Oraison funèbre du prince de Condé
ayez pitié de moi. Vous êtes Tintelligence parfaite. La vérité est votre beauté. Ayez pitié de mes ténèbres, ô lumière vivante, ô soleil des esprits, splendeur infinie ! Vous êtes la volonté toujours droite, la volonté très sainte, immuable, souveraine, éternelle. Avez pitié, Seigneur, de mes défaillances, de mes égarements. Pureté, sainteté, beauté sans tache, et sans ride, et sans ombre, guérissez les plaies de mon corps; purifiez mon cœur ; transfigurez mon âme. Ayez pitié de moi suivant l'étendue de votre miséricorde.
Vous le voyez, mes enfants, nous sommes montés presque insensiblement de notre état purement humain à l'ordre surnaturel. Ah! c'est ici qu'il faut répéter le mot de Bossuet : « Il n'y a en l'âme que misère; misère profonde ; extrême misère. » Lisons une page de notre histoire.
De qui sommes-nous les fils? d'un condamné à mort. Nous-mêmes, nous naissons malades, blessés, meurtris, incapables de nous guérir, gisants au bord du chemin de la vie, comme ce malheureux de l'Évangile que des voleurs avaient laissé à demi mort sur la route de Samarie, impuissants, nous aussi, à nous relever, si le bon Samaritain n'a pitié de nous, s'il ne nous prend sur ses épaules.
Hélas! hélas! une fois guéris, refaits, régénérés par l'eau sainte et Thuile du baptême, vous avez
renouvelé, combien souvent ! le crime du premier père.
Enfant prévaricateur, fils ingrat, il a dit non à Dieu. Il a commis le mal, non pas dans l'ignorance, mais en connaissance de cause, dans la lumière chrétienne, après délibération, en pleine grâce, en plein amour!
Rappelez-vous la série admirable des bienfaits de Dieu, et la série non moins stupéfiante, l'effroyable série de vos iniquités. J'ai abusé de tout, Seigneur. Les créatures : l'air, la lumière, les vêtements, les plantes, les animaux, les hommes, tout ce que vous aviez mis si libéralement à mon service, j'ai oublié que ces biens me venaient de vous, et j'en ai abusé. J'en ai abusé d'une manière incompréhensible et presque continue. — Mon élévation à l'ordre surnaturel, ma fin dernière, je lai oubliée. Où donc ai-je placé mes amours, mes espérances? Vous me l'aviez dit pourtant. Seigneur, et je le savais, que je ne pouvais trouver de joie qu'en vous. Je le savais I et j'ai cherché ma félicité loin de vous, — oh! si loinl — dans le péché, dans la boue, dans la mort. Mon baptême, qu'en ai-je fait ? J'avais été, par l'exorcisme du prêtre, délivré du joug de Satan. Je me suis remis moi-même en esclavage. — 0 ma première communion ! ô ma candeur ! ô ma force divine ! ô mon bonheur 1 qu'ôtes-vous devenus? Enfant prodigue, j'ai dissipé dans les régions mauvaises mon héritage. J'ai fait pleurer mon père. — J'avais reçu le sens divin, le sens du Christ, et je n'ai vécu que des sens naturels, des sens grossiers. — Mon âme coupable a été aux prises avec la justice de Dieu qui la soulevait comme l'ouragan les flots de la mer. Je nai pas écouté le
remords. Je me suis enfoncé dans le mal. Aux sept dons du Saint-Esprit j'ai opposé les flammes de TEsprit impur, les sept péchés capitaux, et j'ai fini peut-être par étouffer la voix du remords ! — De mille façons abominables et que je n'ose dire, j'ai outragé le Verbe : lâchetés, trahisons, profanations. La Passion, je l'ai renouvelée. C'est moi qui ai crucifié Jésus-Christ...
Et après, mon pauvre enfant?... Vous avez mérité la mort, cette seconde mort mille fois plus effroyable que la dissolution du corps, et qui s'appelle la damnation. X'étaitrinfinie miséricorde du Cœur de Jésus, à l'heure qu'il est, vous seriez en enfer!... Est-ce vrai?...
Tous, en m'écoutant, placez-vous avec loyauté en face de votre vie, de votre vie surnaturelle. Déchirez tous les voiles. Regardez bien jusqu'au fond, dans les fins plis et les replis...
Êtes-vous riches devant Dieu, ou pauvres, misérables? Avez-vous la tentation de faire les fiers?...
Devant votre Père oublié, méconnu, outragé, devant Jésus-Christ honni par vous, trahi, n'êtes-vous pas plutôt dans l'attitude de l'humilité et de la prière? Est-ce que vous ne sentez pas le besoin de faire pitié à Dieu, de demander grâce? Miserere mei, Beus, secundum 7nagnam mïsericordiam tuam*.
Oh ! oui, Seigneur, ayez pitié de ces enfants. Des profondeurs de leur misère, de l'abîme de leurs péchés, ils ont crié vers vous. Ce qu'ils vous demandent, ce n'est plus seulement un secours naturel pour éclai-