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SUR LES MŒURS ET L'ANATOMIE

DE LA

MICRRENBUE BRELLRENNE.

Par M, le D' Alexandre LABOULBÈNE.

(Séance du 28 Septembre 1857.)

L'intérêt qui s'attache à l'étude anatomique et physiologique des insectes, redouble quand on se trouve en présence des conditions d’existence spéciales qui sont le partage d’un petit nombre d’entre eux. Pendant deux années consécutives j'ai observé au Havre la Micralymma brevipenne. On sait que ce petit Staphylinide offre le curieux phénomène d’une vie passée, tantôt à l'air libre de l’atmosphère, tantôt sous les vagues pendant tout le temps que dure la pleine mer. J

Je me suis déjà occupé des insectes sous-marins. J'ai fait connaître dans nos Annales (1849, page 93, pl. II), le Trechus (Æpus) Robinii, espèce très voisine du T. fulvescens, sur lequel Audouin a publié un mémoire dans les Nouvelles Annales du Muséum, 1834, page 117. A cette époque (1849), je pensais qu'il était inutile d’invoquer l'endosmose et l’exosmose de Dutrochet pour expliquer la respiration de l’insecte

enveloppé d’eau et placé dans une petite bulle d'air appliquée autour de son corps.

Il me semblait suffisant d'admettre que l’insecte recouvert par la mer respire un air moins riche en oxygène et que sa respiralion va s’amoindrissant de plus en plus (Loc. cit, p. 28). Je faisais remarquer d'autre part que les animaux supérieurs (Mammifères, Oiseaux), vivent très longtemps dans un air qui ne renferme qu'une très petite quantité d'oxygène, quand on a le soin d'enlever l'acide carbonique produit continuellement par la respiration. C’est d’ailleurs la condition dans laquelle les insectes sous-marins se trouvent placés, car l’eau dissout l'acide carbonique produit dans la bulle d'air qui les environne, aussitôt que ce premier gaz s’est formé.

Mon collègue et ami M. le docteur Ch. Coquerel, en découvrant plus tard (Note pour servir à l'Histoire de l'Æpus Robinii et Description de sa larve, Annales Soc. Ent. France, 1850, p. 529) la larve de l'Æpus Robini, a confirmé par ses observations ma manière de voir. Monillustre maîtreet notre vénéré doyen M. Léon Dufour a, dans un remarquable exposé « Des divers modes de respiration aquatique dans les insectes» (Comptes-rendus de l'Institut, 1849, xxx1x, 703), mentionné le genre de vie sous-marin des Blemus (Æpus) fulvescens et Robinii. Il a fait connaître en outre les mœurs très curieuses du Phytobius hydrophilus (1) qui vit constamment immergé, sans couche d’air autour de son corps.

D'après mes nouvelles recherches, je crois aujourd’hui qu'il n’est plus nécessaire d’invoquer l'indispensable, la rigou-

{1) Je crois être sûr que cet insecte doit être rapporté au Phytobius velatus SCHOENNHERR.

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reuse nécessité d’une atmosphère bulleuse autour de l’insecte. J'ai vu des Micralymma rester immobiles sous l’eau, privées de la petite bulle d'air qui les enveloppe ordinairement, car je l’enlevais avec les poils d’un pinceau très fin, et les insectes se mouvaient dès qu'ils étaient mis à l'air libre. J'ai pu en laisser quelques-uns jusqu'à cinq jours sous l’eau, et ils n’en sont point morts.

On connaît les expériences de Malpighi, de Réaumur, de M. Straus-Durckheim, etc., sur l’asphyxie des insectes (Consid. sur l’anat. comp. des animaux articulés 1828, 308). Cette asphyxie est très diMicile (1) à obtenir, J'ai rapporté des exemples de cette difficulté dans ma note précitée sur le T. Robinii (p. 30). L'espèce de résurrection qu'éprouvent les insectes noyés sous l’eau, tels que les Harpalus semiviolaceus, Limonius nigripes, etc., sur lesquels j'ai expérimenté cette année, paraît moinsextraordinaire quand on pense aux faits d’un autre ordre, à la reviviscence des Tardigrades des»

(1) M. le professeur Claude Bernard m'a dit que M, le professeur Biot, faisant dans un cours les expériences ordinaires de la machine Pneumatique, avait placé sous le récipient une Blatta orientalis afin de montrer aux élèves la mort de cet animal dès que le vide serait produit, L'insecte ne parut pas succomber, loin de là, et on en conclut que la machine opérait mal et qu'il y avait une issue par où arrivait l'air. La Blatte fut laissée sous le récipient, Le lendemain on s’assura que la machine fonctionnait très bien et que l’insecte était encore vivant, On recommença, on s'obstina pour faire périr la Blatte dans le vide et on ne put jamais y parvenir. Je ne conclus pas de ce fait à l'impossibilité d’asphyxier les insectes, mais simplement a la résistance très grande qu'ils ofrent à l’asphyxie sous l'eau et

dans le vide, Réaumur avait constaté des faits semblables sur des chenilles.

séchés et à celle des larves de l'Anguillule du blé niellé, qui ont fourni à mon ami, M. le docteur Davaine, le sujet d’un mémoire plein d'intérêt (Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. 111, 201, 1857).

Je vais exposer ce que je sais des mœurs de la Micralymma, observée à l'état de liberté, ou bien pendant que je la gardais chez moi emprisonnée dans des tubes de verre.

On trouve assez abondamment, vers la fin du‘mois d'août et pendant le mois de septembre, la Micralymma brevipenne au Cap-la-Hève près du Havre. Je l'ai capturée à cette époque et à plusieurs reprises, ainsi que sa larve et sa nymphe. Il faut attendre que la marée baisse et laisse à découvert les gros blocs de roches qui sont au-dessous des phares pour aller la chercher dans les fentes de ces roches. Deux fois seulement j'ai vu l’insecte parfait et sa larve courant hors de leur retraite ordinaire. La marche de l’insecte n’est pas très vive, il relève à peine l'abdomen si on l’inquiète et il tâche de se blottir dans la fissure qu'il habite ou sous un coquillage collé auprès. L’Achorutes marilimus, espèce de Podurelle d'un gris ardoisé, est plus hardie et se trouve çà et là en assez grand nombre. Quelle que puisse être la cause qui empêche la Micralymma de se hasarder hors de son gîte de prédilection, je puis assurer que celui qui la rechercherait au Havre exclusivement sur les pierres ou les roches, n’en trouverait que fort peu.

Le moyen par excellence est d’avoir un ciseau ordinaire d’ouvrier, ou de tailleur de pierres, dit ciseau à froid ; les galets qui sont beaucoup trop multipliés sous les pieds de l'entomologiste servent de marteau. Il faut chercher avec soin une fente, une fissure sur la roche que la mer vient de quitter, y introduire l'extrémité du ciseau, puis frapper

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pour faire éclater la pierre et regarder vite sur les deux parties disjointes. On trouve à la fois de petits coquillages, des Annélides roulées sur elles-mêmes, des Acariens maritimes, des Podurelles et leurs œufs, enfin la Micralymma. Les Podurelles sont très abondantes, la Micralymma est plus rare, ainsi que les Acariens. Elle est en quelque sorte collée à la roche, elle se met à fuir dès qu’on veut la prendre. Le doigt ou une pince à mors très doux suffisent pour cela; c’est mieux encore de placer sous les insectes un flacon à ouverture assez grande, et dans laquelle on fait fomber rapidement tous ceux qu’on a mis à découvert.

On peut constater que la Micralymma qui n’exhale aucune odeur quand elle est tranquille, en répand une très mauvaise et très pénétrante dès qu’on la prend.

Je n'ai pu trouver d'autres Coléoptères dans les endroits qu'habite le Micralymma. J'ai cherché sous les galets et sur le sable au pied des roches ou de leurs débris, je n'ai rencontré aucun autre insecte que ceux déjà signalés. Les larves identiques prises pendant ces deux années consécutives sont donc, à coup sûr, celles de la Micralymma, puisqu'il n'y avait qu’elle, avec l’insecte parfait, et parce qu’en outre ce sont des larves de Staphylinide. J'espère qu'on partagera ma conviction à cet égard.

La larve est plus agile que l’insecte parfait.

La recherche de ces insectes n’est productive qu’à la condition de ne point ménager les coups de galet sur le ciseau et d'explorer soigneusement toutes les fissures que l’on rencontre. La récolte se fait, qu’on me passe l'expression vulgaire, à la force du poignet et à la sueur du front. On doit se hâter d’ailleurs et ne point songer à faire d'autres captures, car le flot gagne, après un laps de temps rigoureuse-

ment fixé, les rivages qu'il avait laissés à découvert. L'écume des lames vient entourer le pied des roches, les gouttes d’eau retombent sur leurs parois, le vent s'élève ou soufile avec plus de violence et entraîne vers la terre plusieurs Muscides qui se reposaient sur les rares fucus de la côte. Il soulève leurs ailes et elles sont impuissantes à rester accrochées par leurs tarses, elles s’envolent vers la terre. La mer a bientôt recouvert la place où les Micralymma se tiennent blotties et immobiles.

Dès que j'avais placé dans un tube de verre un certain nombre de Micralymma, en ajoutant quelques algues pour entretenir une sorte d'atmosphère marine, les insectes couraient et finissaient après avoir reconnu ce terrain nouveau pour eux, par se blottir contre le bouchon. Existait-il un espace d’un demi-millimètre vers le sommet de celui-ci et la paroi, cinq ou six Micralymma s'y logeaient à l'envi, S'y pressaient l’une contre l’autre. 11 n’était point facile de déboucher le tube ou le flacon sans les écraser.

Quand on place l’insecte sur un plan uni, il marche assez vite et cherche à gagner un abri, il se glisse sous une feuille de papier et s’y blottit. La larve est plus vagabonde; elle court en s'appuyant sur le dernier segment du corps, prolongé ou saillant en dessous. J'ai mis dans l’eau de mer restée dans un creux de rocher, ou bien chez moi dans un verre, les larves et les insectes parfaits. Ils s’abritent, ne font plus de mouvement et attendent qu’ils puissent être à découvert.

La larve n’exhalé pas d’odeur particulière, mais l’insecte parfait en répand une très pénétrante, très forte relativement à sa petite taille. J'ai cherché avec un soin minutieux, à voir s’il faisait saillir un appendice à l'extrémité de l’ab-

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domenh, je n’en ai aperçu aucun destiné à cet usage. J'ai vu, au plus, une très petite goutte de matière sourdre près de l’orifice anal quand je pressais l'abdomen. L’organe produisant cette odeur m’est resté inconnu, malgré toutes mes recherches. Je me suis assuré que les « et les $ la répandent également; je l'avais crue d’abord particulière à l’un des sexes, mais il n’en est rien.

J'ai gardé des larves et insectes parfaits vivants pendant huit, dix et même quinze jours, en ayant soin de renouveler les algues des tubes. Je n'ai pas observé l’accouplement, ni vu pondre des œufs.

Je vais présentement exposer dans un premier chapitre la description des trois états de la Micralymma brevipenne.

Le deuxième chapitre sera destiné à l'anatomie de la larve et de l’insecte parfait.

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