H. LINEATA
Les insectes diptères que M. le docteur A. Gubler m'a remis se rapportent tous à l'Helomyza lineata de Robineau-Desvoidy. Ces insectes étaient au nombre de huit, tant mâles que femelles, les premiers reconnaissables au dernier segment abdominal recourbé en dessous, les secondes à leur oviscaple pointu et allongé. La taille, la forme et la coloration de ces Mouches se rapportaient parfaitement à un individu pareil et conservé dans la collection de M. Bigot sous le nom de H. lineata, donné par Robineau-Desvoidy lui-même. J’ajouterai, quant à la coloration, que plusieurs Mouches, ayant été ramollies à la vapeur de l’eau froide, ont pris une teinte beaucoup plus foncée, presque rougeâtre, et que les lignes dorsales du corselet sont devenues très apparentes et brunâtres, surtout la ligne médiane.
Les métamorphoses de l’Helomyza lineata ont été observées par M. Léon Dufour, qui les a très soigneusement décrites dans les Annales des Sciences naturelles (1). Ge vénéré maître a fait ressortir les caractères distinctifs de cetle espèce d'Hélomyze, caractères tirés de la plumule antennaire, des raies dorsales thoraciques, des ailes sans taches, etc, Je renvoie à sa description si consciencieuse et si complète (2), me bornant à reproduire
(1) Mémoire sur les métamorphoses de plusieurs larves fongivores appartenant à des Diptères, 2e série, L, XIE, p. 44, fig. 59-68, 1839. (2) Loc, oit,, p. 45-46.
Insectes Lubérivores. 5
ici sa diagnose laline, et en priant le lecteur de jeler les yeux sur la figure onzième de la planche.
M. lineata ROp.-DEsv., Essai sur les Myodaires (Mém, présentés par divers savants à l’Académie des Sciences de l'Institut, {. LT, p. 645, 1830). — L. Dur., Annales des Sciences naturelles, 2° série, t. XII, p. 44, 1839,
Testaceo-pallida, antennis ferrugineis, thoracis dorso rufescente lineis tribus intensioribus vix distinctis, alis subfumosis immaculatis ; tarsis apice obscuris. — Long. 3 lin. (6 4/2 à 7 mill.).
LARVA acephala, albida, cylindrico-conica, postice lruncata, integra; labio emarginato, angulis intus palpigeris Sligmalibus anticis flabellatis, exsertis. — Long. 8 1/2 lin, (8 mill.).
Habilat in Tubere cibario, melanosporo ?
PuPA nuda, ovato-oblonga, glabra, fusca; segmentis duobus anticis declivis, tandem utrinque longitudinaliter impressis ; postice convexiuscula, minute bituberculata. — Long. 2 1/2 lin. (5 mill. 4/2).
L’Helomyza lineata paraît propre au midi de la France : il est douteux pour moi que l’exemplaire appartenant à Dejean, et sur lequel Robineau- Desvoidy a fait sa description, ait été pris dans le Nord ou aux environs de Paris.
J'ai, en étudiant cette espèce d’Hélomyze dans la collection de M. Léon Dufour, dessiné la palette antennaire et la soie plumeuse que je représente sur la planche (fig. 13). J'ai vu aussi la pupe, qui est d’un marron clair et qui atieint cinq millimètres et demi. J'aurai soin de la comparer avec celle de l’Helomyza tuberivora et d'en faire ressortir les différences.
Réaumur à connu l’Helomyza lineata sous sa forme de larve et de pupe. M. Léon Dufour a mis ce fait en lumière. Comparez, en effet, les figures données par Réaumur et ses descriptions (1) avec les détails minutieux et l’iconographie du Mémoire précilé des Annales des Sciences naturelles, et vous trouverez une identité à peu près complète.
M. Gubler m'a dit que l'Helomyza lineata volait au-dessus des endroits où l’on trouve les Truffes et se posait par groupes sur la terre qui recouvre ces tubercules si estimés ; cette Mouche indique de la sorte les gîtes aux chercheurs de Trulfes et elle s’en éloigne très peu. Il est bien prouvé pour nous, d’après les observations de Réaumur et de M. Léon Dufour, que sa larve vit dans les Truffes, et puis s’enfonce dans la terre pour prendre la forme de pupe. L’insecte parfait prend son essor trois mois après.
(1) RÉAUmUR, Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes, t. IV, p. 372 et 373, pl. 27, fig. 13, 14, 15 ct 16, 1738,
IIELOMYZA PENICILLATA,
M. Léon Dufour a vu éclore dans son cabinet, le 46 avril 4839, une autre espèce d’Hélomyze dont les larves se trouvaient dans les Truffes avec celles de la précédente espèce. Cette Helomyza, à laquelle il a donné le nom de penicillata, à de grands rapports avec l'H. afinis Merc.; elle est plus grande, presque de la taille de l'A. tuberivora, ses ailes n’ont pas de taches, non plus que le dos du thorax. L'H. penicillata, que j'ai étudiée avec M. Perris, nous a paru une espèce distincte dont le style des antennes est brièvement velu (fig. 44), et M. Perris m'a appris qu'ayant celte année élevé des larves vivant dans les Trufles gâtées, il avait obtenu les insectes parfaits qui se rapportaient à l'Helomyza penicillata, pareils en tous points aux types de la collection de Saint-Sever que nous avions sous les yeux.
Voici la diagnose que M. Léon Dufour a donnée de cette espèce :
HI. pemicillata Léon Durour, Annales des Sciences naturelles, 2° série, t. XII, p. 48, 1839.
Testacea, nigro-pilosa, antennæ arliculo ullimo ovato-oblongo, stylo breviler villoso ; thoracis dorso minutissime ferrugineo-punctalo; femoribus subtus denstus villosis: hrochanterum intermediorum articulo basilari selis nigris rigidis penicillato, alis subfumosis nervis transversis nigro marginatis. — Long. 4. lin. (9 mill.).
LARVA habitat in Tubere cibario, melanosporo ?
La pupe que j'ai sous les yeux, et que je dois à l’obligeance de M. Perris, ressemble beaucoup plus à celle de PH. tuberivora qu’à celle de l'H. lineala. J'en parlerai plus tard, en faisant leur examen comparatif (voyez p. 12-13).
HELOMYZA TUBERIVORA.
Robineau-Desvoidy avait fondé sur cette espèce le genre Suillia dans son Essai sur les Myodaires des environs de Paris. C'est bien cette Hélomyze que j'ai vue provenir en si grand nombre des larves et pupes données par M. le docteur Charles Aubé. Dès que j'avais eu les Truffes peuplées de larves, je m'étais empressé de recueillir celles-ci en assez grand nombre et de les immerger dans l'alcool, les 42 et 13 avril 1863. Pressé à cette époque par divers travaux, je n'ai pu étudier ces larves que longtemps après et lorsque les insectes parfaits d'espèces diverses avaient paru. Cest alors que je me suis assuré que toutes les larves recueillies
Insectes tubérivores. 7
appartenaient à une seule et même espèce, et en les comparant aux figures données par Réaumur et M, Léon Dufour (Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes, {. V, p. 63 el suiv., pl. 8, fig. 1-2, et Annales des Sciences naturelles, 2° série, t. XII, p. 48, deuvième observation), j'ai acquis l& conviction que j'avais trouvé les larves de l'Helomyza tuberivora et manqué celles de la Gurtonevra stabulans.
J'ai eu à ma disposition une très grande quantité de pupes de l'Helomyza dont il s’agit, et d’après la configuration de ces pupes, j'aurais pu décrire presque à coup sûr les formes de la larve: on en jugera par les descriptions qui suivent :
LARVA acephala, grisco albida, cylindrico-conica, antice allenuala, poslice oblique truncata; mandibulis nigris, labio palpifero ; stigmatibus anticis oclodigitatis, posticis fere rotundatis paulo eæsertis ; subtus later'alèlerque mamillis ambulatoriis uncinuliferis instructa. — Longitudo quatuor lincas æquat aut superat (9 à 10 mill.).
Habilat in Tubere melanosporo.
LARVE (voyez fig. 4 à 6) allongée, blanchâtre ou d’un blanc grisätre, cylindrique, mais atténuée en ayant et recourbée quand on la voit de profil (fig. 1, «), la partie antérieure étant dirigée en bas, l'extrémité postérieure un peu relevée.
Corps composé de onze segments, non compris le pseudocéphale. Celui-ci avec deux mandibules noires, recourbées et une lèvre ayant deux palpes courts biarticulés. Premier segment offrant de chaque côté un sligmate placé près du bord postérieur, de couleur jaunâtre, et composé de huit digitations partant d’une base renflée. Les premier, deuxième et troisième segments présentent seulement au bord antérieur une rangée étroite de très petites aspérités. Mais les segments suivants, jusqu’au dixième, offrent en dessus un ruban étroit formé par de petites aspérités disposées aux bords antérieur et postérieur, de telle sorte qu’elles se joignent presque les unes les autres aux plis des segments, ce pli ne faisant qu'une ligne médiane enfoncée entre les deux bordures. En dessous, sur tous les segments du quatrième jusqu'au dixième, on remarque en avant du bord postérieur, formé par le pli segmentaire, une ligne étroite constituée par de petiles aspérilés; mais près du bord antérieur de chaque segment, on voit une rangée de mamelons ambulaloires, ovales et disposés en travers, interrompus au milieu el recouverts d’aspérités spinuleuses. Sur les côtés on trouve enfin, faisant suite à la ligne intersegmentaire, une surface rétractile et peu recouverte d’aspérités spinuleuses, bien moins que les séries où paires de mamelons placés en dessous. Ces surfaces élevées
forment néanmoins une série de véritables mamelons ambulatoires latéraux (fig. 4). Le dixième segment est, en dessus, fortement granuleux et couvert de spinules.
L'extrémité postérieure (onzième segment), vue de face et en dessus, présente huit pelites saillies épineuses, brunâtres, peu marquées, visibles cependant sur toutes les larves conservées dans l'alcool que j'ai observées et disposées de la manière suivante (fig. 2) : quatre situées en bas et sur une même ligne, deux latérales très marquées, deux médianes plus petites, deux supérieures assez marquées, deux aulres faibles sur la même ligne que les stigmates postérieurs. Toutes ces saillies sont entourées par des reliefs cutanés (fig. 2). Enfin les shigmates sont gros, d’un brun noirâtre, presque arrondis, et ont sur leur milieu trois plis, ou reliefs, transversaux élevés. Au pourtour de l’orifice anal, par conséquent en dessous du corps, on observe quatre saillies un peu épineuses, deux grosses et fortes au bord marginal, et deux autres plus petites contre le bord inférieur anal (fig. 4).
Tout le corps de la -larve est glabre entre les lignes rugueuses et les espaces que j'ai indiqués, en dessus et sur les côtés, comme étant des mamelons ambulatoires munis d’aspérilés. Cetle apparence de rugosités, appréciable avec la loupe, devient tout autre avec le secours du microscope. On voit alors de-vérilables crochets ou des spinules recourbées, surtout en arrière, et disposées avec un ordre remarquable, leur crochet étant dirigé tantôt en arrière et tantôt en avant (fig. 4). J'y reviendrai plus bas (voyez p. 9).
Les larves dont je viens de donner la description étaient conservées dans l'alcool et je ne les ai pas étudiées vivantes ; je n’ai pas vu les parties de la bouche en mouvement, pas plus que les mamelons ambulatoires. Les palpes m'ont paru de deux articles, et attachés sur une partie inférieure aux mandibules que j'ai considérée comme étant la lèvre. Les stigmates ont nettement huit digitations; je dois dire cependant qu'une fois j'ai trouvé neuf digitations d’un côté et huit de l’autre sur la même larve. M. Léon Dufour a signalé sur la larve de l'A. lineata un fait analogue, car sur un même individu il a trouvé douze digitations au stigmate gauche et quatorze au droit (loc. cèt., p. 46).
Le stigmate est renflé et pédiculé (fig. 3) dans la larve de l'Helomyza tuberivora, comme dans sa congénère l’H. lineata.
Les mamelons ambulatoires inférieurs, disposés par paires, et les mamelons latéraux sont remarquables sur notre larve; ils sont munis de petits crochets ou de petites spinules recourbées. Pour bien apprécier la disposition des aspérités et des crochets, j'ai pratiqué une incision dorsale ; j'ai vidé le corps de Lous les organes inclus, puis élendant la peau
Insectes tubérivores. 9
bien neltoyée, je l'ai placée entre deux lames de verre. De cette manière, j'ai acquis la certitude que les dispositions des figures 5 et 6 sont exactes, et j'ai vérifié la direction des crochets en avant ou en arrière, déjà étudiée au microscope sur la larve non vidée et placée de profil. Sur les deuxième et troisième segments on trouve, seulement au bord antérieur, des aspérités qui au microscope représentent des rangées de huit à dix spinules très petites et placées côte à côle; à un grossissement faible, on voit des dents de peigne imbriquées et alternées sur trois ou quatre rangs (fig. 5). Cette apparence de rangées spinuleuses imbriquées existe encore en dessous du corps sur la ligne, ou série, placée au bord postérieur des segments, en avant du pli inlersegmentaire, A un fort grossissement (objectif n° 5 de Nachet), les spinules se montrent sous la forme de crochets juxtaposés mais distincts, et leur pointe est dirigée en arrière, au bord antérieur des deuxième et troisième segments et même de tous les segments suivants (fig. 4). Au bord postérieur, au contraire, à partir du quatrième jusqu’au dixième segment, les crochets sont dirigés en avant (fig. 4); sur le onzième, les crochets forts et gros sont dirigés en avant,
En dessous, sur les mamelons ambulatoires, ces crochets ont une disposition verticillée; ils sont dressés au milieu; leur pointe regarde en avant à la partie antérieure et en arrière à la partie postérieure.
J'ai représenté, figure 6, la forme des crochets de diverses grandeurs ; on verra que quelques-uns sont doubles, mais cette disposilion est rare. Je n’ai pas vu de crochets au fond du pli intersegmentaire.
L'extrémité postérieure de la larve de l'H. tuberivora offre des épines ou des pointes nues recourbées que j'ai décrites et figurées, tant en dessus qu’au pourtour de l’orifice anal.
Ges appendices sont très importants chez cette larve, puisqu'ils la différencient de sa congénère H. lineata, dont la troncature postérieure est sans aucune saillie ou épine. M. Léon Dufour est très explicite à cet égard (1); d'autre part, la figure 14 de Ja planche 27 qu’on trouve dans Réaumur indique ce fait pour la larve vivant dans les Truffes et décrite dans le neuvième Mémoire du IV° volume (2). Ces caractères anatomiques distinguent au premier coup d'œil les deux larves des Helomyza tuberivora el lincata.
On remarquera pareillement que la larve de l'H. tuberivora à ordinairement huit digitations aux stigmates antérieurs, tandis que la larve de l'H, lineata en a quinze d'après M. Léon Dufour. La saillie des stigmates
(4) Léon Durour, Annales des Sciences naturelles, 2e série, t. XIE, p. 46, pl. 2,
Mg. 63, 1839.
(2) RÉAUMUR, Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes, L. IV, p. 372 et 373, 1738. |
10 At. LABOULBÈNE.
postérieurs est plus forte chez la fuberivora; aucune des deux larves n’a de caverne stigmatique.
De plus, il est probable que la larve de V'H. lineata doit avoir les mamelons ambulatoires et les aspérilés des bords antérieur el postérieur des segments plus marqués que dans l’H. tuberivora, à en juger par la figure de profil (Loc. cit., pl. 2, fig. 63) donnée par M. Léon Dufour. La pupe de cette espèce nous offrira deux reliefs élevés, très marqués sur chaque segment et bien plus forts que dans l'H. tuberivora.
Quant à la larve de l'H. penicillata, que je n'ai pas vue, elle doit être intermédiaire aux deux espèces dont il s'agit. Je ne serais pas surpris qu’elle offrit à l'extrémité postérieure de légères saillies ou des pointes très petites.
La larve de l’'Helomyza tuberivora se distingue des larves de la Gurtoneora stabulans décrite par M. Léon Dufour (1) par les digitations plus nombreuses du stigmate antérieur, qui sont au nombre de six dans la Curtonevra, et par ses mamelons ambulatoires qui paraissent manquer dans cette dernière.
Voici la description de la pupe de l’Helomyza tuberivora :
PurA nuda, ovato-oblonga, rufescens seu rufo-fusca, antice segmentis primis declivis, utrinque linea longitudinali impressis ; laleribus crassioribus; poslice convexiuscula valde biluberculata ; segmento primo biauriculato, segmento quarto tuberculis minulissimis fere inconspicuis instruclo, segmento ultimo vix spinas larvæ exhibente. — Longiludo tres lineas æquat (6 4/2 à 7 mill.).
Pure (voyez fig. 7 et 8) oblongue, avec la partie antérieure déprimée, comme si elle eût été pressée entre les doigts, sur les deux premiers segments, qui sont fortement épaissis et rebordés sur les côtés. Couleur d’un fauve vif ou parfois d’un brun rougeàtre. La forme de la pupe est un peu élargie vers le quatrième segment sur plusieurs individus ; chez d’autres, cette légère dilatation n'est pas marquée.
Le pseudocéphale est à peine indiqué, et l'ouverture buccale occupe un espace brunätre et foncé, situé sur le plan inférieur de la pupe. Le premier segment porte deux pelites pointes ou auricules, une de chaque côté, divergentes et répondant aux stigmales antérieurs de la larve. Le bord antérieur de la pupe est irrégulièrement découpé et offre des élevures ou saillies longitudinales entre les deux pointes auriculaires stigmaliques. Toute la surface du deuxième segment est très rugueuse en Lravers et elle est déprimée ; en dehors, une ligne enfoncée détermine un fort bourrelet
(4) Voyez plus bas, page 18.
Insectes tubérivores. Al
qui se continue en se portant sur le troisième segment; celui-ci est également déprimé et très rugueux. Le quatrième segment est moins rugueux en travers que les deux précédents, et sur son bord postérieur on trouve de chaque côté une très petite saillie qui répond aux sligmates thoraciques de la nymphe incluse dans la pupe (fig. 7 et 8). Tous ces segments offrent, à partir du pseudocéphale, une ligne élevée, exactement latérale, luisante et qui vient passer sur le dos de la pupe en suivant une direction un peu oblique et en enlevant juste les saillies des deux stigmates thoraciques. Les figures indiquent cette disposition répondant exactement au panneau qui se dessoude et s'enlève pour donner passage à la Mouche lors de son éclosion.
En dessous, le premier et le deuxième segment sont très rugueux en travers ; le troisième l'est beaucoup moins.
Les segments intermédiaires n'offrent rien de particulier dans leur forme. En dessus, ils présentent, en avant et en arrière de la ligne de séparation des segments, une bordure finement rugueuse : c’est un petit ruban placé à la fois sur le bord postérieur du segment qui est en avant el sur le bord antérieur du segment qui le suit, de sorte que l'intersection segmentaire ne fait que les séparer. En dessous, on voit une ligne rugueuse très étroite située au bord postérieur très près de l'intersection des segments, puis une large bordure rugueuse, transversale ovale, interrompue au milieu, répondant aux pseudopodes de la larve et située près du bord antérieur des quatrième jusqu’au dixième segments.
Sur les côtés enfin, on remarque un espace un peu rugueux qui se continue avec la ligne intersegmentaire, et qui répond aux mamelons latéraux de la larve (comparez les figures 7 et 8).
Le dixième segment est très fortement rugueux en dessus. Le onzième segment est pareillement rugueux, les stigmates postérieurs s'en détachent nettement sous l'aspect de deux petites cornes noires; au-dessous d'elles le segment est arrondi, et au pourtour, avec beaucoup d'attention, et sur les pupes fauves et peu épaisses, on trouve les saillies et les épines décrites dans la larve. Ges saillies sont bien plus difficiles à reconnaître ou même n'existent pas sur les pupes les plus brunes et les plus coriacées. Enfin on voit en dessous le rebord froncé de l’orifice anal très marqué et très apparent.
Dans un autre travail (1), j'ai fait ressortir l'importance de l'étude des pupes des Muscides, en insistant sur ce fail capital qu’elles reproduisent les caractères des larves, puisqu'elles sont constituées par le tégument
(1) Métamorphoses d’une Mouche parasile (Annales de la Société Entomologique de France, 1861, p, 241),
propre de ces dernières qui s’est épaissi. et durci. Les pupes de l'Helomyza tuberivora viennent confirmer l'opinion que j'ai soutenue; elles diffèrent beaucoup de celles de la Z'achina villica, elles diffèrent même des pupes du même genre que j'ai sous les yeux, de celles de l’'H. lineata el de l'A. penicillula.
Le pseudocéphale est denticulé sur la pupe de l'Helomyza tuberivora, l'ouverture buccale froncée se trouve sur le plan inférieur de la pupe; la ligne élevée qui indique l'endroit de dessoudure par où s’échappera la Mouche occupe tout à fait le bord latéral : cette ligne élevée se continue en avant du pli segmentaire sur le dos du segment, et enlève juste les deux très légères saillies révélant les stigmates thoraciques de la nymphe (voyez Ann. Ent. Fr., 1861, p: 240) (4).
Les dépressions des premier, deuxième et troisième segments et le bourrelet latéral si épais paraissent caractéristiques dans les pupes du genre Helomyza. Tous les traits que j'ai longuement signalés pour les séries transversales d’aspérités et de spinules crochues chez la larve sont bien indiqués sur la pupe. Les stigmates antérieurs ont pris la forme d’auricules divergentes, les stigmates postérieurs se sont délachés et forment deux petites cornes sur le plan supérieur. Le onzième segment est bombé et non aplati comme dans les pupes venant de larves pourvues d’une caverne sligmatique ; enfin sur les pupes ambrées, sur celles qui ne paraissent pas avoir, au moment de leur formation, trop dilaté la peau de la larve, on voit très manifestement les restes des pointes Lerminant le dernier segment.
Sur beaucoup de pupes, l'extrémité postérieure était garnie de terre, celle-ci adhérait fortement à l’orifice anal.
Les pupes de l’H. tuberivora étaient enfoncées à une profondeur variable dans la terre meuble où les Truffes avaient été posées; la plupart des pupes étaient à un, deux ou trois pouces de profondeur; quelques pupes étaient restées dans le milieu des Truffes, surtout les pupes ambrées ou d’un marron clair.
Si je compare la pupe que je viens de faire connaître avec celle de PHelomyza lineata décrite par M. Léon Dufour et que j'ai étudiée de visu,
(1) Les pupes de la Phora pallipes Larr. et des Phora nigra Mr1cen et helicivora 1. Dur, qui sont pourvues de petites cornes allungées, formant le prolongement des trachées et des stigmales thoraciques, offrent parcillement une dessoudure dorsale des premiers segments, et cetle partie qui s’enlève comprend dans son aire les cornes sligmaliques répondant aux petits lubercules de l’Æelomyza lincala. (Voy. Annales des Sciences naturelles, 2e série, t, XII, p. 57, pl. 3, fig. 150, et Recherches sur les Mélamorphoses du genre Phora (Mémoires de la Société des $ciences, ele., de Lille, p, 414, fig. 4, 10, 11 et 12, année 1840).
Insectes tubérivores, 13
je trouve de notables différences, indépendamment de la taille. La pupe de l'H. lineata offre, en avant et en arrière de chaque pli intersegmentaire, un relief très marqué et bien prononcé qui lui donne un aspect caractéristique (1); la saillie des stigmates postérieurs n'ést pas aussi forte que dans la pupe de l'A. tuberivora, au-dessous de ces stigmates on ne voit aucune trace de pointes épineuses. Sur le troisième segment thoracique et en dessus on ne trouve rien qui indique la place des sligmates thoraciques. Enfin la coloration des pupes de l’H. lineata est constamment fauve ou d’un marron clair.
La pupe de VH. penicillata, intermédiaire pour la grandeur entré les deux dont je viens de parler, se rapproche davantage de la Zuberivora. Comme dans celle-ci, la pupe de l’H. penicéllata offre deux rangées juxtasegmentaires moins élevées que dans la lineata, les saillies des stigmates thoraciques manquent ou ne sont pas apercevables à la loupe. Les stigmales postérieurs sont assez avancés ; enfin sur les huit pupes de cette espèce que j'ai examinées, quelques-unes ont des vestiges de pointes mousses au bout renflé postérieur. La coloration est d’un marron peu foncé.
L'examen comparatif de ces trois pupes me ramène aux considérations que j'ai émises au sujet des larves. Il eût été bien difficile d'admettre à priori les différences que nous avons trouvées; on distinguera sûrement et facilement au premier coup d'œil une pupe d'Helomyza lineata d'une pupe d'Helomyza tuberivora. Je le répète, l'étude des pupes ne doit point être négligée,
He. tuberivora RoB.-Desv., Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des sciences de l’Institut, t. IN, p. 642, 1830. — MAcQuART, Hist. natur. des Ins. Diptères, t. II, p. 410 (Suites à Buffon, Roret, 1835).
Testacea pilis nigris, fronte antennisque fulvis, setà antennarum pilis longissimis plumatä; thorace brunneo-rufo maculato nec non punclato ; alis costa nervisque nigro-brunneis, maculis infuscatis ; pedibus luteis ; femoribus maris inflatis. — Longitudo tres cum dimidia usque ad quatuor lineas æquat (8 à 9 mill.).
Habitat in sylvis ; super oblegentem Tubera terram volitans (voy. fig. 9).
Corps d’un jaune d’ocre, à poils noirs. Téte avec la face, les palpes et la trompe d’un jaune d’ocre elair ; joues un peu fauves ; face presque glabre. Antennes à palette d’un fauve rougeâtre foncé, ovale, largement arron-
(1) M. Léon Dufour (loc. cit., p. 46 et fig. 67) a indiqué ce caractère, Réaumur Va connu et parfailement représenté (loc. cit., pl. 27, fig. 16), et c’est pour cela que je rapporte, avec M. Léon Dufour, la figure 16 à PAZ, lineuta.
die et déprimée vers l'extrémité; style allongé, plumeux, à poils lrès longs, au nombre de neuf à dix, de chaque côté (fig. 12). Front d'un beau roux fauve; vertex d’un roux blanchâtre, avec la base des poils entourée d’un cerele d’un gris blanchâtre ainsi que le bord du triangle formé par les stemmates. Yeux d’un rouge sombre à reflets verdâtres, non velus; ocelles d’un rouge clair. Les poils de la partie supérieure de la tèle sont ainsi disposés : deux dirigés en avant et placés entre les ocelles postérieurs et l’antérieur (fig. 10); deux dirigés en dehors, placés sur la ligne de l'ocelle antérieur et sur les côtés des précédents ; six sur le vertex et près de son bord postérieur; deux internes situés plus en arrière et entrecroisés ; deux latéraux à base assez rapprochée mais divergents au sommet (fig. 10) : ces derniers poils sont suivis de deux rangées de poils petits et contournant les yeux.
Gorselet d'un jaune d’ocre, finement moucheté de brun fauve avec des lignes de poils noirs entourés à leur base d’un cercle brunâtre; les mouchetures et les petits points rapprochés forment une ligne médiane bruvâtre; chaque petite moucheture brune donne naissance à un petit poil noir et couché. Une série de cinq longs poils noirs, dressés (fig. 40), dirigés en arrière, existe de chaque côté de la ligne médiane ; deux nouvelles séries longitudinales de poils noirs se trouvent de chaque côté, l’une sur le bord latéral du corselet formée de trois poils et l’autre tout à fait sur le côté, allant vers la racine de l’aile et n’ayant que deux poils (fig. 40). Écusson triangulaire, moucheté de brun comme le corselet, mais à la ligne médiane jaunâtre, quatre longs poils noirs, un de chaque côté sur les bords et deux vers l'extrémité. Flancs d'un jaune d’ocre à reflets soyeux, sans taches. Ales un peu enfumées, côte ou bord supérieur brunâtre ou noirâtre, garnie de poils noirs; nervures noirâtres avec un point marginal et deux taches enfumées ou noirâtres ; l'extrémité des nervures, au sommet de l'aile, est souvent entourée d’une tache noirâtre (fig. 9). Balanciers d’un blanc jauntre.
Abdomen composé de sept segments, à extrémité globuleuse et recourbée en dessous, d'; plane, terminée par un oviducte, biappendiculée, ; d’un jaune d’ocre avec le bord postérieur des segments un peu plus foncé, et des bordures de cinq à six longs poils de chaque côlé de la ligne médiane et au bord postérieur, deuxième segment ayant une rangée supplémentaire et antérieure de deux poils latéraux; dessous de l'abdomen du avec de longs poils mous et assez serrés.
Pattes très différentes dans les deux sexes; cuisses grosses et arquées chezle &, de grandeur ordinaire et droites, $. Chez le , les cuisses antérieures ont des poils mous et allongés silués en dessous et disposés sur deux lignes, huit longues soies raides et noires situées en dessus ; les
Insectes tubérivores. 15
cuisses intermédiaires ont en dessous seize à dix-sept soies, dont six plus longues et plus fortes vers la base, de plus une rangée latérale de quatre soies noires; les cuisses postérieures ont des poils mous et allongés en dessous, avec l'extrémité brunâtre, et six à huit soies sur le bord latéral. Tous les tibias arqués, avec l'extrémité un peu brunâtre chez le g: de plus un anneau brünâtre, près de la base, aux tibias postérieurs. Les trochanters des cuisses postérieures sont garnis d’une forte rangée de poils noirs, dressés et arqués. Chez la ®, les cuisses antérieures seules présentent un léger renflement et sont légèrement arquées, les autres droites, les intermédiaires sans la série de soies raides et placées en dessous : tro- Chanters avec des poils noirs, simples. Dans les deux sexes, les cuisses et les tibias sont couverts de poils fins el noirs, couchés. Les tarses ont leurs trois derniers articles noirâtres, surtout chez les &, qui ont de plus et constamment le dernier article du tarse élargi, ainsi que la double pelote larsienne qui est fauve en dessus, blanche en dessous: les ongles sont grands, saillants et divergents. Ghez la 9, les Larses ne sont pas fortement élargis à l'extrémité, la pelote peu grande ainsi que les ongles.
En dessous, l'abdomen du mâle est garni de poils moelleux et allongés, noirâtres.
L’Helomyza tuberivora, rapportée par Macquart à l'H. gigantea de MEIGEN, en diffère spécifiquement d’après M. Loew, à qui j'ai montré plusieurs des insectes que j'ai recueillis. Suivant ce savant diptérologiste, il serait éclos des Truffes données par M. Aubé, outre l'Helomyza tuberivora d' et ®, des individus de l'Helomyza hispanica LOEW à hypopygium beaucoup plus grand. Je crois pouvoir dire que l’H. hispanica n’est qu'une variété remarquable de la tuberivora, car sur le très grand nombre d’insectes éclos chez moi, je trouve les passages de l’une à l'autre de ces deux espèces (1).
L’Helomyza tuberivora, que je viens de décrire sous ses trois états de larve, de pupe et d’insecte parfait, a été observée certainement par Réaumur, Ce grand naturaliste avait connu la Mouche et il l’a représentée,
(1) Voici les caractères reconnus par M. Loew à la nouvelle espèce qu'il a établie sur un seul individu mâle, pris dans le midi de l'Espagne, le 24 septembre, par M. Staudinger.
M. hispaniea Low, Ueber die europaischen Helomyzidæ, etc. (Zeitschrift für Entom, des Vereins für schlesische Insektenkunde zu Breslau, tirage à part, p. 27, 1859).
Ex fusco testacea, hypopygio permagno, flavo, selâ antennarum pilis longissimis plumatä, pleurarum dimidio superiore nudo, femoribus intermediis infra setas aliquot validas gerentibus. — Long. 3 1/4 lin. (7 1/2 mill.).
planche 8, figures 4 et 2 du deuxième Mémoire (Lome V); mais il n'avait pas connu la larve, et il était resté indécis sur la pupe dont l'Hélomyze était sortie (1). Je puis affirmer aujourd’hui que c’est de la pupe qu'il a représentée figure 6 de la planche 8, car celte pupe se rapporte bien à celles que j'ai étudiées.
Mon savant collègue M. le colonel Goureau a consigné dans nos Annales (2) les observations qu’il a faites sur les larves de l’Helomyza tuberivora. Ces larves sont extrêmement pernicieuses pour la Truffe, elles la corrompent très promplement en rendant par l'anus une matière blanchâtre qui, dit-il, en provoque et achève la décomposition. On reconnaît par le tact les Truffes attaquées, car celles qui cèdent sous la pression du doigt contiennent des larves et ne tardent guère à tomber en bouillie épaisse et fétide. Ces larves croissent rapidement et se changent en pupes soit dans la Truffe même, soit dans la terre environnante. L’Hélomyze s'envole dès le commencement de septembre et paraît jusqu’à la fin d’octobre; elle est commune dans les bois où se trouvent des Trufes, et sa présence y décèle l’existence de ces dernières,
L'Helomyza tuberivora paraît répandue dans plusieurs parties de la France ; M. Goureau l’a prise à Santigny dans le département de l'Yonne, Réaumur avait reçu du Dauphiné les Truffes d’où cette espèce était sorlie. J'ai déjà dit que les larves que j'ai étudiées provenaient du département des Basses-Alpes,.
Cette Helomyza a deux générations dans l’année, puisque M. Aubé et moi l'avons vue éclore au printemps et M. Goureau pendant l'automne,
HELOMYZA PALLIDA @t USTULATA.
ces deux espèces, prises dans le midi de la France, ont été déterminées par M. Lucas (3), et elles sont signalées par MM. Tulasne comme faisant partie des Mouches ou Mouscos des Rabassiers provençaux. M. Tulasne a remarqué dans ces Truffes des larves et des nymphes, mais il n’a pu obtenir des insectes parfaits ; il a vu dans les environs de Rians (Var), au commencement de décembre 1847, l’H. pallida voltigeant çà et là solitaire, et paraissant se poser sur les gisements des Truffes plus volontiers qu'ailleurs. Réchauffée par les rayons d’un soleil brillant, cette Mouche était très agile. M. Tulasne a pu prendre au vol plusieurs indivi-
(1) RÉaumur, Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes, L. V, p. 65, 1740.
(2) Annales de la Société Entomologique de France, 1852, Bull. Lxxv. — Voy. aussi la note rectificative de M. Léon Dufour, Annales de 1853, p. 383 et suiv.
(3) H. Lucas, Annales de la Société Entomologique de France, 1848, Bull., p. £.
Insectes tubérivores. ae
dus de V’'H. pallida; ils exhalaient une odeur extrêmement pénétrante analogue à celle du Satyrium hircinum, et ils la conservaient longtemps après leur mort (1).
L'Helomyza ustulata vole, comme l'espèce précédente, au-dessus des terrains où l’on trouve des Truffes. M. Étienne Bonnet, d’Apt (Vaucluse), s’est assuré que les truffières des environs de cette ville sont fréquentées vers la fin de l'hiver par l'A. ustulata. MM. Requien, Leveillé et Tulasne ont pris ou observé cette espèce d'Helomyza dans ces mêmes localités.
Hi. pallida FALLEN, Helerom., 3, 1. — MEIGEN, Syslem. Beschreib. der bekannten europaischen zWeiflugelingen Insecten, t. VI, p. 50, 1830 (2).
Pallida, incisuris abdominis tenuiter fuscis; alis immaculatis; seta antennarum breve plumata. — Long. 8 4/2 lin. (8 mill.).
H. ustulata MEIGEN, loc. cit., VI, p. 54.
Ferruginosa, hypostomate albo, pedibus rufis, larsis anticis maris ciléalis ; alis nervis transversis apiceque fuscis, macula trigona apicali alba. — Long. 4 lin, (9 mill.).
HELOMYZA (indéterminée).
On trouve dans l'ouvrage précité de MM. Tulasne sur les Champignons hypogés, page 164, la mention d’une Mouche de couleur jaune, observée par eux dans les Truffes, et que je rapporte sans hésiter au genre Ielomyza. La larve de cette Mouche s'était nourrie avec la substance des T'uber æstivum et mesentericum trouvés au bois de Vincennes à la fin de l'automne.
Genre CURTONEVRA.