‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 14 sur 131 · LARVE · texte numérisé non relu

LARVE

J'ai vu des ocelles de chaque côté de la tête (voy. pl. 11,

fig. 3, d). Je crois qu'il en existe cinq de chaque côté. Ce nombre a été vérifié par M. Perris.

Les antennes ont positivement quatre articles, le troisième est muni en dedans d’un appendice.

La forme de la lèvre est remarquable. Elle n'offre pas la complication de celle de l’insecte parfait. On voit nettement la pièce intermédiaire portant les palpes labiaux de deux articles et la languette terminant le tout, sans paraglosses.

Les stigmates sont placés comme d'ordinaire, il en existe neuf paires (voy. fig. 7); la première est sur la membrane du premier et du deuxième segment ou proto-mésothoracique. Ils répondent à des trachées uniquement tubuleuses.

Erichson a recherché ce que devenaient ces stigmates des larves dans les insectes parfaits en même temps que la métamorphose des divers segments de leur abdomen; or, le nombre des segments abdominaux est de neuf chez les larves de Coléoptères, tandis qu'il y en a sept, au plus, dit-il, chez les insectes parfaits. Il en manque deux chez ces derniers, et pour les retrouver le professeur de Berlin a proposé l'explication suivante. L’un des segments de la larve est venu former le premier segment dorsal de l'abdomen (qui est en réalité un huitième segment) de l’insecte parfait et l'autre segment de la larve vient former une partie de la région dorsale du métathorax de l'insecte développé. Ces deux segments portent des stigmates chez la larve et l'insecte qui en provient. De là leur analogie (voy. Erichson, Archives 11, 1846).

Cette idée est ingénieuse, mais le segment de la région métathoracique de l'insecte parfait, comparable au segment médiaire des Hyménoptères, est-il réellement thoracique

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où abdominal ? Je me propose de reprendre prochainement cette question sur un gros insecte, le Bupreslis gigantea.

Munie de cet appareil respiratoire complet, comme chez une autre larve quelconque de la même famille, la larve de la Micralymma brevipenne reste sans asphyxie sous l’eau pendant le reflux de la mer. Ce fait, en apparence si extraordinaire, doit être rapproché des expériences de Malpighi, de Réaumur, de Lyonet, etc., qu'il rappelle sans leur être identique (voy. la note, p. 75). On sait que le premier de ces observateurs éminents n'avait pu asphyxier sous l’eau les chenilles du ver à soie ( Bombyx mori) ; Réaumur, après avoir vérifié ce fait, avait expérimenté au moyen du vide de la machine pneumatiquesans pouvoir tuer deschenillesqu'il y avait placées (Mémoires sur les Insectes, &. Xer, 3e mémoire). Lyonet avait pu laisser plusieurs heures une chenille dans le vide « Sous le récipient dont il avait pompé l'air, sans qu’elle en parût aucunement incommodée, ni que cela eût mis pendant ce temps ou après aucun obstacle à ses mouvements, et même ensuite à sa transformation. » (Lyonet, Œuvres posthumes, dans Mémoires du Muséum, t. XIX, p. 78.)

Les pattes sont comme dans toutes les larves de Staphylirides connues jusqu’à ce jour terminées par un ongle simple. Cet ongle a pu contribuer à induire M. Weswood en erreur. Il est prouvé aujourd'hui que l’Æpus Robiniü et le Cillenum laterale proviennent de larves dont les pattes ont un seul ongle terminal. (Voy. Fairmaire, Ann. Soc. Ent. France, 1852, 673.)

J'ai jugé inutile de donner une description détaillée de la 3e Série, TOME VI. 7

Micralymma brevipenne, page 86, parce que cet insecte est aujourd’hui suffisamment connu d'après les travaux de Gyllenhal, Westwood, Erichson, Schiædte, etc. Je désire seulement appeler l'attention sur les points qui suivent.

Extérieur du corps. Tête. MM. Westwood et Erichson n'avaient pas remarqué les deux stemmates ou yeux lisses qui se trouvent dans la M. brevipenne en arrière du front sur le vertex, suivant une ligne qui passerait derrière les yeux. Les deux stemmates sont très apparents à un grossissement convenable et à la lumière réfléchie. Ils ont l'aspect de deux petits points brillants, de deux petites perles noires. Ils le sont encore plus si on a séparé la partie supérieure de la tête, l'épicrâne, de la boîte inférieure, et si on l’a placée entre deux plaques de verre dans le baume du Canada ou la térébenthine. Ces deux stemmates sont alors comme deux petits cercles parfaitement transparents, tandis que les parties voisines ont une opacité prononcée.

Il y a enfin une circonstance de préparation qui m'a fait penser que peut-être il existe un troisième stemmate placé en avant des deux autres sur la ligne médiane et encore plus petit. J'ai placé dans le baume du Canada une Maicralymma récemment éclose, j'ai obtenu ainsi une magnifique préparation que je conserve et où les moindres détails se voient bien mieux que dans l'insecte très coriace et brun. Mais ce stemmate, s’il existe, est, je le répète, plus pelit, moins appréciable encore que les deux autres, sur l'existence desquels il ne peut exister aucun doute.

Thorax. Le stigmate antérieur ou proto-mésothoracique est très évident, le deuxième ou méso-métathoracique doit exister chez la Micralymma, puisque Erichson l’a vu et signalé dans les grandes espèces de Staphylinides (Gen. et

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Species Staphylinorum, page 14, 1840). Je ne puis l’apercevoir convenablement. Mais le troisième, quoique caché par les élytres, est assez facile à mettre en évidence par l’arrachement de ces organes.

Abdomen. Le nombre des demi-segments abdominaux supérieurs est de huit, portant tous des stigmates; le premier très petit est entièrement caché sous les élytres (1).

En outre, il existe un neuvième segment placé en majeure partie sous le huitième, qu’il déborde et qui est visible chez le 4 .Ce neuvième segment est suivi par une lame arrondie en dessus qui forme un dixième demi-segment. Je les ai décrits et figurés en parlant de l’armure génitale mâle, qui est fort singulière et ressemble peu à celle des autres Staphylins. (Voy, Erichson, loc. cit. 12.)

Les stigmates abdominaux sont au nombre de sept paires, sans comprendre dans ce nombre le stigmate thoraco-abdominal, qui est pour moi un troisième stigmate thoracique. Is sont exactement situés près de la membrane qui unit les

(1) Ce premier segment est celui qu'Erichson regarde comme étant formé par un des segments surnuméraires de la larve,

Le nombre des segments abdominaux donne lieu à de grandes contestations. Il y a souvent plus de demi-segments en dessus qu'en dessous, et il est très difficile de les compter sur les petites espèces. Je dis ici ce qui est; je constate, je n’explique pas. Il y a certainement un grand intérêt à comparer les faits, à connaître les nombres divers des demi-segments et à les rapporter à un type. Quant au segment médiaire situé contre le métathorax, il est peu visible dans la Micralymma. On ne peut décider d’après cet insecte s’il doit être regardé comme un demi-segment thoracique ou bien abdominal, mais par analogie, je suis pour cette dernière opinion. (Voyez une note de M. J. Duval, Genera des Staphylinides, p. 4.)

demi-segments supérieurs et inférieurs. Leur petitesse est fort grande ; leur forme est arrondie. Ils sont très apparents sur la préparation dont j'ai parlé, leur péritrème est corné, arrondi.

M. Westwood avait trouvé cinq articles à tous les tarses dela M. Johnstonis. Erichson admettait ce même nombre. M. Schiœdte, dans sa note sur le genre Micralymma ( loc. cit,, 160) ne donne que quatre articles aux tarses antérieurs. Je puis affirmer qu'il en existe cinq comme aux tarses intermédiaires et postérieurs. Il y a un article épais et court à la base, suivi de trois autres lobes et du dernier, avec deux crochets lisses en dessous (fig. 28). Le premier article n’est pas constitué par un prolongement de la jambe sur lequel les autres articles seraient posés. Il est lui-même articulé à sa base. Mon cher ami M. Léon Fairmaire a contrôlé ces détails sans idée préconçue, et il partage mon opinion.

Organes internes. Quelques particularités sur l'appareil digestif me paraissent dignes d’être mentionnées.

On sait combien est recommandable le travail précité de M. Schiœdte sur le genre Micralymma. Ce savant entomologiste a figuré avec soin les diverses parties de la bouche. Je ne suis en désaccord avec lui que sur peu de points. Le labre de l'insecte parfait est représenté (pl. 4, fig. 2, f) par M. Schiædte avec des expansions membraneuses, une antérieure bilobée et deux latérales, M. Westwood avait indiqué aussi un labre arrondi en avant en trois lobes. Je dois dire que j'ai examiné le labre sur les insectes dans l'alcool et sur d'autres desséchés, et je n'ai vu que ce que j'avais constaté et dessiné au Havre, à l'état frais. Je ne nie pas que les expansions membraneuses existent, je dis seulement que je ne les ai pas vues. Loin de croire à mon infaillibilité et plein

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d'estime pour les travaux de savants recommandables, je me défie de mon résultat et je regrette de n’avoir pas constaté ces expansions que j'ai vues d’ailleurs sur d’autres espèces, entre autres le S. olens. Le trait figuré au labre dé la larve (pl. 11, fig. 3) a l'air d’ailleurs de borner une expansion membraniforme,

M. Schiœdte indique huit poils à la partie antérieure du labre. M. Westwood, plus généreux, en a mis dix-huit à dixneuf dans son dessin. Je crois que la vérité est qu'il y a un grand nombre de poils parmi lesquels huit ou dix plus longs que les autres.

M. Schiædte dit expressément que les mandibules sont inermes. Il figure (oc. cit.) la mandibule droite de la M. brevilinque, sans dent saillante. M. J.-Duval dit comme M. Schiædte : « mandibules mutiques intérieurement. » (Genera des Col. d'Europe. Staphylinides, p. 67.) Or, il existe une dent très évidente au milieu de la mandibule droite, au bord interne de la M. brevipenne. La mandibule gauche n’en a point, cela est vrai, mais ce caractère n’en est pas moins inexact.

La membrane finement ciliée des mandibules ne m’a pas offert les brosses de poils que M. Schiœdte a figurées. El existe simplement une membrane ciliée.

Enfin la languette sur laquelle on discutera encore, et que M. Kraatz vient d'étudier récemment (Zur Terminologie der Paraglossen, in Berliner Entomol. Zeitschrift, Band. 1, 1857), m'a paru composée de trois pièces. Je partage l'avis de MM. Schiædte, Jacquelin-Duval et Kraatz à ce sujet. Je ne pense pas qu'on doive admettre avec Erichson une pièce uniquement formée par le support coriace ou corné des palpes labiaux. Il est d’ailleurs assez singulier qu'Erichson

qui a distingué cette pièce ne l'ait pas représentée dans son Genera et Species des Staphylinides.

En comparant les figures que je donne pour les organes bucçaux de la Mycralymma brevipenne avec ceux que M. J. Duval représente chez le même insecte, on trouvera quelques légères différences. (Voy. Gener. Staphyl.; pl. XXIV; fig. 118, a, et 118, 6.) Je crois que ces différences viennent de ce que M. J. Duval n’a eu à observer que dés insectes desséchés.

Le tube digestif est droit dans la larve, plus long dans l'insecte parfait. Les mandibules de la première sont arquées et plus dentées au côté interne. Le ventricule chylifique n’est point papillaire, la pulpe du gros intestin est brunâtre. Ces caractères indiquent qu’elle est plus carnassière que l’insecte parfait, que sa nourriture est purement animale et séjourne peu de temps dans le tube digestif. La pulpé verte de l'intestin de l'insecte parfait indique un régime plus végétal.

Les vaisseaux biliaires sont terminés en cœcum à peine renflé (pl.u, Gg. 6, d, d'etpl. mx, fig. 15, d, d) sur la larve et l'insécte parfait. J'en ai acquis la preuve répétée. J'ai vu une fois un petit filament, un prolongement dont j'ignore l'usage terminant un des vaisseaux hépatiques de l’insecte parfait. Je J'ai figuré sans y attacher d'autre importance (pl. an, fig. 22).

Organes génitaux. Les capsules spérmifiques sont remarquables par leur forme quadrilobée. C'est dans leur intérieur qué doivent se former les Spermatozoïdes, mois je n’en ai pas eu la preuve, je n’ai point fait l'histologie de cet organe dont j'ai eu beaucoup de peine à reconnaître les formes et les connexions.

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I m'a semblé que les deux vésicules séminales, les deux tubes ainsi nommés par M. Léon Dufour s’ouvraient côte à côte sur le canal déférent.

Le trait le plus remarquable de l'appareil générateur # ; est la dilatation du canal éjaculateur à son origine. Il y a là un réservoir et peut-être une poche contractile destinée à la projection de la liqueur séminale.

La disposition des gaînes ovariennes uniloculaires et la simplicité du conduit des œufs sont ordinaires chez les Staphylins. Remarquons la plaque en V de l'oviducte, vestige du neuvième segment abdominal du «. HER

Il est bien extraordinaire qué la Micralymma répande une odeur très forte sans que l'organe qui la produit soit gros ou au moins possible à trouver.

L'appareil respiratoire interne se compose, chez l’insecte parfait comme chez la larve, de trachées uniquement tubuleuses ou élastiques. Elles ne sont point très multiptiées. On: comprend très bien l’absence de ballons aériens chez un insecte absolument aptère et d’un genre de vie si singulier. Les Staphylinus olens et maæxillosus qui volent n'ont également que les mêmes trachées, ainsi que je l'ai constaté. Il est vrai que le vol n’est pas chez ces insectes un exercice habituel.

Le système nerveux ne m'a rien offert de spécial ou digne d'être noté. Les ganglions destinés aux organes générateurs sont volumineux.

Le tissu adipeux splanchnique est d’un blanc de lait, granuleux. Son abondance est assez considérable, mais non excessive.

Pour terminer nos remarques sur cet insecte, nous compa -

rerons son organisation viscérale à celle des Staphylinides dont l'anatomie est déjà connue.

Remarquons les poils œsophagiens. Ces poils ont été signalés dans le Staph. politus par Ramdobr, dans les S. cæsareus (erythropterus), et tous les Staphylinides disséqués par M. Léon Dufour (Ann. Scienc. nat. 1re série 111, 219). J'ai montré dans le gésier du S. olens des séries de poils (Ann. Ent. France, 1850, xzvur et 1852, 337), mais dans tous ces Staphylinides, ces poils forment les parois d’un vrai gésier.

Le ventricule chylifique est très papillaire dans la Micralymma. On trouve qu'il l'est aussi dans le S. politus (Ramdohr, Abhandlung ueber die Verdauungs werkzeuge, etc., pl. x, fig. 6). Tous les autres insectes de cette famille disséqués par M. Léon Dufour ont des papilles ventriculaires plus ou moins saillantes, Sc. olens, cœæsareus (erythropterus Fag), maxillosus, punctatissimus. Les Pæœderus riparius et ruficollis les ont à peine marquées.

Les testicules sont oblongs et mamelonnés (multicapsuaires) dans les St. olens, cœæsareus, maxillosus, punctatissimus. Ils ont la forme d'un sac arrondi dans les Pæderus (Voy. L. Dufour, Ann. Scienc. Nat. vi, 162, pl. v, fig. 4 à 9). Ces Staphylins ont deux paires de vésicules séminales, les Peœæderus trois paires. Le Staphylinus olens, fig. 4, a le canal déférent renflé à son origne comme Ja Micralymma.

Enfin les ovaires ont six gaines ovigères. Nous en trouvons le même nombre aux Staphylinus maxillosus d'après M. Léon Dufour (Ann. Scienc. Nat. vi, 436); les Philonthus varius et Pœderus riparius d'après M. Stein ( Vergleichende An. und Phys. der Ins. Die weiblichen Geschlechtsorgane der Keæfer). Les St. olens et punçiatissimus ont seulement trois

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gaines ovigères (Léon Dufour). L'Oxytelus rugosus en présente dix (Stein). Le Boletobius atricapillus douze (Stein).

Le receptaculum seminis n’est jpas toujours simple comme dans la Micralymma, il offre des formes plus compliquées dans les Pæderus riparius, Tachyporus chrysomelinus, Tachinus rufipes (Stein).

M. Lacaze Duthiers n’a point parlé de l’armuregénitale des Staphylins, dans son travail sur ces armures chez les insectes Coléoptères (Ann. des Scien. Nat., 3e série, x1X, 1853), mais M. J. Duval a décrit avec soin, suivant son habitude, celles du S.maæxillosus, tant mâle que femelle (Introduction au Genera des Coléoptères d'Europe, ex1 et ex.

M. Stein a représenté l’extrémité de l’abdomen chez les ® des S. erythropterus (ou cæsareus?), Tachinus rufipes, Pæœderus riparius, Philonthus varius, Myrmedonia canaliculata (loc. cit., pl. mx, fig. 7, 11, 12, 14 et 15).

Il faudrait employer le crayon pour faire l'exposé comparatif de ces dessins, j'aime mieux y renvoyer qu’en donner un aperçu toujours incomplet.

Les gaines ovigères de la Micralymma ne renfermaient pas d'œufs, mais une pulpe blanchâtre. La plupart des figures données par les auteurs n’indiquent pas, non plus, des œufs dans les gaines. On doit remarquer le fait prouvé aujourd'hui de la grosseur relative des œufs des Staphylinides et leur petit nombre.

Fig.

Explication des fiqures des planches x et xx.

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