‹ [Travaux d'entomologie 1852-1865]Chapitre 25 sur 131 · MÉTAMORPHOSES DE L'ORCHESTES RUFUS · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSES DE L'ORCHESTES RUFUS

Par M. le D’ Alexandre LABOULBÈNE.

Réunion extraordinaire anntéllé de 1858.

(Séance du 14 Avril.)

Une monographie des Coléoptères du genre Orchestes et de leurs larves serait un travail rempli d'intérêt. Les formes et les couleurs de ces petits Curculionides, à cuisses postérieures renflées, propres au saut, n’offrent pas une grande variété, mais elles sont agréables. Leur synonymie d'ailleurs est très embrouillée. Quant à leurs larves, elles sont mineuses de feuilles et ont fourni à Réaumur, De Géer, Ratzeburg, Bouché, Héeger, etc. le sujet d'observations remarquables.

J'ai suivi pendant deux années les métamorphoses de l'Orchestes rufus Ourvrer. Sa larve se trouve dans les feuilles récemment développées, ou encore tendres, de l’orme. J’en ai recueilli une grande quantité dans le domaine de Villegenis, près de Verrières.

Je dois dire qu’il est éclos des feuilles du même arbre les deux Orchestes rufus et melanocephalus.

Je crois toutefois pouvoir assurer que la larve et la nymphe des fig. 4, 5 et 11 se rapportent au rufus, car j'ai trouvé cet insecte dans les boîtes où j'avais laissé la nymphe que j'ai dessinée.

À. LABOULBÈNE. — Orchéstes rufus. 287

Les métamorphoses d’un Orchestes de l’orme ont déjà été suivies. Réaumur et de De Géer les ont rapportées dans leurs Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Ce doit être un devoir de citer les précieux travaux de ces grands Natu-: ralistes. Ils ont souvent épuisé le sujet et les observations ultérieures ne peuvent alors que confirmer les leurs, en ajoutant à peine quelques détails.

RÉAUMUR s'exprime ainsi dans le cinquième volume de ses Mémoires :

» Il nous reste à faire connaître quelques-unes des espèces de vers mineurs qui se transforment en scarabées ; il y en a une qui en veut aux feuilles d’orme et qui y est très aisée à trouver. Si on observe les feuilles de plusieurs de ces arbres à la fin du printemps, on en apercevra, qui, quoique très vertes partout ailleurs, ont quelque part près de leurs bords, une partie desséchée, mais plus renflée que le reste. Un ver - blanchâtre qui a rongé l’intérieur de la feuille dans cet endroit est cause du desséchement qui y paraît ; celui-ci se tient à peu près à égale distance du dessus et du dessous de la feuille, et il oblige les parties qu'il a séparées à prendre chacune de la convexité vers le dehors. Ce ver se métamorphose dans un très petit scarabée brun, qui est de la classe de ceux que nous appellerons dans la suite des scarabées à tête en trompe. page 31. »

Nous trouvons dans DE GÉER, tome V, page 260 de ses Mémoires sur les insectes :

Charançon sauteur de l'orme.—Charançon sauteur à longue trompe, à corps ovale, d'un jaune d’ocre foncé et à yeux noirs.

» Les larves de ces Charançons vivent dans les feuilles de l'orme, qu’elles minent en grand, ou en grandes aires, se

nourrissant de la substance intérieure de la feuille, qu’elles rongent en ménageant adroitement les deux membranes. Les endroits où elles se trouvent placées , se représentent comme des taches circulaires (fig. a, b, c) reuflées dans le milieu des deux côtés de la feuille, en forme de petites vessies; ces plaques sont composées des deux membranes de la feuille qui se sont desséchées, la substance quise trouvait entre elles deux, ayant été consumée par la larve ; c’est pourquoi leur couleur est brune ou feuille morte, comme une feuille sèche. L’élévation de l'endroit miné n'est pas seulement produite par la larve qui s’y trouve placée et qui par sa grosseur excède déjà l'épaisseur de la feuille, mais elle est encore augmentée par une coque que la larve file en dedans de la feuille dans l'endroit miné, et tout cela avant que les membranes de la feuille se soient entièrement desséchéeset tandis qu'elles sont encore susceptibles de quelque extension. Ces espèces de vessies sont ordinairement placées près des bords de la feuille, parce que les nervures y sont plus tendres et par conséquent plus faciles à être rongées par la larve. C'était à Utrecht au mois de mai et de juin de l’année 1736, que je découvris ces larves et leurs nids, mais je ne les ai pas encore rencontrées en Suède.

» Ces larves sont très petites, de couleur blanc-jaunâtre, avec plusieurs points obscurs (pl. 8, fig. 7), mais la tête et le premier anneau du corps sont d’un brun obscur. Le corps est divisé en douze anneaux, dont les séparations ou incisions sont profondes ; les côtés sont un peu ridés et le derrière est conique. On voit tout le long du dos à travers la peau, le grand canal des aliments, qui paraît noir quand l'insecte a bien mangé. La tête est écailleuse et assez semblable à celle des chenilles, mais elles n’ont point de pattes.

Orchestes sufus. 289

Parvenues au dernier degré d’accroissement, elles filent une petite coque très mince dans la feuille même, et prennent ensuite la forme de uymphes (fig. 9 et 10), qui sont d’un beau jaune à yeux d’un brun clair, et sur lesquelles on voit toutes les parties du Charançon arrangées avec beaucoup d'ordre. Vers la fin de juin les Charançons quittent la peau de nymphe et percent la feuille pour en sortir. Ils continuent encore de manger la feuille de l’orme et j'ai observé qu'ils survivent l'hiver, les ayant souvent trouvés en hiver sous la vieille écorce à demi détachée des arbres où ils séjournent pour se meltre à l'abri du froid et c’est au printemps suivant qu'ils se multiplient de nouveau. »

Les auteurs qui ont parlé des Orchestes de l'orme après Réaumur et De Géer ont copié leurs œuvres littéralement comme Herbst pour De Géer, ou bien n'ont rien fait connaître de plus.

J'ajouterai seulement, pour ma part, les réflexions suivantes :

Feuilles d'Orme. Je n'ai jamais trouvé ces feuilles minées autre part que sur leurs bords (Voy.pl, 7, no II, fig. 1, 2,3). J'en ai vu de très peu développées renfermant des larves déjà près de se transformer. Ils est probable que l'œuf éclot dès qu'il est pondu et que la petite larve se hâte de pénétrer dans l'intervalle des deux lames de la feuille. De Géer a représenté (loc. cit.) une feuille d'Orme minée dans le milieu, mais son texte donne ce fait comme exceptionnel. II parle de la préférence marquée des larves pour le bord des feuilles.

Coque. Je n'ai rien à ajouter à la description fidèle des deux Auteurs, sur la boursoufflure creuse et d’un roux-bruuâtre où se trouve la nymphe, sur les bords de la feuille. Réaumur n’avait point remarqué l'existence d'une coque ou

3e Série, TOME vi. 19

“hate

cocon en cet endroit, mais cette coque n'avait point échappé à De Géer qui la regarde comme étant filée par la larve.

J'ai le regret de n'avoir pu observer complétement comment s’y prennent les larves de cet Orchestes de l’Orme pour construire leurs coques. J'ai essayé d'enlever une des parois de la feuille minée et de la remplacer par une lamelle de verre; mais les insectes troublés, ou peut-être se trouvant dans des conditions défavorables, n’on pas voulu filer. Je me propose d'essayer à l'occasion d'enlever sur le cocon déjà commencé une partie que je remplacerai par le fond concave d’un verre de montre en collant la feuille en cet endroit.

Tout ce que j'ai vu se réduit à des mouvements des deux extrémités du corps, et je pense, vu l’absence de filière buccale, que l'organe producteur de la matière du cocon est situé à l'extrémité ou près de l'extrémité de l'abdomen. Dans : le compte-rendu de sa Première excursion dans les Grandes- Landes (Lyon 1850, page 44). M. E. Perris dit: « Avant de passer à l’état de nymphe, elles (les larves d’Orchestes) s’enveloppent d’une coque soyeuse d’un tissu lâche. La filière qui produit cette coque, se trouve à l'extrémité postérieure du corps. Cette particularité assez bizarre n'a été, je crois signalée nulle part. »

L'habile naturaliste a vuet publié depuis (dans les Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon), les manœuvres de la larve du Phytonomus viciæ GYLLENHAL. C'est en prenant, avec les parties de la bouche, la liqueur sortie d'un mamelon situé à la base dorsale du douzième segment, que les larves de ce Phytonomus construisent leurs coques à larges mailles. M. Perris est parvenu à faire filer ces larves sous des verres de montre et les a suivies pendant cette opération en les examinant à la loupe.

Orchestes rufus. 291

Je tiens de M. le colonel Goureau qui a suivi les métamorphoses de plusieurs larves d’Orchestes qu'avant de se changer en nymphes, elles tapissent leur demeure avec une matière liquide qui paraît sortir des derniers segments de l'abdomen.

Quoi qu’il en soit de la manière dont la coque de PO. rufus est formée par la larve, on trouve qu’elle est composée d’une sorte de membrane mince, fauve, qu’on a de la peïne à détacher des deux lames écartées de la feuille, à moins qu’elle ne soit bien desséchée.

La coque forme, dans son ensemble, un petit corps ovoide, lisse en dedans. Examinée à la loupe et eu microscope, elle se trouve bâtie avec de gros fils. Il ne paraît pas exister de trame soyeuse, mais un enchevêtrement de filaments bruns ou fauves, gros et placés, surtout à angle aigu, les uns contre les autres.

J'ai fait bouillir des feuilles minées, j'ai recherché ensuite sur |: coque devenue plus souple si je parviendrais à dévider les fils réunis par une matière gommeuse et j'ai pu y parpir, quoiqu’avec peine. Je conclus de là que cette coque est formée par une matière tirée en gros filaments et nou par des fils de soie, fins, proprement dits, sortis d’ure filière labiale. L'analogie me porte à croire que les palpes et d’autres pièces buccales doivent servir à étendre la matière du cocon, cette matière étant fournie par un organe situé a l'extrémité de l'abdomen. É

On trouve sur la feuille et la coque, après la sortie de l’insecte,un trou arrondi, assez régulier, une perte desubstance. L'Orchestes a commencé à l'état parfait par détruire l'obstacle qui le retenait captif, puis il a paru au dehors (fig. 3).

Larve. De Géer a représenté la larve au repos et la figure qu'il en donne est assez exacte ainsi que sa description, Toutefois, j'ai pensé qu’une nouvelle figure représentant la larve allongée et une autre vue de profil ne feraient point double emploi.

J'ai insisté sur les parties de la bouche que les auteurs ont généralement négligées, par exemple Ratzeburg pour l'Orchestes fagi. Héeger a fait connaître les pièces buccales de l'Orchestes populi dans ses Beitræge zur Naturgesch chte der Insecten (Sitzungsb. der K. Akad. der Wissenschaften zu Wien; XI, Band., Heft 1, 1853, Raf, VI). Cet auteur représente fig. 6, la lèvre inférieure, sans palpes et avec une filière au milieu. J'ai déjà dit que je n'ai vu rien de semblable. (Voy. fig. 9.)

Nymphe. J'ai éprouvé un vif sentiment de plaisir en trouvant dans les Mémoires de De Géer, le portrait d’une nymphe ressemblant beaucoup à celui que j'avais dessiné moi-même pour le même insecte. La nature ne change pas et à un siècle de distance ses productions ont une admirable conformité. J'ai pu ajouter cependant aux connaissances que nous devons aù Réaumur suédois quelques détails, entr'autres ceux du dernier segment abdominal.

MM. Ratzeburg et Héeger n'ont rien signalé de spécial auxderniers segmentsabdominaux de lanymphe des Orchestes fagi et populi. Mais, mon savant ami M. Perris, m'écrit qu'il possède les larves et les nymphes des Orchestes crinitus, pubescens, quercàs et iola ; ces nymphes ont toutes le mamelon que j'ai observé vers la base du dernier segment ventral, mamelon surmonté de tubercules piligères.

Orchestes rufus. 293

Insecte parfait. Il est impossible de décider si Réaumur a observé l'Orchestes rufus ou l'Orchestes melanocephalus, dont les mœurs sont analogues et les larves peut-être à peine distinctes, ainsi que les nymphes. Mais il est sûr que De Géer a eu réellement sous les yeux l'O. rufus. C'est pour fixer l'attention, à ce sujet, que j'ai rapporté la phrase descriptive de De Géer. Je n'ai rien à mettre après ce qu’il dit des mœurs de cet insecte, sinon que les œufs sont presqu’arrondis et d’un blanc jaunâtre.

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