‹ Travailler a son ameChapitre 63 sur 168 · Act. ïvu · texte numérisé non relu

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rencontré TOcéan. Vous vous rappelez qu'il fit dresser une colonne avec cette inscription : Nec plus ultra. (( Au delà il n'y a plus rien. » Au delà, il y avait la mer immense, et, par delà la mer, tout un monde.

Messieurs, au bout de ce chemin qui s'appelle la vie, il y a un abîme, c'est vrai : la tombe ; mais, par delà la tombe, un nouveau rivage... Au même instant où le corps disparaît du nombre des vivants, l'âme envolée marque son empreinte sur le sol immuable de l'éternité. Ibit homo in domum œternitatis suse. Avez-vous entendu cette parole de l'Ecclésiaste : « L'homme s'en va dans la maison de son éternité ^ . » Parole épouvantable pour le pécheur! C'est de mon éternité, à moi, qu'il s'agit. jEternitatis suœ. C'est de ma maison, à moi, de la demeure dont je suis l'architecte ici-bas, et dont je serai là-haut l'inexterminable habitant^!

L'heure est venue de partir. Pauvre mourant, es-tu

i. XII, 5.

2. Un journal a rapporté les paroles suivantes prononcées dans un dîner damis par Victor Hugo, ce fou de génie à qui n"ont pas manqué les moments lucides :

« Qu'est-ce que mourir, sinon entrer dans une vie qui ne finira pas? Qu'y a-t-il au delà du monde présent? il y a linûni et toujours rinfini. En prononçant ici fie nom de Dieu, je vais faire sourire peut-être quelques-uns d'entre vous ne croyant pas en lui.

« Mais pourquoi ne croient-ils pas en Dieu? Ils croient, disentils, aux forces vives de la nature. Sans Dieu, on ne peut se rendre compte pas même d'un grain de sable. Nier Dieu, cest vouloir considérer les choses sous un tout petit point de vue, tandis que Dieu, le grand point de vue, nous inonde de sa lumière.

« Je suis, moi, pour le grand point de vue! Qu'est-ce que la terre? Elle est un berceau et une tombe. Or, comme le berceau a son origine, la tombe a aussi ses rayons.

« Messieurs, bientôt j'entrerai dans le tombeau ; mais vous ne

prêt? As-tu connu Dieu? L'as-tu adoré? L'as-tu servi? L'as-tu aimé? As-tu songé à ton âme? As-tu travaillé à ton ame? As-tu fait quelque bien sur la lerre?...

Non!...

Alors, que deviendras-tu dans cette terre étrangère, inhospitalière, inconnue, où la mort te chasse brutalement et où tu n'as pas d'amis?

Que deviendras-tu dans cette région de la justice où l'on rend compte de ses œuvres?

Oh ! les effroyables surprises d'outre-tombe I

Avoir tenu Dieu à la distance de l'oubli, peut-être du dédain, et se rencontrer face à face avec lui! Avoir follement dissipé dans les régions lointaines du prodigue les richesses de la nature et les richesses de la grâce, trahi son baptême, joué son âme, son éternité, son Christ, son Dieu, et soudainement être saisi, emmené, jeté à la merci de la justice implacable!... Comprenez-vous, jeunes gens, que l'Écriture nous parle des affres de l'agonie et des épouvantements de la mort? Ibil homo in donium œtermtatis suse ^ .

Oui, tandis que vos parents se presseront autour de votre couche funèbre, une autre scène, invisible

m'y enfermerez pas. Les six pieds de terre, sous lesquels on me déposera, ne feront pas pour moi la nuit. La terre dévorera en moi ce qui est périssable, mais non ce qui constitue ma véritable vie.

« Vous tous, qui vous piquez d'être sages, sachez, en vivant de la vie visible, vivre aussi de la vie invisible. Je suis près de m'en aller de ce monde : croyez à un homme qui s'est mêlé de beaucoup de choses. On fera de nouvelles inventions matérielles; mais la science aura toujours tort, si elle ne se laisse pas dominer par ridée lumineuse de l'invisible. »

1. Voir dans la dixième Conférence de M. l'abbé Doublet sur la vie chi'étienne, le développement de ces pensées. Paris, Berche et Tralin, 3« édition, 1882.

110 l'homme déchu

celle-là, se passera entre votre âme et Dieu. Quand votre âme aura quitté son corps, l'immense horizon de l'au-delà se déroulera devant elle. Vous serez saisis de je ne sais quelle divine horreur à la vue de ces espaces infinis, au milieu desquels la majesté du juste juge vous apparaîtra. Je vois votre âme investie de ce rayonnement formidable de Dieu dans l'endroit même où elle a rendu le dernier soupir. « Elle n'est pas montée. Dieu n'est pas descendu. Il se trouvait près d'elle. Il était là M »

Et vous voilà, pécheur mon frère, seul avec Dieuî seul avec vos œuvres !

— « Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur. Non intres in jiidicium cum servo tuo, Domine^. » Cri inutile. Dieu tient l'âme immobile en sa présence. Il la perce du feu de ses regards et la pénètre jusque dans les replis les plus secrets.

Lorsquautrefois Adam cherchait à se cacher, a cacher ses remords et sa honte dans l'ombre épaisse du paradis qu'il avait profané, la voix de Dieu retentit : «Adam! Adam! où es-tu ^?)) Quelle terreur cette voix de Dieu dut jeter dans l'âme d'Adam! Quelle terreur elle a jetée en vous quand vous l'avez entendue, quand on l'entend pour la première fois, après le premier crime! Hélas! hélas! à la longue, on l'entend moins. Le bruit des affaires, le tumulte des passions, le tourbillon du plaisir l'étoulTent... Mais, à la

1. M?' Dupanloup, d'après une analyse des Annales d'Orléans. La page tout entière, du moins en substance, est inspirée du même document.

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