‹ Travailler a son ameChapitre 65 sur 168 · Ps. cxxix · texte numérisé non relu

Ps. cxxix

2. I Cor. IX, 27. — Ne forte cum aliis praidicaveiim, ipse reprobus efficiar.

Il importe de bien mourir. Si Ton mourait deux fois, à la rigueur pourrait-on risquer la première ; mais on ne meurt qu'une fois, et cette mort unique est le moment d'où dépend l'éternité . Periisse semel, seternum est. Vous savez d'ailleurs le divin proverbe : « Que l'arbre tombe au nord ou au midi, de quelque côté qu'il tombe, il y restera ^ » Il importe donc de bien mourir. C'est là toute la sagesse. Socrate disait: « Philosopher, c'est apprendre à mourir. »

Pour bien mourir, il faut se préparer. Cette préparation à la mort, quand la commencerez-vous, mes chers jeunes gens? Maintenant, ou plus tard ? Si vous vous préparez dès aujourd'hui, vous êtes des sages ; vous êtes par avance assurés contre la mort, puisque vous la préviendrez; mais, si vous renvoyez à plus tard votre préparation, si la mort vous prévient, laissezmoi vous le dire sans ménagement : vous êtes des fous; car enfin vous pouvez être perdus! Etes-vous décidés, sur Thorrible éventualité d'un « peut-être », à jouer votre sort éternel?

Non, j'en suis sûr, vous vous préparerez à mourir. Mais quelle sera votre méthode de préparation ? La meilleure, et, à dire vrai, l'unique, la méthode infaillible, c'est l'état de grâce habituel. Vous êtes en état de grâce, mon enfant, n'ayez pas peur de la mort ; si

1. Eccle. XI, 3. — Si ceciderit lignum ad austram aut ad aquilonem, in quocumque loco ceciderit, ibi erit.

elle survient, ce sera comme le moi.-somieur dans un champ de blé. Elle emportera vos gerbes'. L'état de grâce, voilà donc le préparatif essentiel.

Un autre mode de préparation, et qui découle très naturellement de cet entretien, c'est de se familiariser avec la mort. Comment cela? En y pensant très souvent. Faites exactement le contraire de ce qui se pratique dans le monde. Vous le savez, non seulement on l'ait un pacte avec soi-même pour ne jamais penser à la mort; mais c'est une loi de bon goût, de bon ton, de savoir-vivre, de ne parler de la mort à personne, surtout à quiconque en approche. Lorsqu'un homme va mourir, on l'assure qu'on va lui rendre la santé. On le trompe comme un enfant. On le berce sur le bord du goutfre pour l'endormir. Il y tombe, et en voilà pour jamais !

Vous, mes amis, envisagez la mort en face. L'une après l'autre, faites tomber les formes trop hideuses que lui prête l'esprit effrayé. Consultez-la sur toute question grave. Demandez-vous : Dans telle et telle circonstance, que voudrais-je avoir fait à l'heure de la mort? En d'autres termes, mettez-la de moitié dans les principales actions de votre vie. Si vous faites cela, vous ne serez pas surpris ; et quelque rude et si longue que soit votre carrière, vous ne vous découragerez jamais. De quoi, en effet, devez-vous répondre devant Dieu? Ce n'est pas -de vingt ans, de dix ans de tentations, de tribulations, pas même d'un mois, ni ■d'un jour : c'est de l'heure présente, c'est de la minute qui sonne. En quel état serez-vous quand son-

1. Ps. cxxv, 6. — Venientes autem venient cum exultatione, portantes manipulos suos.

TRAVAILLER A SOX AME. — 8.

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nera cette minute, quand viendra la mort? Tout est là pour vous et pour tous.

Non, ne craignez plus la mort. A l'exemple de saint Paul, mourez tous les jours ^ C'est-à-dire dégagezvous dès maintenant de tout ce qui est passager, provisoire, de tout ce qui n'est pas éternel. Puis, faites toutes vos actions comme si déjà vous étiez morts ou mourant. Dites avec Bossuet : « Je veux toujours me regarder en état de mort, me confesser comme un mourant, communier comme un mourant, me disposer à chaque fois comme si j'allais mourir. Je meurs. Ferm-ez-moi les yeux : que je ne voie plus les vanités 1 Enveloppez-moi de ce drap : je n'ai plus besoin d'autre chose. Rendez-moi ma pauvreté naturelle : mettez-moi en terre; c'est là d'où je viens selon le corps, c'est là où il faut que je retourne. »

Toutefois, si j'en restais là, il me semble quemapréparation serait incomplète. La mort, qui me dépouillera de la mortalité, me revêtira de la vie immortelle. Mourir, c'est aller à Dieu ! c'est aller au Père ! Il faut donc transfigurer la mort par des actes d'amour. Une jeune chrétienne, qui allait mourir, écrivait : « Je suis condamnée par les Facultés de Lyon et de Paris, et j'attends la mort avec la même joie, la même foi et tous les sentiments que j'éprouvais la veille de ma première communion. Je vais à la mort comme à la table sainte ^. »

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