‹ Travailler a son ameChapitre 66 sur 168 · I. Cor. XV, 31. — Quotidie morior · texte numérisé non relu

I. Cor. XV, 31. — Quotidie morior

2. Voici toute la lettre que cette ;Àme d'élite écrivait au prêtre qui lui avait fait faire sa première communion :

« Monsieur l'abbé, je suis à Paris depuis quelque temps pour faire un dernier essai de guérison ; mais, Dieu merci, il est trop tard. Je suis condamnée à court délai par les Facultés de Lyon

LE CHATIMENT DU MAL d 15

Voilà comment il faut mourir, et non pas vulgairement, sans élévation ni grandeur d'âme.

« 0 mort ! j'ai longtemps frémi à ta seule pensée, et certes, 4 ne regarder que moi-même, j'avais raison de frémir. Longtemps je n'ai regardé que ton aspect terrible ; tu ne m'apparaissais que comme la messagère d'une inexorable justice. A Dieu ne plaise que je méconnaisse jamais cet aspect redoutable qui glace d'effroi les pécheurs ! Il en est un trop grand nombre, hélas ! qui prétendent la dépouiller de ses épouvantes, qui voient en elle seulement la fin de leurs joies mauvaises, et non l'aube sanglante de leur immortel châtiment. En secouant la crainte, ils secouent le dernier bienfait de Dieu, et s'enfoncent dans labîme d'une mort sans espérance. Je ne les imiterai pas, je redouterai jusqu'à la fin les jugements de Celui qui a trouvé des taches dans les anges, et qui, dans mon âme, s'il

ît de Paris, et j'attends ici la mort avec la même joie, la même bi et tous les sentiments que j'éprouvais la veille de ma prenière communion.

« Je demande à Dieu la grâce d'aller fêter la Noël en purgaoire. Enfin, je vais à la mort comme à la table sainte. Le bon )ieu me gâte : il me prend quand la vie me devient triste et difficile. Je dois cela, sans doute, à ma chère première communion, ïui est restée le point lumineux de ma vie. Vous comprenez )Ourquoi, cher Monsieur labbé, je viens vous demander de venir ne donner la dernière des bénédictions dans cette chère église le G..., où je reviens avec joie dormir, auprès des chers miens, non long sommeil de morte. Vous recevrez une dépêche, quand 'aurai eu le bonheur d'être rappelée à Dieu. Oui, à Dieu, cher lonsieur l'abbé ! Je compte sur vous pour cette grande circonsance de ma vie, et je vous renouvelle mes sentiments bien reliieusement affectueux. Marthe A. de L... »

La dépêche a été reçue, la bénédiction donnée, et le corps de ette admirable chrétienne, qui avait si bien compris la mort, epose dans le cimetière d'une petite paroisse du canton de Vinay, ans l'Isère.

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la juge sans pitié, découvrira bien des laideurs et des souillures. Mais la crainte ne sera pas pour moi ni le seul, ni le dernier mot du christianisme. C'est la crainte qui commence d'ordinaire l'œuvre ^e la conversion; mais c'est l'amour qui doit l'achever, et l'amour bannit de l'âme les craintes excessives qui conviennent à Tesclave et non pas au fils. Mon Dieu s'appelle Jésus; il est mon Sauveur, et je veux dès maintenant, je veux surtout à l'heure de mon agonie me réfugier dans ses bras entrouverts et dans son Coeur blessé. Ce n'est pas en vainque nous avons pour intercesseur auprès du Père, Jésus-Christ le juste, victime de propitiation pour nos péchés ^ » Ce n'est pas en vain, non plus, que Jésus a confié le soin de notre dernière heure à sa Mère très pure. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à Theure de notre mort. Ainsi soit-il.

1. Le P.Largent. Élévations à saint Joseph, pour tous les jours du mois de mars, p. 203-223. — Voyez aussi la 66* conférence du P. Lacordaire.

Nous ne saurions pas le premier mot de l'Évangile ni le premier mot, par conséquent, de la grande question du salut, si nous ignorions la pénitence.

Quel est précisément le sens évangélique de ce mot qui effraye tant d'âmes ?

Rappelez-vous votre grec, mes chers amis. Le mot que nous avons traduit en français par pénitence, se dit en grec pîTÔvoia. Ce qui signifie : changement d'âme, réforme intérieure, renouvellement moral, transformation. Voilà le sens profond du mot pénitence.

Faire pénitence, c'est corriger son âme, la retourner, la convertir ; c'est changer d'idées, de sentiments, de volontés, d'habitudes ; c'est se transformer.

Vous comprenez déjà que, pratiquement, voici le nœud du christianisme.

Soyez plus clairvoyants, mes amis, que tels et tels de nos écrivains qui n'ont vu dans la religion de Jésus-Christ que le principe d'une révolution sociale : des manières plus polies, une morale plus relevée, un

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droit civil et un droit des gens plus conformes à Téquité naturelle, en un mot, la civilisation.

Il est vrai que le christianisme a transformé la société; mais le point de départ de cette transformation, où est-il? Dans la réforme morale de l'individu. L'Évangile n'est pas, que je sache, un appel aux révolutions politiques ; non, mais aux changements intérieurs, un appel incessant à la pénitence.

Que disait, en efTet, le Précurseur aux bords du I Jourdain : « Faites pénitence... Faites donc de dignes fruits de pénitence. Pœnitentiara agite... Facite ergo fructum dignnm pœnitentiœ^ . » Que dit le Maître à son tour : « Les temps sont accomplis ; le royaume de Dieu approche; faites pénitence et croyez à l'Évangile. Quoniam vnipletum est tempiis^ et appropùiquavit regnum Bei : pœnitemini^ et crédite Evangelio -. » Les disciples ne parleront pas autrement que le Maître ^.

C'est en réformant l'individu, en le changeant, en le convertissant, que 1 Évangile a fini par atteindre la société. Dix-neuf siècles d'histoire sont suffisant? pour vérifier cette assertion.

Le foyer de toute amélioration s'allume d'abord dans l'âme. Faisons la révolution premièrement dans nos idées, dans nos sentiments, nos vouloirs, nos habitudes ; nous verrons ensuite à sauver le monde.

'Vous concluez, n'est-ce pas, que nous ne saurions pas le premier mot de l'Évangile, si nous ignorions la pénitence. Pœnitemini et crédite Evangelio.

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