Le P. Longhaye. T/céorie des belles- le litres
8 LA iNATURE ET DIEU
Il est trop vrai que la nature est la grande enchanteresse. De nos jours, elle a exercé sur bien des âmes, déjeunes âmes surtout, la plus puissante des fascinations. On dirait de nos écrivains qu'ils sont ivres d'elle. Ivresse périlleuse, non pas seulement pour le cœur, mais pour la pensée qui s'endort, pour la volonté qui s'énerve, pour la vertu et pour la foi. Olil que de païens parmi nous !
Au xvii^ siècle, on ne connaissait pas ces perpétuelles effusions de l'âme dans la nature, ces rêveries, ces alanguissomenls, ces mollesses. En ce temps-là, il était très peu question de la nature, — trop peu, je lavoue ; mais était-ce donc un mal de faire valoir la personne humaine, la liberté, la moralité, de se moins préoccuper du corps que de l'âme? L'homme dominait la nature; jamais la nature n'absorbait l'homme. D'un élan vigoureux on s'élevait vers l'invisible; à grandes ailes, si je puis parler de la sorte, on s'envolait dans l'infini.
Vous, mes amis, voyez dans la création le Créateur; l'Ouvrier distinct de son œuvre ; le Dieu vivant et personnel ; Dieu dans l'ordre, dans l'unité; Dieu dans la variété; Dieu dans la beauté. Non pas un Dieu lointain, mais un Dieu présent. Dieu est là où je suis, où je vis, où je vois; il est partout. Dieu est chez lui dans le monde. Il est présent dans les sons, dans les fleurs, dans les saveurs, dans les parfums. Nulle de ces créatures n'est Dieu, assurément; mais Dieu est présent dans chacune de ces créatures.
Présent et agissant. L'éternel Ouvrier ne se repose jamais. « Mon Père travaille toujours, disait Notre-
Seigneur. Pater meus uaque modo operatur^. » Que fail-il donc? 11 continue la création. Il la soutient. Il la conserve par le perpétuel concours de son activité merveilleuse, par sa providence. Est-ce que vous ne voyez pas Dieu ? Pour moi, je le vois partout et toujours. Je le sens.
Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime.
Je l'admire, je ladore, et à mon tour je Taime. Je ladmire dans sa beauté; je l'adore dans sa puissance; je laime dans sa bonté.
Contempler ainsi la nature, ce n'est pas seulement avoir le sens esthétique, mais le sens divin ; c'est faire acte de religion.
Bossuet, prêchant au Louvre devant Louis XIV, disait : « Toute la nature veut honorer Dieu et adorer son principe, autant qu'elle en est capable. Comme elle est privée de raison, tout ce qu'elle peut, c'est de se présenter elle-même à nous pour nous faire connaître son divin Auteur. C'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière, elle glorifie le Père céleste. » Puis l'orateur ajoutait : « Afin qu'elle consomme son adoration. Ihomme doit être son médiateur : c'est à lui à prêter une voix, une intelligence, un cœur tout brûlant d'amour à toute la nature visible, afin qu'elle aime en lui et par lui la beauté invisible de son Créateur"-. »
Prêtez à la nature, mes chers jeunes gens, vos voix,