SESSION EXTRAORDINAIRE TENUE À CLERMONT-FERRAND
En Juin et Juillet 148659.
Par M. EmmM. MARTIN.
Re (Séance du 26 Octobre 1859.)
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Messieurs,
Permettez-moi, en commençant ce rapport, de vous exprimer avec sincérité les appréhensions qui s'emparent de moi quand je considère que nos chers collègues, MM. Fairmaire et Laboulbène, ont rempli avec talent avant moi, ces mêmes fonctions, car j'avoue que je ne me sens pas le mérite nécessaire pour vous raconter notre excursion de cette année en Auvergne, aussi bien que mes prédécesseurs l'ont fait de celles de Montpellier et de Grenoble.
J'ai aussi une autre crainte, c’est que le peu de succès de nos recherches me fait appréhender de n’exciter que médiocrement votre intérêt.
Si j'avais la science à mon service, je pourrais espérer Captiver votre attention par l'énumération des merveilles géologiques du beau Pays que nous venons de parcourir, mais je ne puis vous raconter que des excursions dans de
en
fort belles localités, où les insectes nous ont un peu fait défaut, malgré nos nombreuses courses et nos consciencieuses recherches. Nous n'avons recueilli qu'une pauvre moisson entomologique. Je suis donc forcé, malgré moi, de vous présenter un maigre rapport, peu nourri de noms d’insectes précieux et d’utiles observations à leur sujet.
La faute en revient à l’année dont la grande sécheresse a sans doute contrarié l'apparition des insectes et peut-être aussi à notre empressement qui nous à fait arriver quelques jours trop tôt dans ces belles montagnes.
Je suis donc obligé de compter sur votre indulgence, et, comme je sais qu’elle ne me fera pas défaut, je commence plus hardiment.
Le 27 juin donc, Messieurs, nous étions tous réunis à Clermont. Cette ville avait été bien choisie pour tenir notre session extraordinaire de cette année, car vous savez qu’elle est une de nos cités savantes. Elle possède de bonnes Facultés dont les chaires sont très suivies, de riches Musées d'histoire naturelle, et sa position au milieu des belles montagnes qui l’environnent et qui ont un si grand intérêt pour le botaniste, le géologue et l’entomologiste devait également nous y attirer ; aussi, avant nous, la plupart des sociétés savantes avaient-elles déjà demandé asile à cette hospitalière capitale du Puy-de-Dôme.
Notre première journée fut en partie consacrée à visiter les belles collections de M. Lecoq, qui avait été pour nous un guide si obligeant pour préparer et faciliter notre réunion dans la ville, où il inspire avec tant de zèle, par son éloquent enseignement, le goût de l'histoire naturelle.
Je n'entreprendrai pas de vous décrire toutes les richesses que renferme ce Musée, je vous dirai seulement que ce qui y excite surtout la curiosité et l'admiration, ce sont les collections de coquilles, d'oiseaux et de leurs œufs, celles de géologie et de minéralogie; toutes rangées ayec un ordre admirable. Je dois aussi mentionner les insectes qui
sont parfaitement représentés dans ce Musée digne d’une grande ville.
Plusieurs d’entre nous visitèrent aussi, à la Faculté des sciences, la collection Baudet-Lafarge, riche surtout en Coléoptères d'Auvergne.
Impatients de fouler le so! de ces montagnes volcaniques, que nous apercevions de la ville, nous retournions à l'hôtel de l’Aigle-d'Or, où nous étions presque tous descendus, prendre nos instruments de chasse pour faire une excursion à Gravenoire.
Gravenoire est une montagne peu élevée, couverte de scories de ses pieds à son sommet. Un semis de pins y a été fait il y a quelques années, et, bien que ce sol brûlé paraisse ne devoir rien produire, ces arbres ont pris un assez grand développement, et il n’est pas Loujours facile de se retirer de leurs tuuffes épaisses une fois qu'on y est engagé.
Cette montagne n’est qu’à une heure et demie de marche de Clermont, grâce à un élégant omnibus de la grande place de Jaude, qui transporte à peu de frais à l'établissement thermal de Royat.
Ce village est sur la route de Gravenoire et à une demiheure, à pied, de Clermont.
Permettez-moi, Messieurs, de vous arrêter avec l'omnibus à ces bains délicieux dans lesquels vos collègues voyageurs sont allés plusieurs fois retremper leurs forces, amollies par l'excessive chaleur, dans leurs nombreuses ascensions. La vallée de Royat, d'ailleurs, est une des plus jolies vallées des environs de Clermont, en même temps que le villag se recommande par une haute antiquité. k
Je ne saurais vous bien décrire la beauté de ce joli vil lage, échelonné sur la montagne et dominé par son antique clocher, le tout encadré dans une fraîche décoration de vignes et de châtaigniers en pleine floraison à celte époque. Un ruisseau limpide anime ce joli paysage et donne à la vé-
gétation ce bel air de fraîcheur et de verdure. D'ailleurs, Messieurs, vous pourriez m'accuser de m'étendre trop dans mes descriptions, je m’arrête donc. Je vous dirai seulement que, grâce à la facilité de transport et aussi à la beauté attractive de cette riante vallée, nous nous sommes trouvés plusieurs fois entrainés vers ces intéressantes localités.
Je quitte Royat avec regret, mais je suis obligé de vous conduire avec nous sur la route qui mène au but de notre excursion ; nous voilà donc gravissant, le filet à la main, au milieu des scories qui roulent sous nos pieds, et sur lesquelles croissent cependant, jusqu’au sommet de la montagne, d’abondantes touffes du Sedum reflezum, dont la jolie fleur jaune fait un heureux contraste avec la couleur ferrugineuse du sol. Sur les haies, nous faisons envoler quelques petites Géomètres, et les scories nous produisent en les soulevant, divers Coléoptères; mais rien de digne de vous être cité.
Peu après le village dépassé, la grande végétation cesse, je veux parler des magnifiques châtaigniers dont quelquesuns atteignent une grosseur colossale. Nous arrivons à cette montagne de Gravenoire, but de notre exploration, nous touchons aux jeunes pins dont j'ai parlé plus haut et qui la couvrent presqu'entièrement jusqu'à son sommet, qui du reste n’est pas élevé.
Nous comptions sur une abondante récolte, mais j'avoue que notre espoir a été un peu déçu.
Gravenoire est la patrie favorite, en Auvergne, du Parnassius Apollo; l'abondance des Sedum qui nourrissent sa chenille en est la cause. El est rare sur les autres montagnes du Puy-de-Dôme.
Je ne vous parle du reste de ce Lépidoptère commun que pour vous donner un exemple que je choisis entre beaucoup d’autres, et une preuve malheureusement trop évidente de la pauvreté entomologique de cette année. Je vous dirai donc que ce Parnassien constituait une véritable
use
rareté. Nous désirions en prendre un bon nombre pour notre‘président, le docteur Laboulbène, qui, comme vous le savez, a si bien commencé l'anatomie des Lépidoptères et, en particulier, celle du Parnassius Apollo, dont il nous a montré de consciencieux dessins.
Sur le flanc méridional de la montagne, de belles pentes garnies de Genêts nous procuraient la jolie Geometra smaragdaria et quelques autres phalénites plus communes, l’Aspilates Calabraria, d'un fort beau type, la Fidonia concordaria et l’Acidalia decoraia; le Botys flavalis était très abondant dans les herbes épaisses qui croissent au milieu des Pins.
Sur le sommet, notre collègue M. Lafaury capturait la jolie variété aux ailes inférieures noires de l'Emydia grammica.
Nous primes également sur ce sommet et au milieu des Pins, quelques Lycœna Bœtica, malgré l'absence complète du Baguenaudier qui nourrit sa chenille. C’est donc une preuve de plus que cet arbrisseau n’est pas sa nourriture exclusive.
Le sommet de Gravenoire nous procura une bien douce jouissance, je veux parler de l’admirable vue qui se déroula devant nous en un splendide panorama. La ville de Cler— mont apparaît sur le premier plan majestueusement couronnée par sa belle cathédrale qui se trouve sur le point culminant; au delà, l’immense plaine de la Limagne montre ses riches moissons, et, à l'horizon, les montagnes du Forez ferment ce tableau grandivse par un pittoresque rideau.
Quittons, Messieurs, ce magnifique spectacle, je craindrais de m'y arrêter trop lontemps pour vous; je vous fais descendre par un joli ravin qui conduit de Gravenoire presque jusqu'à Royat. Ce ravin n’est assurément pas fait pour de minces chaussures vu des vêtements de luxe, car l'accès n’en est pas toujours facile et commode; mais
vous savez que l’entomologiste sait aller à peu près partout où il espère faire quelque bonne récolte, et j'avoue que, chaque fois que nous y avons passé, nous avons été dédommagés de nos insuccès sur les autres parties de la montagne; les petits rochers et les anfractuosités de terrain de cet étroit ravin servaient de retraites à de nombreuses Géomètres; en les battant, la Larentia olivatu s’envolait par petits nuages et plus rarement la Larentia frustrata, ainsi que l'Acidalia subsericeata. La petite Acidalia holosericata y élait aussi assez abondante.
Le lendemain de cette première course, nous partions à six heures du malin dans deux élégantes voitures pour aller au Puy-de-Pariou, que M. Lecoq nous avait indiqué comme une des plus curieuses montagnes de la chaîne du Puy-de- Dôme.
Après une longue montée par une fort belle route, nous arrivâmes au village de la Barraque, et peu après nous mettions pied à terre à l’endroit appelé la Fontaine-du-Berger. Là, près de cette source fraîche et limpide, se trouve une petite auberge où on nous servit un repas beaucoup moins frugai que nous ne l’aurions supposé au milieu de ces montagnes ; puis notre petite caravane se mit en route sous la direction de M. Vimont, naturaliste distingué de Clermont, qui avait voulu nous servir de guide, et auquel je me fais ici un plaisir en même temps qu'un devoir de temoigner toute notre reconnaissance pour les utiles et intéressants renseignements qu'il nous a donnés, et pour les bons services qu’il nous à rendus dans cette journée et la suivante.
Nous voici donc au milieu d’un col dont les pelouses étaient garnies de Genista sagittalis formant un admirable tapis jaune harmonieusement mélangé d'une fraiche verdure. Nos pieds font résonner ce sol volcanique. Les lépidoptéristes capturaient déjà la Psyche siomoxella, qui volait par essaims sur les gazons, et ils trouvaient, appli