IL NYMPHE
(PL. 12, fig. 6 et 7).
Nympha nuda, obvoluta, oblonga; fuscescens, abdomine pectoreque pallide aurantiacis; capite antice bifido, vertice setis duabus instructo; thorace gibbo, cornubus duobus fere rectis armalo; abdomine 8-articulato, apice fisso.—Long,. 2 mill.
J'ajouterai à cette phrase diagnostique et à la figure de cette nymphe, que les antennes offrent des traces légères de division, que le corselet et les étuis des ailes sont noirâtres, que les pattes sont allongées, rapprochées, les extérieures étant les plus longues de toutes.
La nymphe de la Cecidomyia papaveris ressemble ainsi que je viens de l’exposer, à celles des Tipulaires en général. Tous les auteurs qui ont étudié ces nymphes les ont trouvées à peu près semblables aux insectes dont elles recouvraient les diverses parties, différant ainsi d’une manière considérable de celles des Muscides qui sont de véritables Pupes.
Aussi, n'est-ce point sans étonnement que dans le mémoire de M. Bazin, j'ai vu décrite et figurée sous la dénomination de nymphe une des formes d’un insecte trouvé dans les glumes du blé où il hiberne. Cette forme ne saurait convenir à une véritable nymphe de Cecidomyie. I1me paraît y avoir là une fausse interprétation ; M. Migneaux n'a exactement dessiné que ce qu'il a vu, M. Bazin n’a décrit que ce qu'il a observé, mais il m'a toujours paru impossible que la fig. 4 de la planche de son mémoire
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représentât la véritable nymphe de la C. #ritici. Je me suis bien souvent demandé ce qu'était cette forme insolite. Etait-ce une larve saine restée dans l'épillet ?
J'ai eu recours de mon côté à l’observation directe, et j'ai vu une larve incluse dans la peau séparée de son corps. Est-ce dans cette enveloppe sèche et ridée que la métamorphose a lieu? Je ne puis décider la question; mais le Professeur Lœw (Dipterologische Beitræge, vierter Theil, 1850 p. 8 et 23) cite d’après M. Asa Fitch le fait très exceptionnel de la métamorphose en nymphe dans la peau de la larve elle-même pour la C. destructor Say. De son côté M. Winnertz a vu la C. graminicola (loc. cit. 292) dont la larve blanchâtre vit sur le Poa nemorulis, se transformer dans sa propre peau de larve. Or, la larve observée par M. Bazin et par moi-même se tenant dans les glumes du blé n’est point celle de la C. destructor qui vit contre les nœuds de la tige dans la gaîne des feuilles, mais elle a peutêtre comme elle une nymphe transformée dans la peau de la larve.
M. Bazin pense que les larves restent pendant l'hiver à l’état dormant dans la terre; leur transformation en nymphe doit être promptement suivie de leur éclosion. Dans tous les cas la véritable nymphe est restée inconnue à M. Bazin qui n’a encore pu rencontrer dans la terre que la larve (loc.cit. pages 9 et 11).
La forme ordinaire des nymphes de Cecidomyia a servi à M. Louis Amblard dans un travail récent (Ann. Société Entom. France, 1856,) à rapporter à un de ces insectes la production d'une galle observée sur le Tamarix brachystilis de nos possessions d'Afrique, Je crois comme M. Amblard
que la nymphe qu'il a fait connaître appartient à une Cecidomyia.
La coloration de notre nymphe du pavot est d’abord d’un jaune rougeâtre, plus tard la teinte passe au brunâtre sur le dos et le fourreau des ailes. Les yeux deviennent les premiers d’une teinte brune, puis noire.
Cette nymphe n'a point d’épines marquées sur ses huit segments; elle n’a que deux mamelons à l'extrémité, quine doit pas compter pour un neuvième segment, à mon avis. Les deux appendices de la tête et du thorax (sans parler des saillies frontales) méritent de nous arrêter.
Les cornes ou saillies frontales paraissent servir aux nymphes des Cecidomyia pour percer leur prison, qu'elle soit une galle ou une coque soyeuse; je pense qu'il en est ainsi pour la Cécidomyie du Tamarix L. AMBLARD, comme pour les Cecidomyia entomophila Permis. Les cornes et l'espèce de hure de la C. verbasci VALLOT (LÉON Durour, loc. cit. PI. 2, fig. 10 et 11), sont très remarquables, ainsi que celles des C. fagi et sarothamni, représentées par WiNNERTZ, loc. cit. PI. 1, fig. 5 et 6).
On trouve des poils sétiformes situés près du front sur quelques Cecidomyia ou de Lasioptera, mais je ne connais qu'un autre exemple bien net des cornes thoraciques que j'ai figurées (fig. 6et 7), c’est celui fourni par M. Léon Dufour dans sa description de la nymphe d’une Lasioptera (Mém. Soc. Roy. Lille, 1845, fig. 5.) ÿ
J'avais à plusieurs reprises examiné sous divers grossissements les poils cervicaux et les cornes, tant sur la nymphe non éclose de la C. papaveris que sur la dépouille après la sortie de l’insecte parfait. Les soies cervicales étaient simples, mais les cornes dorsales m'ont paru renfermer un tube
Cecidomyia papaveris. 577
inclus, et ce tube a les apparences d’une trachée. J'ai représenté cette disposition par une figure (fig. 7).
Ce détail remarquable me paraissait devoir être connu. MM. Lœw et Winnertz parlent de soies tubuleuses et respiratoires (WiNNERTZ, loc. cit., p. 194 et 198). M. Léon Dufour doute de l'usage physiologique de ces cornes, et il cite De Géer’ comme ayant cru à un organe de respiration. Or, De Géer ne parle que des cornes du vertex et non des cornes thoraciques de la €. du génevrier (p. 409 du tome VI deses Mémoires).
« La nymphe porte sur la tête deux petites pointes coniques en forme de cornes droites qui sont sans doute les organes de la respiration. »
J'appelle l'attention des entomologistes sur ces organes respiratoires. Je désire que de nouvelles recherches confirment une observation que je voudrais moi-même répéter encore.
Quand le moment de la métamorphose en insecte parfait est arrivé, la nymphe de la Cecidomyia papaveris s'avance jusqu’au haut de la capsule qui, par une harmonie admirable, devient déhiscente à la même époque, à cause de sa maturilé. La nymphe s’y engage a moitié, la ligne dorsale médiane se fend dans toute sa longueur et l’insecte parfait prend son essor.
La fixation de la nymphe dans un point où elle se trouve arrêtée n’est pas indispensable à l’éclosion. Plusieurs insectes sont nés de capsules ouvertes et de nymphes libres sur un plan uni.
La dépouille laissée par l'insecte parfait est d'un beau blanc un peu diaphane; elle présente toujours les antennes isolées et la déhiscence dorsale,
La Cecidomyia papaveris reste peu de temps à l'état de nymphe.
(PI. 12, fig. 8 à 15).
CecrnomyrA PAPAVERIS WinnerTz Lin. Ent. vni, 229 (1853). — WALKER, Insecta Britannica Diptera mx, 78 (1856).
Nigrescens, griseo squamoso-tomentosa; antennis fuscis 16-17 arliculatis, articulis in mare sphæroideis pedicellatis ; oculis nigris in mare conneæis ; thoracis et abdominis lateribus, ventreque rufis vel rufescentibus ; alis diaphanis, tricostatis ; halteribus fulvis; pedibus fuscis, subtus argenteis, tibiis tarsisque rufescentibus, tarsorum articulo primo brevissimo. — Long. 2 à 2 1/2 mill.
Corps brunâtre varié de rougeâtre plus ou moins sombre et revêtu d’écailles d'un gris satiné ou d’un blanc soyeux.
Tête avec les yeux noirs, grands et contigus d' ; écartés, distants ®.
Antennes paraissant composées de dix-sept articles chez le & , et de seize chez la $ ; égalant la longueur du corps et recourbées en haut, & ; premier article grand, presque glabre, ainsi que le deuxième. Les suivants allongés, pédicellés, renflés à la base en forme d’ovoïde court et portant un verticelle de poils isolés (fig. 10, 11 et 12), article terminal sans pédicule, sessile. Pétiole de la longueur du renflement à la base des antennes et vers leur milieu, de la moitié de leur longueur seulement vers les derniers articles. Chez le d, Les articles trois à quinze sont presque carrés, un peu transversaux, sans verticelles de poils (fig. 13).
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Bouche laissant apercevoir deux corps en forme de lobes arrondis, correspondant à des mâchoires supportant chacune un palpe visiblement 4-articulé. |
Thorax brunâtre avec les côtés rougeâtres et trois bandes sur le disque, longitudinales, plus foncées, produites par les poils ou écailles moins lisses.
Ailes diaphanes, irisées sous un certain jour, avec trois nervures, leur bord antérieur et postérieur noir, et des poils noirs sur leur surface; frange du bord antérieur serrée, la postérieure longue et plus fine. Trois nervures longitudinales et une transversale petite et difficile à voir. Cette dernière est située au milieu de la première nervure longitudinale « (fig. 14) et un peu plus en dedans $ (fig. 15). La deuxième se recourbe un peu en haut depuis sa naissance et s'approche de la première nervure (c’est sur ce point que tombe la nervure transversale), puis elle forme une courbe à convexité inférieure et atteint le bord externe bien avant le couvercle externe de l'aile, sur le bord supérieur. La troisième presque droite à la base, se courbe légèrement sans atteindre Je bord postérieur, sa division secondaire bien visible.
Balanciers rougeâtres couverts de poils d’un blanc argenté.
Abdomen de huit segments, l'armure génitale rougeâtre avec une large bande transversale noirâtre ou brunâtre sur chaque segment, en dessus atteignant le bord postérieur.
Dessous du corps d'un jaune rougeâtre.
L'abdomen porte à l'extrémité, chez le #, une pince ou tenaille brunâtre très mobile, pouvant se recourber en baut, assez semblable à celles des Panorpes; chez la $ , une tarière d'un jaune rougeâtre, presque glabre, de trois pièces pouvant s'allonger démesurément et dépasser la longueur du
corps. La dernière pièce de la tarière n'offre pas de valves ou lames appréciables.
Pattes très longues, grêles; brunâtres, rougeâtres à l’extrémité, revêtues surtout en dessus, d'écailles satinées, plus serrées sur les jambes et les tarses. Ceux-ci, avec le premier article très court. Ils sont terminés par deux ongles, ou crochets grêles, pouvant se cacher en se redressant dans une sorte d'avancement oblique du dernier article, et pourvus dans leur milieu d'une petite pelote se relevant elle-même en haut.
Après la mort, l'insecte devient brunâtre, le dessous de l'abdomen est rougeâtre. On voit clairement, chez la & surtout, la partie antérieure des segments rougeâtre, la tarière de la $ est de la longneur du corps.
Brémi, MM. Lœw et Winnertz donnent l'exellent conseil de décrire les Cécidomyies sur l'insecte vivant ou venant de mourir et de ne pas attendre la dessication qui les rend souvent difficiles à reconnaître en détruisant leur forme et leurs couleurs. Je dois dire que j'ai eu un grand avantage pour étudier les détails des antennes, des ailes, des tarses, etc., en plaçant l’insecte dans l’eau ou dans l'huile entre deux lames de verre.
Les antennes arquées et relevées en haut pendant la vie, surtout celles du mâle, sont très élégantes dans ce dernier sexe. J'ai bien vu la manière dont les articles sont unis entre eux. L’extrémité de chaque article est grêle, en forme de pédicule, la base est globuleuse, garnie de poils verticellés. Ces dispositions n'ont pas encore été suffisamment signalées, je les ai représentées (fig. 11). La plupart des figures anciennes données par les auteurs exprimaient défectueusement les verticilles de poils qui ne sont entièrement visibles
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que sur l’insecte frais. MM. Læœw et Winnertz les ont bien représentés. (V. Winnertz, loc. cit. PI. 1x et 1v).
Les antennes sont d'une grande fragilité. C'est un rude labeur que de compter leurs articles dans la plupart des Cecidomyia. Les deux premiers sont gros et presque glabres, servant de support aux autres dont la configuration est différente en général.
Il y a dix-sept articles à l'antenne & de la C. papaveris, le dernier est sessile, arrondi au bout; une seule fois il m'a semblé trouver chez une % du mème insecte un article pareil et surajouté. Y avait-il seulement une scission du seizième? Je signale le fait comme exceptionnel, Je n’en ai pas tenu compte dans la description générale.
On sait que les Cecidomyia ont un nombre très variable d'articles aux autennes. Meigen croyait que les & avaient vingt-quatre articles etles ® douze seulement. Aujourd'hui on s'accorde à dire que le nombre varie beaucoup plus, de dix à vingt-six (LOEW, loc. cit. 16), de treize à trente-six (WinnerTz, loc. cit. 181), et les différences de nombre et de forme chez les & et les $ sont généralement très marquées.
La C. populi L. Durour a vingt-cinq articles aux antennes d'et9; celle du verbascum, d’après le même auteur, quatorze articles & et Q.
La C. tritici, d’après M. Bazin, (loc. cit. 25), aurait treize articles & et douze articles & aux antennes, non compris le point d'attache (ordinairement de deux articles), ce qui ferait quinze pour les 4 et quatorze pour lesg; mais je trouve sur Ja figure un pédicule terminant chaque antenne, et je crains fort que celle-ci n'ait été brisée et que desarticles soient in-
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complets; car les antennes ont ordinairement leur dernier article arrondi ou globuleux.
La C. entomophila Permis (loc. cit. 49) a vingt-quatre articles “ et quatorze seulement %. Les deux articles de la base sont incomplétement rendus sur la planche V bis, figure 104.
Les C. hyperici GÉné et la C. Wældickii CONTARINI paraissent en avoir un très grand nombre (voy. Memoriu per servire alla storia naturale di una specie di Cecidomyia che vive sugli Iperici, del prof. Giuseppe GÉNÈ. — Acad. dell. science di Torino, xxxvVI, 287. — Memoria soprä una nuova specie di Cecidomyia ed alcune observaxiont .sopra quella dell Iperico, etc. Letta all Atenco di Venezia, dal signor Conte N. B. CoNTARINI, 1840, vol. 111, 122).
C’est en ayant égard aux nervures des ailes et au nombre et à la forme des articles des antennes, que MM. C. Rondani, Lœw et Winnertz ont fondé des genres pour l'étude du grand genre Cecidomyia. La C. papaveris rentre dans la première division ou sous-genre Cecidomyia proprement dite.
La bouche m’a paru composée d’un labre avancé, peu arrondi en avant (fig. 16) et de deux sortes de mâchoires lobées portant des palpes de quatre articles (fig. 13).
M. Bazin a, comme moi, trouvé les palpes 4-articulés (loc. cit. fig. 10). Brémi dit que les palpes sont de trois articles, et les figure ainsi dans la C. subpatula. M. Léon Dufour donne deux articles aux palpes de la C. verbasci (loc. cit. PI. 4, fig. 14). MM. Lœw et Winnertz admettent des palpes de quatre articles comme caractère géntrique.
Les anneaux de l'abdomen sont arrondis latéralement. M. Dufour a figuré de même ceux de la C. verbasci. M, Mi-
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gneaux a représenté autrement ceux de la C. tritici, peutètre n’a-t-il eu sous les yeux que des insectes desséchés et déformés.
Les mâles de la C. papaveris sont plus petits et bien plus rares que les femelles. M. Winnertz avait remarqué leur rareté dans les éclosions qu'il avait obtenues de capsules de Papaver rhœwas et dubium, envoyées d’Aix-la-Chapelle par M. Fœrster. Il y a plusieurs espèces de Cecidomyia où l'un des sexes est seul connu. La ® de Lasioptera dont M. L. Dufour a décrit les métamorphoses, et que Réaumur n'avait pu élever (Mém. Soc. Roy. sc. de Lille, 1845), me paraît, d'après la description, devoir être rapportée à la L. rubi SCHRANCK, et non à la L. picta MEIGEN qui d’ailleurs vit sur le génevrier.
Je n’ai observé dans les insectes éclos des capsules du Papaver rhœas que la C. papaveris. Je n’ai vu aucun individu de la C. callida Winnerrz (loc. cit. 255).
Le frêle diptère dont j'ai essayé de retracer les métamorphoses, vole par petites saccades. Le & est très vif, il saisit la femelle avec les pinces de son forceps pendant l’accouplement qui a lieu en sens opposé et sur une ligne droite, les extrémités des deux abdomens étant accolées bout à bout.
La Cecidomyia papaveris m'a paru vivre pu de temps sous sa dernière forme. J'ignore de quelle manière les œufs sont pondus, et comment les jeunes larves éclosent et se développent,
Fig. 1. Capsule de Papaver rhœas, de grandeur naturelle,
tachée de brun, ouverte, montrant dans son intérieur des graines, des larves et des nymphes de Cecidomyia papaveris, et la déhiscence de son bord supérieur.
2. Larve de la C. papaveris prête à se transformer, et à côté mesure de sa grandeur naturelle.