DES SILIQUES DE COLZA ATTAQUÉES PAR DES INSECTES
Par M. le D' Alexandre LABOULBÈNE.
(Séance du 23 Septembre 1857.)
J'ai observé cette année, à Villegenis, dans le domaine de S. A. [. Monseigneur le prince Jérôme Napoléon, des colzas sur pied attaqués par des insectes, et j'ai pu faire l’examen de siliques pareillement attaquées provenant du département du Calvados. Ces dernières ont été mises à ma disposition par le savant président de la Société de Biologie, M. Rayer. J'ail'honneur de communiquer le résultat de cette double étude.
Je passerai en revue successivement l’état maladif des siliques et des graines, et j'indiquerai ensuite les insectes qui sont les auteurs du mal.
Les siliques malades examinées à l'extérieur présentent généralement une déformation qui consiste soit en une courbure anguleuse sur une de leurs faces, soit une sorte d’atrophie générale ou partielle, En outre, leur couleur au lieu
d’être verte (ou jaunâtre à l'époque de la maturité) est brunâtre ou roussâtre parfois, avec une teinte plus foncée sur un de leurs points. Toutefois la couleur extérieure peut rester normale, malgré la déformation.
On remarque sur ces mêmes siliques, des trous, des perforations, ou plus rarement, de simples pertes de substance n’intéressant qu’une partie peu étendue de leur surface et ne pénétrant pas à l’intérieur.
Les trous paraissent produits ou bien de l’intérieur à l'extérieur, ce dont il est facile de s'assurer sur la silique ouverte, car on voit alors une sorte d’entonnoir évasé en dedans et la paroi interne est refoulée vers l’intérieur de la silique.
Il y a deux espèces de trous faits du dedans en dehors.
1° Ceux de la première espèce sont grands, arrondis, et correspondent à la place où se trouvent une ou deux graines dévorées dans leur partie interne, leur enveloppe ou écorce restant en grande partie intacte.
20 Les trous de la seconde espèce sont moins grands, moins régulièrement arrondis et ne se trouvent pas exacte= ment situés près d'un groupe de graines et de débris, celleslà étant dévorées à peu près en totalité.
Il n'y a qu'une seule espèce de trous faits de dehors en dedans.
3° J'ai constamment trouvé les trous de cette troisième espèce petits ou même très petits, ne correspondant pas à des graines mangées, mais bien à des graines avortées où non développées.
En ouvrant les siliques malades pour en visiter l'intérieur, voici ce que l’on constate.
1° Celles qui présentent une teinte foncée sur un de leurs points m'ontofferten cet endroit une larve blanchätre courbée en arc, ayant douze anneaux, la tête non comprise, et les
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parties buccales des larves de Charançonites. Cette larve se nourrit de l'intérieur des graines, et c'est elle qui doit percer la silique d’un gros trou rond ou de la première espèce. L'insecte ne restant point dans la silique doit se métamorphoser dans la terre. Je ne puis dire quel est le Coléoptère que cette larve produit, mais je ne crois point que ce soit un Ceutorhynchus ou un Grypidius, comme on l’a assuré.
2° On voit dans d’autres siliques une chenille (non une vraie larve) reconnaissable à ses pattes au nombre de seize. Sa couleur est verte avec des poils noirs. Près d’elle sont des graines presqu'entièrement dévorées. J'ai vu cette chenille attaquant la paroi interne de la silique assez loin du point où existaient les débris des graines’; c’est donc cette chenille qui produit les trous de la deuxième espèce.
Ces deux insectes, larve et chenille, ne font que percer la silique pour en sortir et ne se nourrissent pas de sa substance, mais bien de la graine du colza. La chenille verte file une coque en dehors sur un rameau et s’y change en chrysalide. I! sort de cette enveloppe un petit papillon. J'ai trouvé cetle coque, mais je n’en ai point vu sortir l’insecte parfait qui du reste est bien connu et dont je reparlerai plus bas. Il n’est éclos que le parasite.
3° Enfin, le plus grand nombre des siliques malades, celles qui sont mal développées ou anguleuses, présentent dans le point coudé un trou fait de dehors en dedans. Ces siliques renferment un grand nombre (15, 20 et plus) de larves longues de deux à trois millimètres d'un blanc grisätre ou à peine jaunâtre. Ces larves déterminent par leur présence ou leurs succions dans la silique une exsudation humide qui tapisse les parois. Les graines sont avortées ou mal venues, parfois moisies; la couleur est changée.
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Par leurs caractères divers qui sont : un corps composé de douze segments, la tête non comprise; celle-ci formée d’une sorte de museau rétractile avec deux antennes biarticulées, peu visibles ; le dernier segment du corps légèrement échancré avec quelques poils raides dirigés en arrière ; neuf paires de stigmates, etc.; ces larves appartiennent à un insecte diptère du genre Cecidomyia. Elles doivent, pour le plus grand nombre, tomber en terre à l’époque de la déhiscence de la silique, et là se métamorphoser en une petite mouche. Le fait a, du reste, été parfaitement observé.
C'est la mouche femelle qui, avec sa longue tarière, doit forer le trou de dehors en dedans et pondre les œufs dans la silique lorsqu'elle est encore très peu développée. On voit que je ne pense pas que ce soit un Coléoptère qui perce la silique d’un trou pour manger les graines.
40 Enfin, en dernier lieu, ilexiste des parties de la silique où la paroi externe est rongée. Ces dégâts sont produits par des insectes Coléoptères parvenus à l’état parfait. Je les nommerai bientôt.
Pour ne pas compliquer cet exposé, j'ai négligé de dire que pour chacun des trois habitants de la silique, il y a une larve parasite qui produit un Hyménoptère. J'en ai vu plusieurs parmi les larves de Diptère, et un autre avec une larve forant les trous ronds de la première espèce.
‘En résumé, j'ai trouvé sur les colzas du Calvados et des environs de Paris :
1° Une larve assez grosse, blanchâtre, appartenant à un Curculionite, mangeant l’intérieur des graines, forant la silique en cet endroit.
2 Une chenille verte, à poils noirs, mangeant à peu près toute la graine sans respecter l’épiderme, et allant percer la
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silique dans un endroit souvent éloigné du lieu où elle s’est nourrie.
30 Une larve de Diptère, blanchâtre, sans mandibules, produisant une extravasation des sucs et empêchant les graines de se développer convenablement.
En outre, les parasites de ces trois larves. Il me reste à donner les noms des insectes parfaits et à faire remarquer quelques travaux antérieurs.
La larve du Curculionite ou Charançon a été observée et décrite par M. Focillon (Annales de l’Institut agronomique dé Versailles, Paris, 1852, p. 152, pl. 1, fig, 5), qui la rapporte à l’insecte qu’il nomme Grypidius brassicæ, nouveau d’après lui, pour lascience. Il y alà,ce mesemble, une double erreur. Le Grypidius est un insecte (Ceutorhynchus) fort commun, parfaitement connu, décrit par GYLLENHAL sous le nom de C. assimilis. Sa larve se trouve constamment dans les racines ou au collet de la tige des plantes crucifères, entre autres du navet, ainsi que KirBy et SPENCE l’ont démontré. J'ai signalé leurs observations dans les Annales de la Société entomologique de France, année 1856, page 165.
Je ne puis savoir encore quel est l'insecte produit par la larve qui fait ces trous ronds de la première espèce, mais ce ne peut être le C. assimilis qui vit sous sa première forme dans les galles des Crucifères au collet de leurs racines.
J'ai déjà dit, et je le répète, qu’il me paraît peu probable que le C. assimilis perce les siliques pour manger leurs graines.
20 Le papillon provenant de la chenille verte étudiée plus haut, est la Tinea æylostella Link, Ypsolophus xylostei FA- BRICIUS, Ou Teigne à bandelette blanche de GEOFFROY. M. Focillon l’a bien observée. Cette Teigne ne vit pas d’ailleurs
exclusivement sur le colza, mais aussi sur la plupart des plantes crucifères potagères ou d'ornement.
30 La larve blanchâtre d’insecte diptère qui produit les plus grands dégâts et que M. Focillon (Loc. cit. p. 165 pl. 1, fig. 22, et pl. nn, fig. 29) ne savait à quel insecte rapporter, est le premier état de la Cecidomyia brassicæ VINNERTZ (Linnea entomologica, Beitrag zu einer Monographie der Gallmuecken, var, 231). Cet auteur dit expressément que cet insecte nuit beaucoup au colza, qu'on trouve parfois cinquante ou soixante larves dans une seule silique, que ces larves se métamorphosent dans la terre où il les a vues se transformer en nymphes et éclore huit ou dix jours après leur changement d'état.
40 Les insectes qui rongent la cuticule et le parenchyme externe des siliques sont des Coléoptères du genre Altica. Il y a longtemps que leurs ravages sont connus, mais il faut dire qu'ils ont lieu sur les feuilles des plantes très jeunes auxquelles les Altica nuisent beaucoup, tandis que le tort fait aux siliques est insignifiant. Ces Atica ne sont pas, du reste, propres au colza, pas plus que la chenille ou la Cecidomyia. Elles vivent sur la plupart des plantes crucifères des potagers.
Les Altica observées sur les colzas sont les À. brassicæ FAB.; A. nemorum Law. ; À. nigroænea MARSHAM; À. chrysocephala Lan. ; À. napi Enr. Herr.
Je terminerai cette note en énumérant les travaux suiyants :
M. Plieninger a fait connaître les mœurs d’un insecte (Baridius chloris FABricius) dont la larve déterminerait dans la partie où se détachent les racines du colza, la formation de galles dans lesquelles elle subit ses tranformations.
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ll se pourrait fort bien qu'on observât plus tard sur le colza d’autres insectes qui, à l’état de larve se nourrisent sur des crucifères.
M. Léon Dufour a signalé le Baridius piceus dans les vieilles tiges des choux (Annales de la Société entomologique de France 1847).
M. Guérin-Méneville et moi-même avons observé sur le chou et sur le Sinapis arvensis les larves du Ceutorhnychus suleicollis (loc. cit. 1845, Bull. xXxxmr, et 1856, Bull. LXXXV).
J'ai fait connaître, "dans nos Annales de 1856, les mœurs d’une curieuse et nouvelle espèce, le Ceutorhynchus drabæ.
Enfin, M. Jacquelin du Val a communiqué récemment à notre Société les dégâts occasionés au colza dans le département de l'Oise par la larve du Meligethes æneus FAB.
M. Heeger a le premier fait connaître cette larve comme nuisant aux crucifères potagères (Sitzungsber. der. KK. Akad. in Wien, 1854, page 278, pl. 3).
J'ai cherché avec le plus grand soin la larve du Meligethes sans pouvoir la trouver.
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