‹ Travailler a son ameChapitre 104 sur 168 · Sap. XVIII · texte numérisé non relu

Sap. XVIII

Et vous, mes chers enfants, avez-vous le désir» avez-vous Thabitude du silence? J'enlends bien plus le silence de Tâmeque le silence des lèvres. D'ailleurs, l'un ne va pas sans l'autre.

Sans le silence il n'y a pas de progrès intellectuel possible. Inutile de développer cette assertion et de la prouver : elle est trop évidente.

Il n'y a pas non plus de vie chrétienne sérieuse, durable. Or, je vous le demande, qu'est-ce que la préparation d'un discours, ou même d'une dissertation philosophique, auprès de la préparation d'un avenir, votre avenir sacerdotal, votre éternité? Aussi bien faut-il que nous insistions sur la nécessité du silence.

La dissipation, mes chers amis, à l'état d'habitude, serait la ruine de la vie surnaturelle en vous et en tous. Or, rien n'est plus facile que de tomber dans la dissipation. Pourquoi ? parce que la partie matérielle de notre être joue un très grand rôle dans la vie. Nos sens, les yeux surtout et les oreilles, nous attirent hors de chez nous, hors de l'âme. La dissipation fait sortir l'âme de chez elle et la livre à la vie extérieure, qui est un perpétuel danger.

En peu de temps, mes chers amis, la dissipation a désorienté une âme.

Elle entraîne avec soi le goût des curiosités, parfois dangereuses, le goût des vanités, l'appétit, même l'ardeur des jouissances terrestres, j'allais dire mondaines.

Adieu dès lors Tunion habituelle, rintimité avec Notre-Seigneur, qui fait la force de rame ! Le goût de la prière diminue, le goût et la facilité. Bientôt on ne trouve plus de charme aux exercices de piété. On s'ennuie à la sainte messe, à la visile du Saint Sacrement. La communion n'a plus la même saveur. Semblable à un vent brûlant, la dissipation a défloré et desséché l'âme.

Elle l'énervé aussi, elle la débilite. Toutes les forces de Tâme, mes enfants, sont dans l'unité, dans le recueillement. La dissipation les éparpille. L'énergie s'en va et ne revient plus.

A la fin, cette vie dissipée et en quelque sorte vagabonde devient un besoin irrésistible. L'âme est livrée à tout venant, y compris le démon.

J'ai entendu un homme de Dieu, un homme « intérieur », comparer l'âme dissipée à une maison dont les portes et les fenêtres sont ouvertes. Comme cette comparaison est juste î C'est dans Tâme un Va-et-vient continuel. Entre qui veut, et souvent qui on ne veut pas : vaines pensées, inquiets désirs, images troublantes, périlleux retour vers le passé, préoccupation de l'avenir. Tout ce monde parle dans 1 ame, et c'est à qui parlera le plus haut. Bruit étourdissant. Que si J\otre-Seigneur veut descendre, il ne peut entrer, à cause de cette foule turbulente et encombrante. S'il parle, à cause du bruit, on ne l'entend point. Naturellement le maître de la maison n'est pas là pour le recevoir. On ne sait même où il est. Qu'arrive-t-il? C'est que Notre-Seigneur s'en va. Et quand, à plusieurs reprises, il a été congédié de la sorte, prenez garde qu'il ne revienne plus.

Bossuet nous apprend de la reine Marie-Thérèse d'Autriche qu'elle aimait à s'enfoncer dans son oratoire comme dans une solitude lointaine et profonde. Elle y trouvait, malgré le tumulte de la cour, « le Carmei d'Élie, le désert de Jean et la montagne si souvent témoin des gémissements de Jésus ^ ».

Comme il vous est facile, à vous, chers écoliers, de vous recueillir dans cette bénie solitude où vous avez le bonheur de grandir. Du côté delà terre, tout, pour ainsi dire, vous est fermé. Du côté du ciel, toutes les avenues vous sont ouvertes. Faites silence dans vos âmes : silence des imaginations, silence des paroles, silence des passions, des rêves, et regardez du côté de l'orient, suivant le conseil de saint Ambroise, c'està-dire, n'est-ce pas, vers les hauteurs sereines où se lève la lumière, et vous verrez Jésus qui vient à vous-. Oh! la douce solitude avec Jésus, le divin tête-à-tête, l'ineffable cœur à cœur!

Le silence est fait. Que ferez-vous dans ce silence? N'est-ce pas déjà l'ennui, déjà la mort?... Non pas certes, mes chers enfants! Voyez quelle vie au sein de la terre : dans les champs de blé ! au sein du ciel : dans le champ des étoiles! Quelle vie! Quelle intensité de vie! Quelle fécondité!

Vous prierez et vous travaillerez.

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