SÉCRÉTIONS DE MATIÈRE MUSQUÉE CHEZ LES INSECTES
Par M. le professeur GIRARD.
(Séance du 24 Juillet 1861.)
Dans un travail inséré dans le journal le Cosmos et lu dans une de nos séances (11 juillet 1860),. j'ai étudié les sécrétions de la matière musquée chez les animaux et en particulier chez les insectes. J'ai signalé cette sécrétion comme un des caractères du genre Sphinæ et j'ai fait connaître que le Sphinx ligustri la possède à un moindre degré que le Sphinæ convolvuli, espèce ou cette sécrétion musquée est indiquée par les auteurs.
J'ai pu vérifier de nouveau, cette année, sur un exemplaire mâle du Sphinx ligustri, l'existence de la sécrétion de matière musquée, que je regarde comme propre aux mâles. Seulement ce Sphinx, éclos le 25 juin 1861, n’a pas offert immédiatement la sécrétion musquée, comme cela s’élait présenté pour les mâles de la même espèce observés l’année précédente. Ce n’est que cinq jours après l’éclosion que l'odeur musquée devint très sensible et restait adhérente aux doigts. Elle ne fut jamais aussi forte que sur les mâles des premières observations et disparaissait par intervalles. Elle était très manifeste, autour de l’orifice génital chaque fois que l'insecte avait volé quelque temps. Elle a persisté plusieurs jours jusqu'à la mort de l’insecte.
Il n’y a rien d’extraordinaire à ces variations de la sécrétion musquée chez le Sphinx ligustri où cette sécrétion est faible, car ces variations se remarquent aussi sur le Sphinx convolouli où la matière odorante est beaucoup plus abondante et se rencontre non seulement sur le mâle, mais quelquefois sur la femelle, soit qu'elle ait été fécondée, soit par hypertrophie des caractères habituels.
Je possède en ce moment un Sphinx convolouli, mâle, éclos le 2 juillet et chez lequel, depuis plus de trois jours, aucune trace de sécrétion musquée ne s’est encore manifestée. La sécrétion ne s’est pas produite pendant une semaine où j'ai laissé vivre l’insecte, sacrifié ensuite à diverses expériences. Au contraire, les Sphinx convolouli mâles, pris sur les fleurs (principalement les fleurs blanches des Petunia nyctaginiflora) au mois de septembre, m'ont toujours offert la matière musquée à un degré très intense.
Annales de la Société entomologique de France. 4 Série Tome L. H861, PL.
DTA. Laboulbéne pinx Pivare souty
Tachina villica.
Impr Honirte, & r Mignon, Bivis
. Description de La larve du CALLICNEMIS LATREILLET,
Par M. le docteur Acexannns LABOULBÈNE.
(Séance du 12 Juin 1861.)
LARVA incurvo-hamata, segmento ultimo hecnon appendice anali mamimis ; heæapoda, capitata, antennata; luteo-albida, sub lente breviler rufo setosa, pilosaque; capile corneo, rotundo, rufo- flavescente; antennis 5articulatis, angulatis, articulis duobus terminalibus crassioribus ; mandibulis duris, nigrescentibus, multi-dentatis ; maæillis intus setosis, nec haud apice bispinosis, dorso palpigeris, palpis k-articulatis ; labio-subrotundato, palpigero, palpis biarticulatis; Stigmatibus novem paribus. Longitudo tredecim lineas æquat (28-30 mill.).
Habitat hypogæa, ligno putbrescente depascens, in arenosis littoribus maris Medilerraneë.
Lave d’un blanc jaunâtre, fortement recourbée en arc ou en forme d'hameçon, très convexe en dessus, presque plane en dessous; corps de douze segments, non compris la tête, ni le mamelon ou appendice anal qui est excessivement développé; tégument assez ferme et fortement plissé (pl. 16, fig. 5).
Téte d'un jaune-ferrugineux, avec deux lignes fines et plus claires commençant derrière chaque anténne et se réunissant en Y sur le sommet; convexe, très rugueuse en ayant, moins rugueuse en arrière; bord occipital ou postérieur arrondi; épistome transversal et un peu trapézoidal; labre presque en demi-ovale, parfois assez nettement droit et même échancré en avant chez un individu; bord antérieur élevé, garni de poils ayant la forme de spinules (fig. 5 d). Mandibules robustes, ferrugineuses, avec l'extrémité noire, la droite (fig. 5 e, f, g) tridentée, la gauche bidentée au sommet; toutes les deux présentent un sillon profond et des rides transversales sur leur face externe (fig. 5 f); la droite offre en dedans, et vers la base, une surface rappelant les dents molaires des animaux ruminants, et de plus une dent contournée (fig. 5 g); la surface molaire est moindre sur la mandibule gauche, Mächoires coudées, formées par une
tige allongée, transversale, supportant, en dehors, un lobe en carré allongé et conique vers l'extrémité. Ce lobe est pourvu de poils spinuleux en dedans et au sommet; on y trouve aussi deux épines, l’une plus forte que l’autre, et bien visibles quand on regarde la mâchoire en dessus (fig. 5 .); au côté externe du lobe est un palpe maxillaire de quatre articles bien distincts (fig. 5 L). Lèvre inférieure épaisse, arrondie où un peu quadrangulaire, mais avec les angles arrondis portant deux palpes labiaux formés chacun de deux articles (fig. 5 L). Antennes de cinq articles, coudées à partir du troisième article exclusivement, les quatrième et cinquième articles élargis, le premier article gros et court (fig. 5 b).
Les trois premiers segments du corps après la tête sont assez étroits; le prothoracique offre en dessus deux taches roussätres; tous les trois portent en dessous chacun une paire de pattes; celles-ci sont robustes el pourvues d’un ongle terminal peu recourbé (fig. 5 c). Les neuf segments qui suivent grossissent peu ou point de diamètre jusqu’au douzième qui est le plus volumineux; le mamelon anal est considérable, il a l'air d’un treizième segment. A travers les téguments, ces dernières divisions laissent apercevoir le gros intestin de la larve, rempli du produit de la digestion, ou le sac stercoral, sur la teinte foncée duquel se détachent en blanc nacré des rameaux trachéens. Anus transversal.
Stigmates au nombre de neuf paires; la première placée sur un espace d’un jaune clair, près du bord postérieur du segment prothoracique, les huit autres sur des espaces d’un blanc mat, vers le bord antérieur des quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième, neuvième, dixième et onzième segments. Tous ces stigmates sont d'un roux vif, ferrugineux, el ont la forme d’un fer à cheval, dont l'ouverture pour le premier stigmate est tournée en arrière, et pour les huit paires suivantes vers la tête de la larve.
Tout le corps est recouvert, mais principalement en dessus, et sous l’appendice anal, de poils spinuleux courts et fauves, formant brosse. Il y à, en outre, des poils plus allongés et plus mous. Les poils des pattes sont forts et assez aigus.
La larve du Gallicnemis Latreillei nous offre les caractères généraux des larves des Coléoptères Lamellicornes et, de plus, quelques traits particuliers de forme et de coloration qui servent à la faire reconnaitre. Je vais indiquer les réflexions que m'a suggérées l'étude que j'en ai faite.
Toutes les larves de Lamellicornes sont reconnaissables à un air de famille; leur corps fortement recourbé, leurs antennes de cinq articles, leurs pattes ordinairement robustes et très développées, leurs stigmates en fer à cheval, la présence d’un mamélon anal, etc., les distinguent des
Larve du Callicnemis Latreillei, 609
larves de Curculionites, d'Apate, d'Anobium, dont le corps est également arqué. On pourra ‘et on devra ajouter à ces caractères celui d'offrir des antennes coudées. En effet, après avoir examiné la larve du Callicnemis, je trouvais que le caractère le plus sailiant qu’elle présentait était d’avoir les antennes coudées, à partir du troisième article exclusivement; cette forme des antennes rappelait celle de l’insecte parfait, et le quatrième et le cinquième article élargis ajoutaient encore à cette ressemblance. Les divers auteurs qui ont figuré les larves de Lamellicornes ont représenté leurs antennes droites ou presque droites, on pourra s'en assurer en parcourant les ouvrages de MM. Ratzeburg, Léon Dufour, Perris, Candèze (1), etc. Or, je le répète, le caractère du coude antennaire élait si marqué, si apparent, que je l'ai cru particulier à la larve du Catlicnemis; cependant j'ai tenu à être renseigné à cet égard, j'ai écrit à mon savant ami M. Éd. Perris, qui possède une très nombreuse collection de larves, de rechercher si les antennes n'étaient pas coudées dans les larves de Lamellicornes qu’il possédait. Voici sa réponse :
« Votre question à piqué ma curiositié, et ma collection de larves me permettant de la satisfaire, j'ai passé en revue toutes celles que j'ai de cette famille. Mon examen a porté sur les genres Lucanus, Dorcus, Ceruchus, Melolontha, Polyphylla, Rhizobrogus, Triodonta, Sinodendron, Æsalus, Ochodœus, Aphodius, Cetonia, et dans toutes ces larves j'ai trouvé les antennes plus ou moins coudées à partir du troisième article exclusivement. Le coude m'a paru plus marqué dans celle des Lucanus, Dorcus, Ceruchus el Æsalus, et ces organes sont simplement et faiblement arqués dans celles des Aphodius. La déviation de la ligne droite conslitue donc évidemment un caractère de la famille, et vous serez, je crois, le premier qui l'aurez fait remarquer. »
Il reste donc acquis à la science que les larves de Lamellicornes ont les antennes coudées; les larves des Lucanidæ ont le coude antennaire plus prononcé que les larves des Scarabæidæ. Les premières se distinguent peut-être constamment des secondes par le bord postérieur ou occipital de la tête trilobé, ainsi que M. Léon Dufour (2) l’a montré dans la
(1) M. Candèze, dans la figure 3 de la planche If, de son Histoire des métamorphoses de quelques Coléoptères exotiques (Mém. de la Soc. roy. des Sciences de Liége, €. XVI, p. 347 et suiv.), représente une antenne pectinée et arquée pour la larve de l'Ancylonyeha fusca, mais il semble y avoir imperfection du dessin, car la figure 3 a est différente. Le texte est muet à cet égard.
(2) LÉON Durour, Histoire comparative des métamorphoses et de l'anatomie des Cetonia aurata et Durcus parallelipipedus (Annales des Sciences naturelles, 2e série, &. XVJIE, p. 162, pl, 6, 1842).
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larve du Dorcus, tandis que la larve de la Getonia à ce bord simplement avrondi, caractère que j'ai déjà indiqué dans la larve du Gallionemis.
On remarquera sur la figure 5 de la planche 46°, l'apparence de treize segments qui suivent la tête, mais il n’y à en réalité que douze segments, plus un mamelon ou appendice anal considérable, La majeure partie des larves de Lamellicornes présente cet énorme mamelon, mais les larves du genre Céloine en sont privées et n'ont que douze segments. Nous trouvons là le chiffre normal des segments réels des larves de Lamellicornes. Du reste, les larves des Buprestides et des Longicornes offrent pareillement l'apparence de treize segments, due à la présence d’un mamelon ou appendice anal plus ou moins développé; mais toutes ces larves n’ont en réalité que douze segments et je partage l'opinion émise, à cet égard, par M, Edouard Perris (1).
Je n'ai pas trouvé traces d’ocelles sur la larve du Callicnemis. On sait que les larves de Trichius ont seules offert un ocelle à M. Perris (2).
Les parties de la bouche de la larve que j'étudie m'ont offert une particularité singulière. Le labre est le plus souvent arrondi et un peu tuméfié en avant, mais je l'ai vu transversal; je l’ai trouvé même échancré, sur un seul individu, il est vrai, et je me suis assuré que cette larve ressemblait de tous points à celles que j'avais déjà examinées et ne paraissait pas d’une espèce différente. C’est la première fois que je vois le labre varier de forme dans les larves de la même espèce.
J'ai tenu à mettre en évidence les différences des deux mandibules. Les figures 5 e, f'et g de la planche 46°, en diront plus que de longues descriptions. La mandibule droite est lridentée, la gauche bidentée à l’extrémité.
Les palpes maxillaires ont réellement quatre articles, ainsi que l'avait vu De Géer sur la larve de la Cétoine, et non pas trois seulement comme le pensail M. Léon Dufour (3). Ce nombre de quatre articles aux palpes maxillaires paraît constant. Les palpes labiaux n’ont que deux articles.
Les pattes de notre larve sont assez robustes et garnies de piquants el de poils, la figure 5 c me dispense d'autres détails,
Les poils qui revêtent le corps sont de deux sortes, les uns courts, épais, spinuleux, à extrémité un peu émoussée, garnissant le dessus du corps et le dessous du mamelon anal, autour de l'ouverture postérieure
(1) E. Perris, Histoire des Insectes du Pin maritime (Annales de la Soc. Ent. de France, 1856, p. 480, 481 et note),
(2) E. Pernis, Ann. Soc. Ent. de France, 1854, p. 107 et 108.
(3) De Géer, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, L. IV, p. 288, pl. 11, fig, 16, 1774.— LéON DUFOUR, Ann. des Sc, nat., 2e série, t. XVII, p. 164.
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C2 Larve du Gallicnemis Latreillei. 6114
abdominale, Ces poils représentent un « sablé pilifère, un veloulé roussatre » suivant l'expression de M. Léon Dufour (1), qui les signale pareillement chez la Cetonia. Il y a, en outre, des poils plus longs, plus flexibles, répandus sur presque tout le corps de la larve du Cullicnemis.
Je dois à mon cher collègue, M. Louis Reiche, d’avoir pu étudier vivantes, à Paris, les larves de Cullicnemis qui ont servi à ma description. Je l’en remercie sincèrement et je le prie de recevoir, ici, l’expression de ma gratitude,
Ces larves ont des mouvements lents: elles se tiennent sur le flanc lorsqu'on les tire du sable dans lequel elles se trouvent. Posées sur une table, elles relèvent lentement la tête et la partie supérieure du corps, mais elles retombent bientôt dans le décubitus latéral, Leurs antennes sont fortement coudées pendant la vie.
Je ne connais pas d’autres renseignements sur leur manière de vivre que ceux déjà insérés dans ces Annales et qui sont consignés dans le Bulletin, pages xv et xvi de la présente année.
M. Reiche avait reçu lés larves du Catlicnemis Latreillei de M. l'abbé Ghapelier, dont nous déplorons la fin prématurée. Notre malheureux collègue les avait trouvées aux environs d’Alger, dans le sable du littoral.