‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 24 sur 131 · MÉTAMORPHOSES DU LARINUS CARLINE · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSES DU LARINUS CARLINE

Par M. le D' Alexandre LABOULBÈNE,

Réunion extraordinaire annuelle de 1858.

(Séance du [4 Avril.)

J'ai trouvé la larve de cet insecte dans le mois de juillet 1857, à Villegenis, dans le domaine de S. A. I. Monseigneur le prince Jérôme Napoléon en ouvrant les capitules prêts à fleurir, ou dont la floraison s’effectuait, de la Serratula * arvensis LINNÉ.

Il est facile de s’apercevoir si un capitule de Serratula est attaqué par une larve, car on voit alors sur un des côtés, un avortement, une sorte d’atrophie de quelques écailles du calice et de plusieurs fleurons qui ont pris une teinte brunâtre. La fleur composée est de la sorte infléchie sur une de ses faces. La piqüre faite, probablement par l’insecte parfait au moment, où l'œuf est déposé, occasionne cette altération particulière.

On trouve la larve, à divers degrés de développement au fond de la fleur composée, sur ou dans le réceptacle dont elle se nourrit. Après avoir crû, aux dépens de ce réceptacle Charnu, la larve se fait une loge qu'elle construit avec la partie inférieure des paillettes nombreuses qui sont à sa portée. Elle les réunit, les tasse, les enduit d'une substance

agglutinative, et c'est dans cette loge, ou cocon, qu’elle subit sa transformation en nymphe et d’où elle sort sous la forme d’insecte parfait.

Après avoir constaté la présence d'une larve sur plusieurs fleurs de Serratula, je les avais enfermées dans des boîtes, j'avais ajouté de la terre où elles pouvaient aller se transformer; je pensais néanmoins, par analogie, qu’elles devaient, comme celles du L. maurus rester dans la fleur composée. Ayant laissé ces larves le 12 juillet, 1857, je n'ai pu les revoir que vers le milieu du mois de septembre. A cette époque, j'ai trouvé trois insectes parfaits du Lurinus carlinæ bien développés et morts, trois Ichneumonides (de deux espèces), parasites de cet insecte, enfin des nymphes mortes, desséchées. L’insecte parfait a dû éclore en août.

J'ai constaté la forme de la coque que la larve avait ,

fabriquée et qui ressemble fort quand elle est ouverte à certains nids faits de brins d'herbe, je n’ai pas vu de fils desoie, de trame formée pour relier les paillettes du réceptacle des graines de Serratula. J'ai examiné à cet effet le cocon après lavoir fait tremper dans l'eau. Cette coque est brunâtre et lisse en dedans, ovale, revêtue en dehors d'un feutrage de paillettes.

DESCRIPTION DES TROIS ÉTATS DU Larinus carlinæ. $ 1er Larve, (Voy. pl. 7, n°. II fig. 1 à 8.

LARvE (fig. 1) très fortement recourbée sur elle-même, formant environ les sept huitièmes d’un cercle complet ; thorax n’étant guère plus épais que le reste du corps. Couleur grise, tégumentsdiaphanes laissantapercevoir les organes

Larinus carlinæ. 281

internes, ce qui donne parfois à toute la larve la coloration des derniers segments abdominaux des grosses larves de Lamellicornes.

Tête brune ou fauveantérieurement surtout, avec quelques poils rares, silués en avant.

Antennes siluées à la base et un peu en dehors des mandibules, paraissant formées de deux articles très petits, le dernier terminé par un poil (fig. 7).

Epistôme et labre un peu échancrés au milieu, surtout ce dernier qui a quelques poils antérieurement (fig. 3).

Mandibules noirâtres, fortes, bidentées à l'extrémité (Gg.4).

Mächoires à lobe interne large, fixe, ayant en dedans une série de poils courts, en dent de peigne ; en dehors chaque mâchoire porte (fig. 5) un palpe de deux articles, le premier épais, aussi large que long, le deuxième allongé, terminé par trois poils.

Lèvre inférieure (fig. 6) arrondie sur les côtés, arquée en avant, ayant de chaque côté un palpe de deux articles, le premier épais beaucoup plus grand que le deuxième.

Segments du corps très plissés ainsi que l'indique la fig. 1 ; doublement mamelonnés sur les côtés; très difficiles à compter; au nombre de douze, la tète non comprise; tégument luisant, presque glabre. Segments thoraciques absolument apodes.

Stigmates petits, à péritrême rond (fig. 8) ; au nombre de neuf paires, situés les premiers au bord du prothorax sur la membrane qui l'unit au deuxième segment du corps, les autres sur les quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième, neuvième, dixième et onzième segments, vers le milieu de leurs bords latéraux.

On n’éprouve aucune peine pour reconnaître les deux articles des palpes maxillaires de cette larve. J'ai dejà dit, dans la description de la larve du Ceutorhynchus drabæ dans ces Annales, 1856, p. 158, que les palpes maxillaires ont deux articles seulement à bords nets, et un troisième basilaire, membraneux, rétractile. Cet article basilaire m'a paru indistinct dans la larve du L. carlinæ.

Le nombre des articles des palpes maxillaires parait d’ailleurs être de deux chez toutes les larves de Curculionides et de Bostrichides (1).

Je n’ai trouvé qu'une seule figure dans Ratzeburg où il y en ait trois représentés nettement. C’est pour la larve du du Curculio pini L. (Hylobius abietis). (Voy. RATZEBURG Die Forstinsecten, Coléoptères, pl. IV, fig. 11, > et ».)

SI2. Nymphe (Voy. pl. 7, no II, fig. 9).

NympE blanchâtre, glabre ou presque glabre ; luisante, offrant les formes de l’insecte parfait. Segments thoraciques sans poils allongés ; les abdominaux n'étant pas très mamelonnés. Extrémité postérieure sans prolongements. Les fourreaux des antennes, des ailes et despattesne paraissent devoir offrir rien de spécial.

(1) M. Edouard Perris a parfaitement exposé ces faits dans son beau travail sur les Insectes du Pin maritime (Ann. de la Soc. Ent. de France, 1856, 437). M. Burmeister a trouvé deux articles seulement aux palpes maxillaires et labiaux sur une grosse larve de Calandra, mais il existe Ja trace d’un troisième article à la base des maxillaires (Zur Naturgeschichte der Gattung Calandra, etc., fig. 12, Berlin, 1837).

Larinus carlineæ. 293

$ 3. Insecte parfait.

Larinus carlinæ Oxi\vier, Ent. V, page 280, genre 83, no 30, pl. 21, fig. 282 (Lixus).

SCHOENNHER, Curcul. IIT, 133, no 45.

Allongé, presque parallèle. Noir, à écailles grisâtres. Rostre plus court que le corselet, arqué, cylindrique, entier. Corselet très finement ruguleux. Elytres ponctuées-striées, intervalles larges, plans finement rugueux, à mouchetures grisâtres disposées presqu'en damier. Cuisses muliques GYLLENHALL.

L'un des trois individus éclos dans mes boîtes appartenait à la variété B dont la couleur est d’un brun clair.

Deux des parasites me paraissent pouvoir être rapportés au Cœlinius viduus HALIDAY ; le dernier est une Pimpla &, que je n'ai pu déterminer.

Mon cher et savant ami M. Perris, a observé aux environs de Mont-de-Marsan, la larve du Larinus carlinæ vivant dans le réceptacle des fleurs du Cirsium palustre. Mon savant collègue, M. le colonel Goureau l’a trouvée dans cette même plante à Santigny, dans le département de l'Yonne.

La science ne possède sur les métamorphoses des Larinus que la description de la larve du Larinus maurus OLIVIER, prise à Montpellier dans le Buphtalmum spinosum L. par M. Jacquelin-Duval et décrite par MM. Chapuis et Candèze dans leur Catalogue des larves de Coléoptères, page 212, pl. VIE, fig. 7. (Voyez pour les changements de couleur de ce Larinus en rougeâtre et en verdâtre, les Annales de la Société entom., de France, 1852, page 732.)

M. Jacquelin-Duval a trouvé aussi à Montpellier la larve du Larinus maculosus SCHOENNHER, dans les capitules de l'Echinops ritro. Elle s'y creuse une vaste cellule et s’y transforme en nymphe vers la fin de juillet ou le commencement d'août. Elle se nourrit comme celle du L. carlinæ de la partie charnue du réceptacle. Elle construit une coque assez résistante, formée de fibrilles végétales, agglulinées par le produit d'une sécrétion. On ignore le temps qu’elle passe sous les formes de larve et de nymphe. L’insecte parfait parait en août et septembre. Sa ponte n’a pas été observée, mais il est probable que la femelle perce avec son rostre la partie verte du périanthe et y dépose ses œufs dans la substance charnue (Loc. cit. et Ann. Soc. Ent. Fr., 1852, 731).

La larve du Larinus maculosus n’a pas encore été décrite, à ma connaissace.

Enfin MM. Goureau et Léon Dufour ont observé la larve d'un insecte voisin des Larinus, c’est celle du Rhinocyllus latirostris; le premier l’a décrite dans nos Annales (1845, p. 77 et suiv. et figurée pl. IL, fig. 4); elle vit dans le Carduus nutans. M. L. Dufour l’a trouvée avec une foule d’autres insectes dans les capitules de la Centaurea nigra. (Voy. Ann. Ent. de France, 1857, page 49.)

Explication des figures de la planche 7, no II.

Fig. 1. Larve du Larinus carlinæ OLIVIER, grossie. 2. Cette larve de grandeur naturelle.

Page 1