TOBIE, XII
Mes chers Jeunes Gens,
En lui-même le péché grave est monstrueux. Nous pouvons bien dire avec Tertullien que c'est une exécrable préférence du démon à Dieu : diaholum Domino prœjoonit ; avec saint Césaire d'Arles, une usurpation de la liberté qui est le bien propre et substantiel de Dieu : libertatem, JDei substantiam, in proprios ums transferimus et consumimus ; avec saint Anselme, un ravissement sacrilège du sceptre et du diadème de Dieu : qui vuU per prop/riam vohmtatem, Deo aufert quasi coronam glorîœ suœ ; avec saint Bernard, un attentat déicide sur la vie même du Dieu immortel : Beum ipsiim, in quantum est^ in se perimit atque interfîcit propria voluntas ; avec saint Paul enîin, un nouveau crucifiement de Jésus-Christ : rursum crucifig entes Filium Dei...
Le péché grave renferme une éternité et, pour ainsi dire, une immensité de concupiscence à laquelle Dieu doit s'opposer de toute son infinité, de toute sonéter-
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nité, de toute sa sainteté, et c'est la raison de l'enfer éternel * .
Voilà ce que nous avons vu, avec le regard de Dieu, dans le péché mortel.
Disons aujourd'hui que le péché mortel est le mal de Tâme. Son effet propre est de lui enlever premièrement la beauté, deuxièmement la vie. Voilà tout l'objet et le partage de cet entretien.
Le péché mortel nous dépouille premièrement de la beauté.
Songez, mes chers amis, à l'impression que produit sur votre âme le spectacle de la beauté, môme dans Tordre physique. Vous êtes charmés par une fleur, un lys par exemple, et devant cette blancheur royale, vous dites avec Notre- Seigneur : « En vérité, Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un d'eux-. » Les vagues sur les grèves, les montagnes à l'aurore ou bien sous la pourpre du soir vous arrachent, comme au prophète, un cri d'enthousiasme : « Aiirabiles
i. Epistola m. et rev. ecclesias principu/n C M. Letellier, arch.duc. Bemensis ;L. A. de Noailles, arch. Parisiensis; J .-B. Bossiiet... ad Innocenlium Papam XII. — Inest cuicamque mortali peccato qusedam concupiscentiee aeternitas, atque, ut ita dicam, immensitas cui profecto Deum tota sua intînitate atque aeternitate ac sanctitate adversari necesse sit... {Œuvres de Bossuet, édition Lâchât, t. XXVI, p. o27 et sq.
2. Matl/i.xi, 28-29. — Gonsideratelilia... Dico autem vobis, f[uoniam nec Salomon in omni gloria sua coopertu^ est sicut \muni ex istis.
80 l'homme déchu
elationes ynaris ) mirabilis in altis Dominus*. Le Seigneur est merveilleux sur les hauteurs. Le Seigneur est magniflque sur les grandes eaux. » Est-ce que vous pouvez contempler le ciel, surtout le ciel étoile, sans admiration? Non, n'est-ce pas? A vous, comme au saint roi David, il raconte la gloire de rÉternel. Cœli enarrani gloriam JDei'^, La beauté vous charme; la beauté vous ravit.
Que ne dirai-je pas de la beauté dans Tordre humain? Certes, il y a sur la terre des forces innombrables et auxquelles il est parfois difficile de résister. La promesse nous attire; le dévouement nous touche, nos intérêts nous absorbent; la reconnaissance nous lie... Il est une force qui domine toutes ces forces; c'est la beauté humaine. La Bible a comparé la beauté humaine à une chaîne. « Je les attirerai à moi, dit le Seigneur, à l'aide des chaînes qui captivent les enfants d'Adam^. » Depuis la chute, la beauté humaine est dangereuse. Combien de personnes ont été -troublées, bouleversées jusqu'à fond d'âme par la beauté humaine ! N'est-il pas vrai que trop souvent elle enchaîne à ses charmes d'un jour des esclaves prêts à tout pour obtenir un regard de ses yeux, un sourire de ses lèvres? Mais nous prenons, en ce moment, la beauté en dehors de tout péril.
Qu'est-ce donc que la beauté humaine? C'est le rayonnement d'une belle âme à travers un beau corps.
Maintenant, supposez tout ce que l'intelligence, tout ce que le dévouement, tout ce que la force