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HOMMAGE A WALDECK-ROUSSEAU

Waldeck-Rousseau n'attendra pas longtemps les justes réparations.

Un mot définit sa vie et son œuvre ; sérénité. Ses discours sont un modèle d'équilibre et de raison. Parce que la passion s'y dissimule, des observateurs superficiels ont taxé Waldeck- Rousseau d'indifférence et de froideur. Vous qui Tavez aimé, vous savez à quel point ce jugement s'éloignait de la vérité. D'une sensibilité aio;uë sous son aspect fermé, il ressentait avec une vivacilé et une profondeur singulières les moindres incidents et toutes les émotions des luttes où le devoir l'engageait. Mais il avait comme la pudeur de ses .sentiments intimes, et il fallait le bien connaître pour discerner à d'imperceptibles signes ses agitations intérieures. Nul mieux que lui ne sut se dominer ; nul plus que cet orateur de race ne connut le prix du silence. Un mot lui suffisait pour se faire entendre de ses amis et de ses collaborateurs. Il avait le dédain des paroles inutiles et des ornements superflus. La forme — cette forme impeccable — ne fut jamais pour lui que l'enveloppe de l'idée et l'instrument de l'action.

Une inspiration unique a animé Thomme politique de ses débuts à sa fin. Le trait distinclif de sa carrière fut sa parfaite unité. Entre les conseils qu'il adresse, en 1871, à ses compatriotes de Saint-Nazaire, et les vues qu'il expose, en 1902, devant ses électeurs de la Loire on ne

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saurait relever, je ne dis pas une contradiclion, mais la plus légère discordance. Invariablement fidèle aux mêmes conceptions, il était condamné à connaître tour à tour la faveur et l'ostracisme des partis. 11 avait l'âme trop haute pour se laisser détourner de sa roulé par la flatterie ni par 1 injure.

Défenseur passionné et exclusif des intérêts permanenis et supérieurs de la Patrie qu'il identifiait avec la République, il était de la lignée des Gambetla et des Jules Ferry, de ces grands réalistes, à l'école et dans la fréquentation desquels il vécut. Comme eux, il avait, en même temps que la volonté du progrès et la préoccupation de l'avenir, le souci du passé, Tîntelligence et le respect de la tradition. Il ne croyait pas qu'une grande nation formée par les siècles fût une table rase susceptible de subir sans préparation et sans dommage toutes les expériences. D'ailleurs, ouvert à toutes les idées, il ne leur reprocha jamais d'être hardies, il ne leur demandait que d'être sensées.

Avec quel accent il sut parler du peuple, quelles furent la sincérité et l'ardeur de sa foi démocratique, ceux-là le savent qui u'ont pas oublié le discours qu'il prononça au Sénat, en 1884, dans la discussion de la loi sur les syndicats, le jour oîi, comme élevé au-dessus de lui-même par la réputation et le nom de son adversaire, il fit à Allou sa foudroyante réplique.

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