par le machinisme, il est impossible de revenir à la lenteur du travail antique ; il n’est pas pratitiue de couper une besogne, une fois la mise en train, i»ar des ])o.ses irrégulières ou des distractions suivant le gré de chacun ; l’ouvrier ne peut plus être employé à des occiqiations variées. Ce serait à chaque instant des dérangements et des à-coup incompatibles avec le machinisme, incompatibles aussi avec un bon rendement du travail. Il y a plus d’avantages à conserver la division du travail et à. utiliser l'effort rapide et régulier, facilité par l’entraînement. Mais alors, il faut renoncer à ce que l’ouvrier donne au travail industriel sa journée entière ; le labeur doit être réduit à n’être plus qu’une portion minime de l’activité journalière de l’homme ; en d'autres termes, la journée de travail doit être considérablement diminuée (même en tenant compte des arrêts possibles ou nécessaires, soit |»our des poses, soit j)our le rejias, etc.). Et la réduction de la journée devrait être d’autant plus grande que l’occupation accejdée est i)lus fatigante ou insalubre.
A ces conditions, les hommes pourront gagner dans l’emploi de la machine ce que la machine aurait dû leur donner; du repos et des loisirs, c’est-à-dire de la santé et de la joie.
Cette tendance existe en réalité, elle se manifeste ]>ar les efforts que font les ouvriers pour réduire les heures de travail (1). Dans la société actuelle, les efforts isolés sont ordinairement impuissants, sinon pour l’exemple. La lutte prend nécessairement un caractère collectif pour avoir plus de foice, et c’est pourquoi la journée de huit heures est une revendication d’ensemble, sans qu on puisse tenir compte des différences individuelles ou des différences de métiers.
Cette revendication est bien mode.ste ; elle suit de loin et péniblement le développement du machinisme et l’intensification du travail (2). Mais cette réclamation, insuffisante pour la plupart des professions, .soulève contre elle patrons et pouvoirs public.s. On sait quelles basses intrigues le gouvernement de la République française a ourdies avec
(1) condition, bien entendu, qu’il s’agisse de travail payé à la journée. La possibilité de la réduction du ieini)S de travail implique doïic auparavant la suppression du saloire aux pièces, survivance du mode de lra\aii des artisans. Le salaire aux pièces favorise la concurrence entre les ouvriei;’: il en résulte une exploitation éhontée, facilitée souvent par 1 isolement (les travailleurs. Ce mode de travail a«urtout persisté dans la main-d œm re féminine ; beaucoup de femmes prennent de l’ouvrage a faire chez elles ; elles arrivent à s’exténuer avec des journées trop longues et des veillees trop fréquentes pour un salaire dérisoire, .\joutez que pour les fenmie;ouvrières, le surmenage e.st encore augmenté par la besogne du ménagé, l’entretien de l’intérieur, la cuisine, le blanchissage, le ravaudage, les soins aux enfants (et les grosse.sses !)
(2) Dans les rares usines où la journée a été réduite à S heures, nU' a pu constater, là où existent des caisses de secoui's, que les cas de nialadie avaient diminué. (Société des produits chimiipies dEngis, en Belgique, résultats publiés par le directeur, .M. Fromont. — Société anonyme des hauts fourneaux', fonderies et forges de Franche-Comte, en France.)
la coir(plicite de ses valets de justice contre les militants syndicaux, et tout le monde a pu constater les mesures de violence prises contre le mouvement de Mai 1906.
Pour la plus minime revendication, les ouvriers se heurtent de tous cotes aux contraintes légales. Ils avaient pu espérer, grâce aux promes.ses des politiciens démocrates, une sorte de protection légale (ou etatiste) dont beaucoup se seraient contentés. A la vérité, les réformes n’ont jamais sanctionné f/ue ce que l’action ouvrière avait déjà imposé. Des dérogations nombreuses, des amnisties répétées, la complaisance des juge? et des pouvoirs publics ont trop souvent permis à la classe patronale de transgresser la loi, là où les ouvriers n’étaient pas assez forts pour se faire re.specter eux-mêmes. Il y a bien des inspecteurs du travail qui sont spécialement chargés de faire observer les lois de protection ouvrière ; or, comme fonctionnaires, ils ont pour vraie fonction celle d'éviter « les histoires » ; en tout cas, ce n’est pas sur eux ou’on doit comnter i:>our renmlneev l’aetinn «vnHîf’nlp
Notre Société est travaillée par un malaise général qui se traduit par des conflits que nos gouvernants solutionnent dans la rue par des coups de fusils; à la Chambre, par des lois, dites ouvrières.
Les travailleurs ne savent pas davantage où trouver le remède. Tantôt, ils refusent toute confiance aux députés, aux gouvernants, et, aux périodes d’élection, ils se précipitent aux urnes pour en faire sortir celui qui leur aura fait les promesses les plus mirobolantes.
Devant le renchérissement de la vie, ils n’ont d’autre solution que de faire augmenter leur salaire, ce qui entraîne une nouvelle hausse des produits. Ce petit jeu peut durer indéfiniment.
S’ils veulent sortir un jour de leur situation précaire, il faut que les ouvriers apprennent quelles sont les causes de leur misère, et en cherchent eux-mêmes les moyens. La lecture des Temps Nouveaux pourra les aider.
Il existe une légende que la lecture en est ardue. C’est une erreur propagée par ceux qui s’imaginent qu un journal doit leur apporter la solution de tous les problèmes. Évidemment, la lecture d’un article sociologique n’est pas aussi distrayante ni aussi amusante qu’un roman de Paul de Kock, mais il n'y a nullement besoin d’études préparatoires pour le
comprendre.
Les collaborateurs des Temps Nouveaux n’ont pas la prétention d'apporter une solution toute faite à tous les maux sociaux. Ils espèrent seulement amener le lecteur à réfléchir par lui même.
Le Service de quelques exemplaires sera fait gratuitement aux adresses qu’on voudra bien faire parvenir à l’Administrateur, 4, rue Broca, Paris.
ïiup/’l.A PUODUCTRK’E
(Aasoc. üuvr.),51, rue SaiiH -Sauveur, Paiih
INTENTIONAL SECOND EXPOSÜRE
la coirtphcite de ses valets de justice contre les militants syndicaux, et tout le monde a pu constater les mesures de violence prises contre le mouvement de Mai 1906.
Pour la plus minime revendication, les ouvriers .se heurtent de tous côtés aux contraintes légales. Ils avaient j)u espérer, grâce aux proinesses des politiciens démocrates, une sorte de protection légale (ou étatiste) dont beaucoup se seraient contentés. A la vérité, les réformes n’ont jamais sanctionné cfue ce que l’action ouvrière avait déjà imposé. Des dérogations noinhreuses, des amnisties répétées, la complaisance des juge? et des pouvoirs publics ont trop souvent permis à la classe patronale de transgresser la loi, là où les ouvriers n’étaient pas assez forts pour se faire respecter eux-mêmes. Il y a bien des inspecteurs du travail qui sont spécialement chargés de faire observer les lois de [notection ouvrière ; or, comme fonctionnaires, ils ont pour vraie fonction celle d'éviter (( les histoires » ; en tout cas, ce n’est pas sur eux qu'on doit compter pour remplacer l’action syndicale.
Les travailleurs ne pourront réaliser leurs revendications ; ils ne pourront régler leiirs dépenses de force que lorsqu’ils pourront régler eux-mêmes la production. Ils ne pourront se libérer du surmenage et de, la servitude (pie loi'.scpi’ils auront détruit le monopole de la propriété privée.
M. IhEHROT.
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(A6SOC. Uuvr.),51, rue Snuvotir,
gouvernants, et, aux périodes d'élection, us se precipueui aux. urnes pour en faire sortir celui qui leur aura fait les promesses
les plus mirobolantes.
Devant le renchérissement de la vie, ils n’ont d’autre solution que de faire augmenter leur salaire, ce qui entraîne une nouvelle hausse des produits. Ce petit jeu peut durer indéfiniment. , X • -1
S’ils veulent sortir un jour de leur situation précaire, il
faut que les ouvriers apprennent quelles sont les causes de leur misère, et en cherchent eux-mêmes les moyens. La lecture des Temps Nouveaux pourra les aider.
Il existe une légende que la lecture en est ardue. Cest une erreur propagée par ceux qui s’imaginent qu un journal doit leur apporter la solution de tous les problèmes. Evidemment, la lecture d’un article sociologique n’est pas aussi distrayante ni aussi amusante qu’un roman de Paul de Kock, mais il n'y a nullement besoin d’études préparatoires pour le
comprendre.
Les collaborateurs des Temps Nouveaux n’ont pas la prétention d’apporter une solution toute faite à tous les maux sociaux. Ils espèrent seulement amener le lecteur à réfléchir
par lui même.
Le Service de quelques exemplaires fait gratuitement aux adresses qu’on v< bien faire parvenir à l’Administrateur, ^ Broca, Paris.
* l’aiaissau< louÿ les 8 jours avec im Supplétneiil littéraire iO cent, /e n.iméro. — Administration : 4, rue Broca. Fraiiri^, un an, 6 Tr.; FxU';riem\ 8 fr.
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