Jerem. ii
Teux aller en avant et non pas revenir sur mes pas. J'irai jusqu'au bout. — Insensé, tes égarements te coûteront cher. Oh ! que lu vas souffrir ! — Laissezmoi. Je ne veux pas de vous. Vous êtes un tvran. »
Voilà le péché : la révolte, l'insurrection contre Dieu, non pas d'ordinaire en des paroles articulées, mais, ce qui est pire, par des actes, des actes d'orgueil, des actes d'impiété, des actes d'impureté, des actes de mépris. « Je ne veux pas de vous ! » Et cela, bien entendu, en matière grave, si grave que Dieu exige notre obéissance à tout prix, sauf cependant au prix de notre liberté.
Par exemple, mes chers amis : votre intelligence vous a été donnée comme un regard intérieur, un œil clairvoyant, pour chercher la vérité, pour en contempler la lumineuse et chaste beauté, ce rayonnement tranquille et doux qui en est, d'après saint Augustin, la splendeur : Splendor veri. Or, vous appliquez votre intelligence à des lectures troublantes, troublantes pour la foi, troublantes pour les mœurs, à des pensées honteuses, à de criminels désirs... Est-ce là ce que Dieu demande devons?... Est-ce là le devoir? Vous violez sa loi, vous vous révoltez, vous êtes des insurgés.
Par exemple encore : Dieu a donné à Tàme. pour qu'elle accomplisse sa mission, un serviteur dans le corps. Lame est une reine. Elle doit commander. Et vous, par la paresse, par la mollesse, par des excès dont le seul nom déshonorerait mes lèvn.^s, vous faites de la reine la servante avilie. Tesclave du corps... Vous brisez l'œuvre de Dieu... Vous êtes des insurgés.
Le Créateur vous a mis en société pour le bien
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commun. Or, vous donnez de mauvais exemples, peut-être de mauvais conseils. Vous arrêtez le vol des âmes vers Dieu qui est leur fin... Vous les blessez... Vous les tuez... Vous faites le mal. Vous êtes des
insurgés.
Dieu vous a mis sur la terre pour chanter ses louanges. Je vous le disais naguère, il y a un sacerdoce naturel. Vous êtes prêtres. Vous avez été créés pour connaître Dieu, Taimer, le bénir, le servir et le glorifier. Oui, c'est à vous de présider à la création, comme à une fête; c'est à vous de chanter à Dieu le psaume Benedicite; c'est à vous de conduire le cantique d'actions de grâces que toute créature doit chanter à Dieu. Or, par le péché, qu est-ce que vous faites? Non seulement vous refusez votre louange à Dieu ; mais vous Foutragez...
( Vous l'outragez dans sa sagesse, en essayant de renverser l'ordre qu'il a établi ; Tordre ! quelque' chose de si admirable qu'un savant s'immortahse, non pas seulement pour avoir découvert des cieux nouveaux, deux planètes, comme Kepler, ou la loi de l'attraction, comme Newton, mais en prouvant que, dans / cette feuille de rose qu'il fait transluire aux rayons du soleil, il v a un monde de merveilles, une circula- I tion, une respiration, une vie, assez de perfections, I en un mot, pour nous forcer à tomber à genouxet pour nous arracher ce cri : Que vous êtes grand, Seigneur,
et admirable dans vos œuvres ^ !
L'ordre moral estplusbeau encore. Ignorer cetordre,
c'est une honte ; mais le troubler, qu'est-ce donc ?
1. Ps. VIII, 1. Domine Dominus noster, quam admirabile est . nomen tuum in universa terra !
Dire avec l'analomiste qui, toute sa vie, a étudié le corps humain, et qui, dans un livre immortel, a consigné le résultat de ses travaux : Je viens de chanter à Dieu le plus beau de ses cantiques, certes, cela est grand! Mais réaliser en soi, dans sa chair et dans son sang, dans sa tête et dans son cœur, dans son âme, tout cet ordre divin, c'est mille t'ois plus grand.
Le troubler en entravant l'action de la grâce en soi et dans les autres, qu'est-ce donc? N'est-ce pas outrager Dieu?
Vous Toutragez dans sa sainteté. Le déshonneur rejaillit sur l'ouvrier, quand surtout l'oeuvre souillée est une image divine. Ah! je sais bien qu'en réalité, — et vive l'Éternel ! — le mépris que le pécheur fait de l'autorité de Dieu, de sa maîtrise, de sa domination souveraine, ne saurait atteindre le Père qui est dans les cieux, pas plus que la boue lancée vers le soleil ne trouble son foyer radieux, et ne ternit la lumière du rayon qu'elle traverse ; mais, en commettant le péché, en le répandant, comme un impur poison, par ses discours et par ses œuvres, Thomme ne fait-il pas tout ce qu'il est en son pouvoir de faire pour déshonorer Dieu, si c'était possible I Quelle horreur de vouloir contaminer l'œuvre du Dieu trois fois saint ! /
Quelle horreur plus encore d'outrager Dieu dans sa bonté ! Le pécheur s'empare des effets de la bonté di-j vine, des dons divins, et- il s'en sert contre son bien-| faiteur. Que faites-vous, chers criminels, de votre corps? Que faites- vous de vos mains? Que faitesvous de vos yeux? Que faites-vous de vos lèvres? Qu'avez vous fait de votre cœur? Je ne dis pas encore
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\ que c'est là de Tingratitude ; mais quelle injustice 1 révoltante! Vous faites servir les dons divins à vos Wopres iniquités ! N'est-ce pas là insulter Dieu? N'estr^.e pas là outrager Dieu ?
Insulter Dieu, outrager Dieu !
Mais quand Tinsulte est jetée à la face de Thomme, ci-bas, elle se lave dans le sang... Quand elle est (jetée à la face d'un peuple, un long cri retentit d'une /frontière à une autre fronlière, et le sang coule à / grands flots.
I Et vous, que ne faites- vous pas?
Il y a même, non pas certes parmi vous, chers jeunes gens très aimés, des misérables qui se plaisent à insulter Dieu directement, à le blasphémer formel- / lement, à le maudire personnellement, en l'appelant par son nom, son nom incommunicable, son nom de Dieu, auquel ils accolent, avec un sens exécrable, la formule profanée de nos plus saintes prières!... . \ ... Crachez au visage de votre père, malheureux 1 Souffletez votre mère; mais n'insultez pas Dieu...
Dans un monde politique anormal, interlope, on peut donner à l'insurrection des airs de bravoure et même d'héroïsme. On peut déclamer qu'elle est le plus saint des devoirs, étant la lutte contre la tyrannie. Très souvent l'assertion serait difficile à bien démontrer; mais, dans le cas présent, il n'y a pas ombre deprétexte... Dieu n'est pas un tyran, il est un père.
Non seulement sa loi n'est pas pour nous molester; elle est tout entière pour nous sauver.
En sorte que, mes cliers amis, nous ne sommes pas seulement des serviteurs révoltés, mais des enfants ingrats.
Il faut que l'ingratitude soit quelque chose de bien profondément odieux — je ne suis pas le premier à faire cette remarque — à la nature humaine, si corrompue qu'elle soit, pour que le paganisme, qui a divinisé toutes les passions mauvaises, n'ait refusé qu'à ce seul vice l'entrée de ses temples et l'honneur de ses autels. Qu'y a-t-il déplus vil que l'ingratitude? N'avoir pas de cœur! Ne pas aimer! Ne pas aimer qui nous aime et nous fait du bien ! Oh ! que Ton descend vite et bas par cet infâme chemin ! Plus de cœur ; de toutes les ruines morales, c'est la plus hideuse.
Or, je vous le demande, chers jeunes gens, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Dieu! Qui nous dira ce que Dieu a fait pour sa créature? pour vous, cher ami, qui m'écoutez si bien!
Dieu est intelligence, il est puissance, autorité souveraine, force infinie. Il est surtout amour. Deus charitas est ^ . Dieu est l'Amour. L'Amour, on peut dire que c'est là son nom, son nom par excellence, son nom propre. L'amour est en quelque sorte le fond de Dieu. Dieu aime, comme ma poitrine respire, comme le soleil ravonne, comme le feu brûle.
Mais l'amour se montre par des œuvres. Voyons donc d'un rapide regard ce que l'amour de Dieu a fait pour vous.