Luc. XXII
Qu'est-ce que vous ferez, si vous ne travaillez pas? Vous savez ce qui arrive, dès que la bêche s'arrête, dès que la sueur cesse de couler. Qu'est devenue l'Afrique, autrefois grenier d'abondance de l'Empire romain? la Grèce? l'Orient presque entier? Le travail a cessé. La terre maudite a repris ses épines et ses ronces, ses steppes sauvages, le désert où rugissent les fauves.
De même votre àme. Elle est comparée dans l'Évangile à un champ, le champ de Dieu : Bei agricuUura estis*. Les germes divins y sont déposés, comme le grain de froment dans le sillon profond : l'intelligence, le cœur, la volonté, la foi, l'espérance, l'amour, l'héroïsme peut-être; vous avez la rosée et le soleil, c'est-à-dire la grâce; à vous de faire le reste. Si vous ne travaillez pas, les germes précieux seront bientôt étouffés et remplacés par je ne sais quelle végétation hideuse où rampent les basses convoitises, les pensées mauvaises, les impurs désirs, les trahisons déshonorantes, les lâches désespoirs. Vous ne travaillez pas, jeunes gens ? Adieu le printemps et ses promesses ! Adieu Tété et ses gerbes, l'âge mûr et les forces de la raison virile! Adieu l'avenir ! Vous ne serez jamais que des êtres inutiles, sans noblesse ni grandeur, fardeaux pour la terre, et pour l'humanité fléaux peut-être.