Gènes, ii, 7. — Formavit igitur Dominus Deus hominem de
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Qu'est-ce à dire, Messieurs? Nous remarquions tout à l'heure que l'homme résumait tous les règnes de la création. Cela est vrai ; mais j'aperçois en lui quelque chose qui n'est pas de la matière : cette singulière beauté sur son visage, cette flamme des yeux, ce sourire des lèvres, et, dans toute sa physionomie, je ne sais quoi qui achève la beauté et qui vient de l'âme.
L'âme î Voilà l'élément nouveau qui apparaît dans la création et qui la transfigure... Voilà ce que la terre ne pouvait donner à l'homme, parce que la terre ne l'a pas. Ce n'est pas une nouveauté que cette remarque : on sait de quoi se compose le corps humain. Les chimistes y trouvent de la chaux, de la soude, du soufre, du phosphore..., toutes les propriétés d'une poignée de terre; mais l'âme!... Est-ce que les chimistes ont jamais trouvé l'âme au fond de
limo terrae, et inspiravit in faciem ejus spiraculum vitœ, et factus est homo in aniaiam viventera.
Quatre points sont incontestables dans la formation de l'homme : 1° l'âme humaine ne peut venir et ne vient que de Dieu, immédiatement, par voie de création ; 2- le corps d'Adam a été formé directement par le Créateur; 3° il a été tiré du limon de la terre ; 4° le limon a subi une préparation préalable avant de recevoir l'âme humaine : formavit (Deus) et inspiravit. Dieu a formé d'abord et animé ensuite.
Quelques savants prétendent, il est vrai, nous faire dériver de l'animal : mais ceux qui en viennent là ne font plus de la science. Us se lancent dans une hypothèse qui est contraire au bon sens, et aux faits eux-mêmes : au bon sens, parce que le passage de l'instinct aniuial à la raison humaine ne se comprend d'aucune façon, ces deux facultés -étnnt d'ordre différent; aux faits, parceque 1 être intermédiaire que l'on suppose et que l'on a appelé Yanthropopithèque homme-singe) n'a été trouvé nulle part, et que les débris qui nous sont restés de l'homme primitif ne dénotent pas une constitution différente de la nôtre.
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leurs alambics?... De quoi se compose Tâme?... Et d'abord, d'où vient-elle?
Il n'est pas dit dans la Genèse que Dieu, après avoir pris dans ses mains puissantes le limon dont le corps a été formé, il n'est pas dit qu'il en ait tiré une âme, mais bien qu'il exhala de son sein un souffle, un souffle vital : spiraculum vitœ^ qu'il le souffla atïectueusement sur la face de l'homme, et que de la sorte, et au même instant, l'homme a été fait en âme vivante. Factus est homo in animani viventem.
Le sein de Dieu! voilà d'où sort votre âme, mes amis ! Voilà pourquoi cette créature étrange que vous êtes, est supérieure à tous les mondes. Voilà pourquoi rien de fini ne la peut rassasier. Ce qu'il vous faut, esprits affamés, ce n'est rien moins qu'un aliment immatériel, le pain des intelligences célestes, des esprits purs, une nourriture divine, la substance du vrai. La vérité est la perfection de votre intelligence, comme le bien est la béatitude de votre volonté. Ne vous en étonnez pas, puisque Dieu vous a créés à son image et à sa ressemblance.
Comme Dieu, vous êtes libres, et, comme Dieu, capables de vouloir le bien avec amour.
Comme Dieu, vous vivez d'une manière ineffable. Vous aussi, vous engendrez dans le secret de votre âme un verbe intérieur, ce don magnifique delà pensée, et vous pouvez lui dire : Mon fils, je t'aime!
Comme Dieu, vous êtes amour. Votre vie se résume dans un acte d'amour. Vos désirs, vos rêves, vos aspirations, vos actions, vos souffrances ellesmêmes, ne sont pas autre chose que des actesd'amour.
Oh! que vous êtes grands! Est-ce que le Psalmiste
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ne disait pas un jour, en s'adressanl à Dieu : « Quand je vois le ciel, œuvre de vos mains, Seigneur, la lune et les étoiles que vous avez fixées dans leur orbite, je me demande ce qu'est Ihomme perdu dans ces immensités radieuses, pour que vous daigniez vous souvenir de lui, et de son cœur approcher votre cœur'. » Et aussitôt, le Psalmiste ajoutait: « Vous Tavez couronné de gloire et d'honneur; vous lavez élevé au-dessus de tous vos ouvrages^. » Entendezvous, jeunes gens? Vous êtes plus grands que tous les ouvrages de Dieu. Vous êtes plus grands que Tespace. Aucune distance ne peut limiter vos conceptions et vos calculs. Une seule de vos pensées est plus vaste que l'univers. Nulle immensité n'est assez large pour l'envergure de vos ailes et le déploiement de votre vol. Tous les espaces réels, vous les débordez; vous en imaginez de possibles, et, au delà de tous les possibles, vous en concevez encore, encore, encore, et sans fin et toujours. Semblables à ces vaisseaux de haut bord qui tiennent la grande mer, à toute vapeur ou à pleines voiles, vous voguez dans l'infini. Vous êtes plus grands que l'espace.
Le temps lui-même n'a pas de prise sur vous, le temps, dont la science nous apprend quil a jonché l'étendue d'astres éteints, le temps qui ravage tout, jusqu'aux soleils. Le poète l'a bien nommé : tempus edax^. Mais il y a au monde une force sur laquelle sa
1. Ps. VIII, 4, 5. — Quoniam videbo cœlos tuos, opéra digitorum tuoruni ; lunam et stellas quse tu fundasti. Qaid est homo, quod memor es ejus? aut filius hominis, quoniam visitas eum?
2. Ici. 6, 7. — Gloria et honore coronasti eum, et constituisti eum super opéra manuum tuarum.