IX, 4. — Quis restitit ei, et pacem habuit
2. Ps. Lxxii, 2-3. — Mei pêne moti sunt, pedes : pêne effusi sunt gressus mei. Quia zelavi super iniquos, pacem peccatorum videns.
Dieu se venge. L'implacable justice, aux prises avec Tâme coupable, la retourne, comme la fièvre un malade sur son lit de douleur. La « pensée immortelle » du poète, cette pensée « aux sillons éclatants », c'est le remords. Le péché produit le remords. Écoutez une légende Scandinave.
Un prince de Danemark avait tué son père : il lui tardait de monter sur le trône. Le parricide semblait heureux. Son palais retentissait du bruit éternel des fêtes. A peine si parfois les courtisans entrevoyaient sur le front de leur maître une ombre mélancolique. Cependant le roi souffrait. Il y avait dans son âme une blessure. Le soir, à la lueur des flambeaux, il lui paraissait que ses mains étaient couvertes de sang. Une nuit, au milieu d'un bal, soudainement, il pousse un cri : « Éteignez la lumière ! » Les courtisans épouvantés font la nuit noire. Mais voici qu'au fond de la salle se lève comme une lueur pâle. Un fantôme aux regards de feu s'avance vers le roi, la bouche muette, la main étendue. « Ombre qui me poursuis, dit le prince, qui es-tu? » Et le fantôme se taisait, marchant toujours. «Arrête! reprit le roi, glacé d'épouvante. Parle, quel est ton nom? /> Le fantôme avançait, silencieux comme la tombe, et la salle se remplissait d'une lumière sanglante. « Ah ! je vous reconnais^ fantôme horrible : Vous êtes mon père !» — « Non, je ne suis pas ton père, répondit enfln l'ombre irritée... Ton père te pardonnerait, meurtrier infâme; mais moi, je ne pardonne jamais : je suis le remords. »
Vous voyez, Messieurs, comment le péché, qui apporte avec soi le remords, détruit la paix de Dieu dans les âmes, la paix de la conscience.
KVANGELIUM PACIS 14.^
Une seconde cause de trouble en nous et que je veux vous signaler, c'est l'égarement des désirs.
Pas n'est besoin de raisonnements pour arriver à cette conclusion que nos désirs, si âpres qu'ils soient, ne changeront rien à Tordre éternel de Dieu ni à la nature des choses. Parlons familièrement. Ce n'est pas parce que vous convoiterez des ailes que les ailes vous pousseront aux épaules. Ce n'est pas non plus parce que vous rêverez un bonheur sans ombre et sans déclin que vous le rencontrerez ici-bas. La fin de ces folles espérances, c'est le désenchantement, c'est la déception. Déception quelquefois bien amère et dont il faut bénir Dieu, mes chers amis ; car, en vérité, une vie qui répondrait à nos désirs, à tous nos désirs, nous aurait bientôt séduits, enlacés, perdus. Comment ! telle qu'elle est. — non pas encore pour vous, très chers jeunes gens, — trompeuse, ennuyeuse, déchirante, pleine de larmes, elle garde tant de charmes encore qu'il faut être un saint pour s'en déprendre. Que serait-ce donc si tous nos désirs aboutissaient, si, de temps en temps, à nos chimériques ardeurs ne répondaient pas de crucifiants mécomptes ! Ah ! soyez-en sûrs, si la terre était pour nous un paradis terrestre, nous nous v damnerions. Bénies soient donc les déceptions qui nous arrivent de l'ordre même et de la nature des choses que ne peuvent modifier nos folles convoitises^ I
Mais, à côté de ces inévitables désillusions, il en est d'autres qu'il est en notre pouvoir d'éviter. Voyez ce pécheur dont le cœur est collé à la terre, à l'argent,
1. On trouvera le développement de ces graves pensées dans le t. II des Conférences de M'"" Gay, Fêtes et Mystères, p. 63-"0.
aune position brillante, à une passion violente. Il a tout sacrifié à cela, son corps, son sang, son intelligence et sa conscience, son cœur. Cela, c'est son trésor unique, sa béatitude, son ciel et son dieu. Et voilà que cette terre s'effondre; ce trésor est volé; ce ciel s'écroule; ce dieu est anéanti. Quel désespoir devant la catastrophe, et quelle rage! Mais, à qui la faute? Pourquoi les désirs de ce malheureux s'étaient-ils aussi misérablement égarés ?
Sans aller à ces désastres qui, cependant, ont lieu tous les jours, — pour jeunes que vous soyez, vous ne l'ignorez pas, — « qui dira les mécomptes de la sensualité, de la cupidité, de l'ambition, de la vanité, de l'amour-propre sous toutes les formes? C'est tout un monde, et Dieu n'y est point : car ce monde-là, c'est vraiment le inonde : une sorte de création de l'Esprit qui anime le monde, et nous anime tous aussi plus ou moins. Hormis Dieu, qui voit tout, nul n'e^t capable d'apercevoir et de suivre les innombrables, les infinis mouvements qu'on se donne là, et qui, parce qu'ils sont tous irréguliers, indiscrets, excessifs, égarés enfin, sont une cause fatale et incessante de décep- ; tiens et de souffrances ; encore que tous aient invariablement pour principe l'espoir et la recherche d'une satisfaction et d'une joie. Quiconque a un peu d'expérience, soit pour l'avoir acquise à ses dépens, soit pour avoir bien observé et pénétré les hommes, conviendra qu'envisagée à ce seul point de vue des déceptions, la \àe d'une âme mondaine est un supplice <. »
Oh ! qu'ils sont heureux, mes chers amis, les vrais
1, M6' Gay, loco cit.
chrétiens ! et de quelle paix ils jouissent dans le fond divin de leurâmel Ce qu'il faut haïr, mépriser, éviter, ils le savent. Ce qu'il faut aimer, estimer, rechercher, ils le savent encore. Comment et pour qui Dieu a fait notre cœur, est-ce que nous l'ignorons? Nous croyons à l'Évangile ; nous le lisons ; nous le pratiquons. Aussi savons-nous gouverner notre âme, maîtriser nos désirs et diriger notre vie. Ce que vaut en soi la terre et vis-à-vis de l'éternité, nous l'avons appris dès le sein de nos mères. Traverses et trahisons, rien ne nous étonne, et moins encore ne nous déconcerte : nous y sommes préparés par Notre-Seigneur luimême. Est-ce qu'il ne nous redit pas ces graves leçons presque à chaque page de son Évangile ? Les persécutions qui pourraient plus que tout le reste nous troubler ne sont pas des nouveautés pour nous. Voilà plus de vingt siècles qu'elles durent. Criminelles de la part des persécuteurs, nous savons qu'elles sont bienfaisantes entre les mains de Dieu, comme, à de [certains jours brûlants, les pluies d'orage. L'impuismce de l'homme ennemi contre la vérité, saint Paul [nous l'a révélée : Non enim possumus aliquid adcersiis \veritatem, sed pro veritate^. Quoi que l'on fasse, c'est mjours elle qui triomphe. C'est pourquoi nous deleurons tranquilles au milieu des ébranlements politiques et sociaux; cest pourquoi nous avons la paix, 5t même la joie ; car il est dit, au Livre des Proverbes : |« L'âme en paix est comme un festin perpétuel^. »
M. l'abbé Petit, secrétaire de l'archevêché de Paris, ►tage de la Commune, et voisin de cellule du P. Cau-