Id. ibid
LA. PREMIÈRE RENCONTRE :23î>
Où demeurait, mes cliers enfants, celui qui n'avait point où reposer sa télé', TÉvangile ne le dit pas. Maison hospitalière d'un ami, cabane au bord du fleuve, grotte au désert, ou seulement un abri de feuillag-e sous les térébinthes et les palmiers, qu'importe? La demeure de Jésus, c'était le paradis.
Ils allèrent et ils virent.
Qu'avez-vous vu, heureux jeunes gens? qu'avezvous entendu? Est-ce que le Verbe fait chair s'est manifesté à vos yeux, non pas dans sa splendeur (vous en seriez morts dépouvante ou d'extase), mais dans l'un de ses rayons ? Avez-vous vu la sainte Face et entrevu le Sacré Cœur?... Qu'avez-vous entendu? la bonne nouvelle du royaume de Dieu, la réalisation sur la terre des prophéties et des promesses divines, l'incarnation du Seigneur, le salut d'Israël. Vous avez vu Jésus et vous l'avez entendu ! Ohl que la soirée fut courte et que la nuit fut brève !
Et nous, mes chers enfants, disons avec Bossuet : « Heureuse journée, heureuse nuit, que l'on passe avec Jésus-Christ dans sa maison ! Seigneur, où habitez-vous? dites-moi où vous habitez, afin que j'y aille aussi fixer ma demeure... Je ne veux m'attacher qu'à vous. — O venez! ô voyez, ô demeurez! Que ces paroles sont douces ! et qu'il est doux de savoir où Jésus habite^! »
Mais, ces jeunes gens, quels étaient-ils ?
1. Luc. IX, 58. — Filins hominis non habet ubi caput reclinet.
2. Élévations sur les ynysfères, vingt-quatrième semaine, quatrième Élévation. — Saint Augustin avait dit : Quam beatum diem duxerunt, quam beatam noctem ! Quis est qui nobis dicat qua& audierint illi a Domino? In Joannis evang. tractalus, vu, 9.
L'Évangile nous a dit le nom de Tun d'entre eux : il s'appelait André. C'est lui qui, le premier, a poussé le cri triomphant de l'humanité qui venait de reconnaître dans un pauvre ouvrier de Nazareth le Messie prêché par Jean-Baptiste et attendu dans la Judée : « Invenimus Messicmi ' ; Nous avons trouvé le Messie. » C'est lui qui a amené à Jésus Pierre son frère, le chef futur de l'Église catholique 2. C'est lui qui présentera au Sauveur les Grecs qui se trouvaient à Jérusalem, dans le Temple, quand le Maître en chassa, pour la seconde fois, les vendeurs et les acheteurs, et qui voulaient voir Jésus 3. Plus tard, intrépide et infatigable apôtre, il amènera aux pieds de Jésus tout un monde, et TÉpire, et TAchaïe, et la Thrace et la Scythie; puis, après avoir salué la croix d'un chant d'amour, il mourra, comme son maître, crucifié.
L'autre s'est dérobé sous le voile de l'anonyme; mais le voile est transparent. Nous lui devons le récit de cette scène ravissante des bords du Jourdain ; on peut même dire que, sous chaque détail, sans se nommer jamais, il se découvre toujours. L'impression de la première rencontre fut si vive en lui tout à la fois et si profonde qu'elle ne s'effaça point de sa mémoire, et, longtemps après l'événement, le témoin se souvenait de la rencontre bénie et il notait l'heure. Hora erat quasi décima K Le témoin, comme le Baptiste, son premier maître, s'appelait Jean. En peu de mots, voici son histoire :