Cf. notre ouvrage la Douleur et la Mort
▼ie que lu prétends garder et dissiper à la guise, tu vas la rendre à Dieu. Poussière, relourne en poussière.
Et la mort se met à l'œuvre. Elle abal le superbe, comme le bûcheron de la foret les grands arbres. Le voilà sur un lit de souffrances. Elle cloue ses pieds. Elle cloue ses mains. Elle l'immobilise. Elle glace sa langue. Elle éteint son regard... Les dernières fibres, peu à peu, une à une, comme le bûcheron les branches, elle les détruit. Elle va chercher jusque dans les veines les dernières gouttes de sang, et elle fait un cadavre...
Est-il complet, mes chers enfants, le triomphe de la mort?
Écoutez, et voyez combien le Seigneur est bon î Les ravages que la mort accomplit dans nos organes, nous n'avons pas à les redouter, mais bien plutôt à les bénir. Vous avez raison de saluer le cimetière avec un religieux respect : c'est un laboratoire où le corps de l'homme, tout en se dissolvant sous Tœil de Dieu, se dépouille des derniers germes de Tliumaine convoitise. La chair de péché s'humilie, en faisant sa pénitence, en reconnaissant le souverain domaine du Maître de la vie ; elle se purifie ; elle se prépare à la résurrection glorieuse. Voyez dans les sillons de la mort ces germes, ces éléments simples, ces principes d'une consistance immuable que l'Eucharistie a déposés dans la chair du chrétien, et avec lesquels Dieu va refaire le corps de l'homme, un corps digne de son âme, un corps immortel et glorifié, un corps très pur, et capable de jouir de réternel et radieux face à face.
Avais-je tort, mes enfants, de vous le dire, en commençant cette allocution? l'infinie bonté du Créateur
transformera en un puissant moyen de régénération le châtiment qui devait briser la créature coupable.
Le péché a été un acte d'orgueil. Le roi de la création est humilié dans sa royauté même. Le travail commence l'œuvre réparatrice.
Le péché a été un acte de concupiscence. La souffrance continue la régénération, en remettant à sa place la chair révoltée.
Le péché avait corrompu l'homme tout entier. La mort complète l'épreuve, en saisissant l'homme tout entier et en l'anéantissant aux pieds du Maître de la vie.
L'or souillé passe donc par une triple fournaise et il en sort resplendissant.
Ce n'est pas assez.
Vous avez été condamnés au travail. Le Verbe fait chair travaille avec vous, pour vous apprendre à travailler saintement.
Vous avez été condamnés à la douleur. Le Verbe fait chair épuise l'amer calice, pour vous donner le courage d'en boire quelques gouttes.
Vous avez été condamnés à la mort. Le Verbe fait chair, pour vous adoucir un tel châtiment, a voulu mourir de la plus infâme et tout ensemble de la plus cruelle des morts.
Donc, mes chers enfants, pendant cette sainte quarantaine, avec Dieu et pour Dieu, travaillez à votre âme; travaillez à lui rendre la sincérité, la pureté, l'énergie de sa première et splendide nature. Souffrez, s'il faut souffrir, en regardant Notre-Seigneur au jardin des Oliviers et sur la croix. Rappelez-vous qu'à de certaines heures de votre vie, il n'y a pas de vertu
possible, si vous n'avez le courage de vous mettre à genoux sous le crucifix sanglant. Mourez à la vie vulgaire, éphémère, sensuelle, pour vaillamment conquérir une vie noble, durable, très riche et très pure, une vie glorieuse, et puissiez-vous, au soir de chacune de vos journées, dire à Dieu ce qu'un grand peintre flamand écrivait au bas de la châsse de sainte Ursule : « C'est de mon mieux ' ! »
Ainsi soit-il I