Cor. II
SAINT JOSEPH ET l'obÉISSANCE 277
Nous avons déjà rencontré une fête de saint Joseph dans le cycle de la liturgie, au mois de mars. C'a été comme un chaud rayon dans le froid de l'hiver, comme un sourire dans les tristesses du carême. Voici la seconde fête; elle s'épanouit au printemps, au milieu même des joies pascales, et, si je Tose dire, dans la pleine floraison des alléluia.
C'est pour la célébrer que nous nous sommes groupés ce matin dans la chapelle du glorieux patriarche, au pied de cette statue qui a jailli, pour ainsi parler, toute vive, de la blanche carrière des marbres de Carrare, et c'est pour vous parler de saint Joseph que j'interromps un instant les sacrés mystères ^
Que vous en dirai-je, mes chers enfants? Qu'a-t-il donc fait d'extraordinaire, cet homme, pour que l'Église l'entoure d'une telle vénération et implore son patronage? L'Église n'agit point sans motif, vous le savez bien. L'Église n'accorde ses honneurs qu'à bon escient.
Sans doute Joseph est l'époux de la Vierge. Sans doute il a été le nourricier du Verbe incarné, et, d'une certaine manière, son père. Cela suffirait pour le mettre dans un ordre à part et l'élever dans la hiérar-
!. Dans notre Évangile du Sacré-Cœur on trouvera tout un chapitre sur « Saint Joseph dans l'œuvre de notre Rédemption »,. et, dans Jésus-Christ et Satan, une allocution : « Clientèle et Cara- Tane », sur l'universel patronage du saint patriarche.
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chie des saints jusqu'à ces hauteurs sublimes où siège, à la droite du Très-Haut, la divine Marie. Mais là n'est point proprement le mérite de saint Joseph, sa valeur personnelle. J'y vois plutôt, dans une effusion prodigieuse de la grâce, un privilège unique. Et même, si je compare le doux charpentier aux apôtres et aux martyrs, mon étonnement est grand. Les apôtres, en effet, s'en vont, au péril de mille morts, sur les fleuves, sur les mers, à travers les montagnes, porter aux infidèles l'Evangile du royaume de Dieu. Saint Joseph n'a point prêché. Les martyrs se livrent aux bourreaux, et, sous la hache, tombent leurs têtes, comme sous la faux du moissonneur les gerbes mûres. Saint Joseph, — voyez-le dans ce vitrail qui resplendit au soleil levant, — saint Joseph meurt, tranquillement et suavement, entre les bras de Jésus et de Marie. Il nous faut donc chercher ailleurs, avec la raison des mérites de saint Joseph, le principe de ses élévations.
Saint Joseph a obéi, mes chers enfants, etcela suffit.Vous pouvez en conclure que l'obéissance n'est pas une vertu ordinaire...
Obéir est la première loi du monde créé. Sous nos yeux, tout dans la création obéit. Dociles au rythme des lois célestes, les planètes gravitent dans l'orbe du soleil. Les fleuves, entraînés par l'attraction terrestre, descendent du haut des montagnes et se pré-
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cipitent à la mer. Le feu monte et brûle. L'arbre pousse. L'oiseau chante.
Seul riîomme n'obéit pas. Une force divine pourtant le sollicite ; il ne veut point réagir. Il reste dans l'inertie de sa volonté propre. Au besoin, pour que Dieu n'ait pas de prise sur lui, pour ne point voir son visage ou ne pas entendre sa voix, il se cachera comme Adam' ou s'enfuira comme Jonas^.
D'où vient ce désordre? De la rébellion primitive. « Par la désobéissance d\inseul, a dit saint Paul, le genre humain tout entier a été fait pécheur^. » Avec l'homme apparaît donc le triste pouvoir de pécher.
Pour réparer ce crime et remettre l'humanité dans son état vrai, dans la seule attitude qui lui convienne vis-à-vis de Dieu, la soumission, le Verbe incarné, Celui que nous appelons Jésus, s'est constitué le sujet de son Père, son serviteur. Cette parole : « Le Verbe s'est fait chair, et Verhum caro factum est -*, » a son complément dans celle-ci : « Et il s'est fait obéissant, et factus est obediens ''. » Le Verbe n'est entré dans le monde que pour proclamer les droits de Dieu et leur rendre infiniment le culte qui leur est dû. Toute sa vie n'a été qu'un acte de soumission. Le Christ a poussé l'obéissance jusqu'à l'holocauste, jusqu'à la mort de la croix. Le serviteur, devenu victime, a réparé l'honneur de Dieu et couvert nos insu-
1. Gènes, m, 8. — Et cuni audissent vocem Domini Dei,... abscondit se Adam et uxor ejus a facie Domini Dei.