Liturgie de la messe, en la fête de la Trinité
prières, cha une de ses cérémonies, au nom du Père, au nom du Fils, au nom de TEsprit-Saint. Répétons souvent, et avec une affectueuse reconnaissance, le Gloria Patri. A l'heure de notre mort, cette confession, ces invocations, cette louange perpétuelle du sacré mystère seront le fondement de nos immortelles espérances, et quand, au sortir des suprêmes efforts de l'agonie, nous entendrons la voie du prêtre murmurer à nos oreilles le Proflciscere^ animcc christiana : « Partez, âme chrétienne, au nom du Père qui vous a rachetée, au nom du Fils qui vous a sauvée, au nom de l'Esprit qui vous a sanctifiée, » nous serons en- <;ouragés à faire voile vers les rivages éternels. Ainsi soit-il.
Quid est homo?... Gloria et honore eoronnsti eum.
Qu'est-ce que Ihomme? Vous l'avez couronné de gloire et d'honneur. (Ps. vm, r>, ti.)
Dieu existe. C'est une vérité de raison que la connaissance du monde physique et de i'àme humaine impose à tout esprit avec une certitude éblouissante.
Ce qu'est Dieu, nous Favons balbutié, mes cliers amis, à la suite des grands docteurs catholiques : l'unité dans la trinité, la trinité dans l'unité.
Je vous dois aujourd'hui la vraie notion de l'homme.
Nous allons diviser cet entretien en deux parties : premièrement, grandeur naturelle de Thomme ; deuxièmement, grandeur surnaturelle. Comme toujours, soyez attentifs.
Les grandeurs naturelles de l'homme et les singularités admirables de sa création, je les trouve magnifiquement exprimées à la seconde page de la Genèse. Relisons-la ensemble.
La terre est sortie de ce que la science appelle « le nuage primitif » ; elle est sortie du feu ; elle est sortie -de Teau. Le rocher s'est couvert de verdure. Le soleil
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s'est levé sur les monts, sur les prés, sur les bois. Son premier rayon a fait éclore les premières fleurs. La terre est parée merveilleusement.
Maintenant il faut l'animer. Dieu parle, et les poissons nagent dans Teau. Dieu parle, et les oiseaux volent dans l'air. Dieu parle, et les animaux vivent sur le sol.
La maison est bâtie ; la salle du festin est prête ; et, comme disait familièrement Bossuet,les viandes sont servies, on n'attend plus que le maître de céans ^
1. Élévations sur les mystères. Quatrième semaine. Quatrième Élévation.
Que la terre, que le système solaire tout entier, que tous les astres qui brillent au firmament proviennent d'une ou de plusieurs nébuleuses qui se seraient condensées lentement, ainsi qu'on l'enseigne communément aujourd'hui, nous ne voyons rien dans cette donnée de la science qui aille à rencontre du récit biblique, et moins encore à rencontre de quelqu'un de nos dogmes.
Quant à lorigine même de la matière et des lois qui président à ses mouvements, la science est impuissante à l'expliquer. Elle ne peut donc en vouloir au catholique s'il l'attribue à unêtre créateur et législateur qui est Dieu.
11 est encore plus incroyable que l'on voie une difficulté dans l'histoire du monde organique. Sans doute la vogue est au transformisme. Le désir d'innover et de se passer le plus possible d'une intervention surnaturelle a conduit un grand nombre de naturalistes — non peut-être les plus éminents — à enseigner que les espèces animales et végétales dérivent les unes des autres. Mais en quoi cette doctrine, d'ailleurs très contestable, est-elle contraire au dogme? Tout ce que nous prétendons, au nom de l'enseignement chrétien, c'est que Dieu a présidé au développement de la nature organique ; c'est aussi que le premier être vivant a été l'objet d'une création spéciale, et non le résultat d'une génération spontanée. Or, sur ces deux points, la science est plutôt pour nous que contre nous. De l'aveu dun bon nombre de transformistes, la sélection posée par Darwin à la base de sa doctrine n'a pu jouer le rôle qu'il lui attribue qu'à la condition d'être dirigée par une volonté intelligente. Darwin lui-même n'était pas loin de le reconnaître, quand il la rapprochait de la sélection artificielle par laquelle l'homme obtient de nouvelles variétés animales ou végétales. Quant à la génération spontanée, on peut dire qu'elle
Le voici! Regardez-le I II sort des mains de Dieu, comme un roi couronné, — couronné, suivant l'expression biblique, de gloire et d'honneur. Gloria et honore coronasti eum. Regardez-le, Messieurs! C'est bien un maître, le maître ! C'est bien le roi ! Regardez ce corps où, pour ainsi parler, sont visibles les doigts de l'artiste qui Ta sculpté. Quelle fierté dans son attitude et quelle noblesse! Seul, parmi les animaux, il est droit. Seul, il est tourné vers le ciel. L'un de vos poètes, un païen cependant, l'a dit en des vers immortels :
Os homiiii sublime dédit cœlumque tueri Jussit, et erectos ad sidéra tollere vultus.
Toutes les beautés, éparses dans les divers règnes de la nature, sont condensées dans ce chef-d'œuvre. Le corps de Thomme est vraiment un microcosme, un abrégé de l'univers. Il a l'être comme la pierre, la sève comme la plante, l'instinct comme l'animal, et, comme lui, le mouvement et la vie. C'est l'idéal de la beauté matérielle.
Comment il a été créé, vous le savez, jeunes gens. Ce n'a pas été, comme le reste des créatures, par une parole impérieuse et brève, une parole dominante :
est antiscientifiqiie, depuis que les recherches de Pasteur ont prouvé que tout être provenait d'un germe préexistant.
Loin donc qu'il y ait contradiction, entre la science et la foi, sur le mode d'apparition des êtres, on peut dire que sur ce point l'enseignement chrétien est infiniment plus scientifique que l'enseignement athée. — Cf. dans la Science catholique (in 15 janvier 1892 le Bulletin scientifique de M. Tabbé Ilamard sur les théories matérialistes de M. Taine, à l'occasion du livre de l'abbé de Broglie : le Présent et VAvenir du Catholicisme.
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« Et Dieu dit : Que la lumière soitl... Et Dieu dit : Que la terre produise M... » — Non, mais par une parole de recueillement et de conseil : « Faciamus hominem-. Faisons l'homme. » Il semble, n'esl-il pas vrai ? que Dieu, après avoir, pendant de longues périodes, façonné le monde et tiré du néant les êtres animés, n'a rien fait encore. On dirait qu'il s'encourage lui-même, lui-même dans l'unité de sa nature et la trinité de ses personnes, à produire je ne sais quoi de nouveau et de plus grand, un ouvrage de particulière industrie et de rare perfection, où resplendisse plus excellemment sa propre nature.
C'est qu'en effet, mes chers amis, Dieu n'avait rien créé sur la terre qui pût comprendre les beautés du monde et les règles de son admirable architecture, ni qui pût s'entendre soi-même à l'exemple de son Créateur, à plus forte raison qui de soi fût capable de monter jusqu'à Dieu sur les ailes de l'intelligence et de l'amour.
Or donc, pour créer cette nature supérieure, Dieu se recueille; il consulte; il appelle en quelque sorte à son aide; il parle à un autre lui-même : « Mettonsnous à louvrage, lui dit-il; travaillons, faisons l'homme. » Et il se baisse, et il prend une poignée de terre, de cette terre qu'il a préparée pendant des siècles, et, comme ferait un ouvrier, il la pétrit. A mtesure que le maître ouvrier, l'artiste divin, façonne la statue, voilà que la matière se spiritualise^ !...
1. Gènes. i,3, 11. — Dixitque Deus : Fiat iux... Et ait : Germinet terra...