Mich. V
comme absolument hors d'atteinte. II est très vrai que nulle puissance au monde ne peut vous la ravir; mais vous, vous pouvez la perdre.
Vous pouvez la perdre d'abord par le péché. « Oui a résisté à Dieu, demandait hardiment Job, et conservé la paix^ ? » Cependant, comme moi, vous avez pu lire au Livre des Psaumes ces paroles effrayées du saint roi David : « Mes pieds ont presque chancelé ; mes pas sont devenus semblables à ceux d'un homme qui s'affaisse ou s'égare, tant je me sens consumé au dedans en voyant la paix des pécheurs 1 Pacem peccatoruni videns^. »
Oui, mes chers amis, ce fait monstrueux existe : un pécheur qui n'a plus de remords, un pécheur qui ne ment pas, quand il dit : Je suis en paix 1 Le malheureux! les cadavres qui sont gisants au fond des tombeaux, eux aussi, sont en paix ! Ce n'est pas du premier coup que l'on arrive à cet effroyable état. Il faut avoir abusé et encore abusé des grâces. Il faut avoir, à force de crimes, étouffé sa conscience. Il faut avoir perdu la foi. Plus de foi, plus d'âme 1 Tout est chair, Tout est cadavre. Ce n'est pas la paix, cela; c'est la mort!
Dieu merci, ce cas n'est point l'ordinaire, et le mot de Job reste vrai : « Qui donc a résisté à Dieu et conservé la paix ? » Quand on a péché, l'âme est troublée...
On pourrait s'étourdir; mais, aux pires instants, La pensée immortelle aux sillons éclatants, Comme un feu des marais, jaillit de cette fange, Et, remplissant nos yeux, nous éclaire et se venge.