LI
el
WU
Lt. di Lé éd
Le deuxième segment de la larve, ou le premier qui suit le segment de la tête, et de plus les troisième, quatrième, cinquième et sixième segments portent des épines recourbées ou des crochets arqués, à base large et dont la pointe est dirigée en arrière, Les deuxième et troisième segments n'ont de ces épines que sur leur bord antérieur, ainsi que l’indique la figure 19, mais les quatrième, cinquième et sixième offrent, outre la rangée antérieure qui entoure tout le segment en dessus et en dessous du corps, une deuxième rangée d’épines ou de crochets aigus. Ceux-ci ont leur pointe généralement dirigée en avant, ils sont aussi forts ou plus forts que ceux du bord antérieur, ils occupent le dessus et les côtés du corps, mais ils n’arrivent pas sur la face ventrale de la larve, Le septième segment offre à peine quelques crochets émoussées ou plutôt des tubercules mutiques, et les trois segments qui suivent (huitième, neuvième et dixième) son totalement dépourvus de crochets à pointe aiguë,
L’extrémilé de cette larve est tronquée. Le dernier segment présente une excavation centrale, au fond de laquelle se trouve un mamelon à bords froncés entièrement recouvert d'épines microscopiques. Malgré la rigidité des téguments, je suis parvenu à écarter les bords, revenus sur euxmêmes, de ce mamelon et à reconnaitre la présence d’une caverne stigmatique, suivant l'expression employée par M. Léon Dufour pour désigner cette disposition.
Au fond de la caverne, il existe deux plaques ovales et un peu réniformes, brunes, qui m'ont paru offrir trois saillies longitudinales. Ces plaques ne sont autres que l’aboutissant des trachées et forment les stigmates postérieurs de la larve. Les bords de la saillie mamelonnaire, en se rapprochant, peuvent donc obturer l’orifice des stigmates, et c’est par l’écartement de ces bords que l'accès de l'air dans les trachées est rendu possible,.
La larve vue dans son ensemble et en dessus est presque elliptique, tronquée à ses deux extrémités. Elle offre des tubercules médians sur les deuxième, troi-ième, quatrième, cinquième, sixième et septième segments ; latéralement elle offre, de plus, trois rangées de tubercules lisses et larges, dus à des plis du tégument. En dessous, les quatrième, cinquième, sixième et septième segments ont des rides larges et transversales.
Getle larve a élé présentée à la Société de Biologie (Mémoires de la Société de Biologie, 8° série, L. IT, p. 461, 1861) par M. Leroy de Méricourt, professeur à l’école navale de Brest. Get observateur distingué avait
cru pouvoir la rapporter à la Guterchra moxialis où au Ver macaque de Cayenne,
Larve d'OEstride de Cayenne. 251
La description qui précède et la figure 19 de la planche 7° ne peuvent laisser aucun doute sur l'ordre et la famille d'insectes auxquels cette larve appartient; mais est-elle réellement le premier état de la Cuterebra noæialis où du Ver macaque proprement dit ? C’est ce que je ne saurais admettre,
Pour résoudre ce problème entomologique, j'ai dû comparer celte larve à Loutes celles déjà connues, qui offrent avec elle une analogie de formes ou de mœurs et qui proviennent du même hémisphère.
M. J. Goudot a le premier décrit, sous le nom de Cuterebra noxtalis, une larve de Diptère qui vivait sous la peau des vaches et des chiens à la Nouvelle-Grenade, et dont il avait lui-même été attaqué (Voy. Annales des sciences nalurelles, 3° série, t. II, p. 221, 4845). Ce naturaliste a vu éclore linsecte parfait des larves recueillies à terre dans un endroit où des vaches infestées de ces OEstrides avaient séjourné; ces larves, appelées gusano ou nuche par les habitants du pays, étaient identiques à celles qu'il avait observées sur lui-même et dont il a donné la figure (loc. cit., pl. 4 bis, fig. 5).
La larve qui fait le sujet de cette note diffère de la G. noæialis de la Nouvelle-Grenade décrite par M. Goudot. Sur la figure donnée par ect auleur, on trouve les trois premiers segments antérieurs chagrinés, el les trois suivants sont les seuls qui soient pourvus d’une double rangée d'épines dirigées en arrière ; ils n'ont pas de mamelons non plus que les 5 segments qui suivent, Cette larve n’est pas, il est vrai, terminée par un appendice caudal, mais elle est plus atténuée que la nôtre et la forme générale renflée en avant, à partir du troisième segment, n’est pas la même. Aussi, tout en reconnaissant un air de famille entre ces deux larves, je dois dire qu’elles n’appartiennent pas au même insecte et qu’elles sont d'espèce différente. ,
M. Leroy de Méricourt avait désigné la larve qu'il a présentée à la Société de Biologie sous le nom de Ver macaque de Cayenne. Ce nom, donné par Arture, médecin du roi à Cayenne dans le siècle dernier, se trouve dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris pour l'année 1753, p. 72. Arlure, en effet, avait communiqué à celte célèbre compagnie des Observations sur l'espèce de ver nommé macaque, mais il n'avait décrit ni le ver ni la mouche qui en provient,
Mon savant collègue et ami, M. le docteur Charles Goquerel a éclaircei les observations d’Arture, grâce à M. le docteur Chapuis, médecin en chef de la marine à la Guyanne, et il a publié dans la Revue et Magasin de Zoologie (2° série, T. II, 356, 1859, et pl. 49, fig, 4), la description et une très bonne figure du Ver macaque de Cayenne. Cest à l'aide de ces documents que nous allons pouvoir décider si la larve que j'ai pu étudier,
grâce à M, Leroy de Méricourt, se rapporte au Ver macaque proprement dit.
Ce qui frappe le plus dans la description de ce dernier insecte, c’est le prolongement caudiforme ou en queue, des derniers segments du corps el surtout le double bourrelet terminal séparé par un étranglement. Or, rien de semblable n'existe dans la larve, bien plus grande d’ailleurs, et si fortement mamelonnée que j'ai dessinée, Elle n’est donc pas certainement le Ver macaque tel qu’il a été décrit et figuré, par M. Ch. Goquerel, avec une grande fidélité (Loc. cit, pl xxx, fig. 4 «).
Puisque la larve qui m'occupe n’est ni la Guterebra noæialis de M. Goudot, ni le Ver macaque proprement dit, il reste encore à savoir si elle ne pourrait point être rapportée à une larve d'OEstride très curieuse, qui vit sur l’homme et en même temps sur les animaux, le chien en particulier, et que l’on connaît au Mexique sous le nom de Ver Moyacuil.
MM. Ch. Coquerel et Sallé, mes chers collègues, ont fait connaître cette larve qu'ils ont décrite et figurée dans la Revue et magasin de Zoologie, 2° série, {. Il, p. 3614, 1859 et pl. XII, fig. 4). Cette larve a une incontestable analogie avec celle que je décris moi-même, mais elle est bien moins grande, elle est atténuée en arrière et elliptique; elle est mamelonnée comme elle, quoiqu'à un degré moindre, On verra en comparant les figures que des différences réelles les séparent, et bien qu’elles aient de grands rapports, je pense que cette larve d'OEstride n’est pas plus le Ver moyacuil que la Culerebra noxialis ou le Ver macaque.
Si je compare enfin celte larve à celles que M. Hope a rassemblées dans son beau travail sur les larves observées dans le corps de l'Homme (Zransactions of the entomological society of London, vol, 11. p. 256, 1837- 1840 et pl. 22), je trouve qu'elle diffère de toutes celles que le savant entomologiste anglais a connues.
Je ferai la même remarque pour les larves signalées dans la Zoologie médicale de MM. Gervais et Van Beneden,
Il me parait inutile de discuter si la larve que j'ai décrite est exelusivement propre à l’homme. Gette question du parasilisme des OEstrides est aujourd'hui résolue et il est prouvé que ces insectes attaquent l’homme exceptionnellement, tandis qu’ils paraissent vivre de préférence sur d’autres espèces de mammifères. Les observations de Bracy-Clarck, de MM. Roulin, Justin Goudot, etc., rapportées par M. Joly dans ses Recherches analomiques el physiologiques sur Les OEstrides (Annales de la Soc. Roy. d'Agriculture, etc. de Lyon, L. IX, p. 246 et suiv., 1846), ne peuvent laisser aucun doute; c'est aussi l'opinion de mon savant collègue, M. le docteur Gh, Goquerel. On trouve dans la Zoologie médicale de MM. Ger-
Larve d'OEstride de Cayenne. 253 :
vais el Van Beneden, d’autres faits confirmalifs du parasitisme accidentel des OEstrides chez l’homme, et M. Duncan, d'Edimbourg, vient de signa ler chez une jeune fille de 13 ans, la présence de tumeurs renfermant la
larve de l'OEstrus où Hypoderma bovis (Edinburgh velerinary Review, 1859),
D’après la discussion à laquelle je me suis livré, je pense que la larve que je viens de décrire est celle d’une OEstride, probablement du genre Cuterebr'a.
Elle diffère de toutes les larves observées jusqu’à ce jour dans le corps de l’homme.
Get insecte n’est pas un parasite exclusif de l’homme, mais comme les Cuterebra déjà observées, il vit sur les animaux domestiques et n’attaque l'homme qu'exceptionnellement.
Fig. 19. Larve d'OEstride de Cayenne, et à côté d’elle mesure de la grandeur naturelle. 20. Partie antérieure du corps vue de face et en dessus, montrant Jes saillies antennaires et les mandibules du pseudocéphale, 21. Partie postérieure du corps vue de face et en dessous, pour montrer la caverne stigmatique et les stigmates postérieurs.