DU RECTUM
Par Henri Hartmann.
On observe assez fréquemment des symptômes du côté du rectum au cours de l'évolution des cancers prostatiques : difficultés de la défécation qui peut être pénible et même douloureuse, ténesme, diarrhée, exceptionnellement écoulement sanguin par l'anus. Paul Hallopeau ^ dans une thèse excellente, relève 15 fois des troubles rectaux sur 42 observations. Engelbach- décrit une forme rectale du cancer prostatique, qui peut se développer en dehors de tout phénomène vésical. Walker, Tuffier ^ ont observé l'ulcération de la muqueuse rectale par la tumeur prostatique.
Il est cependant, croyons-nous, exceptionnel d'observer des cancers prostatiques simulant un cancer du rectum d'une manière aussi complète que dans le cas dont nous relatons ici l'histoire.
X..., âge (le 60 ans, a loujours joui d'une bonne santé ; mais depuis quelques mois il éprouve des diffieullés de plus en plus grandes à aller à la garde-robe ; il ne peut plus rendre que des matières liquides ou demi-liquides, el encore avec des douleurs. Les besoins se rép(Ment plusieurs fois au cours de la journée et n'aboutissent souvent qu'à évacuer quelques glaires et un peu de sang.
L'examen extérieur de l'anus ne présente rien de particulier, mais, dès que le doigt a dépassé le sphincter, il rencontre; une tumeur dure, un peu inégale, enserrant le
1 P. IIalloi'Eau, Conlribulion à l élude des liinieurs malignes de la proslale. Th. de Paris, 1906.
^ Enoelbach, les Tumeurs malignes de la proslale. Th. de Paris, 188^. a Cités par ilallopeau, loc. cil., pp. 32 et 85.
C\NCF.R DE r,\ PROSTMH SIMULANT UN CANCEH DV RECTUM
rectum et ne se laissant franchir qu'avec difficulté. Cette exploration détermine un léger saignement.
27 mai 1909. — Tenlalive d'ampiilalion périnéale du recliim. — Une ligature en i)Oursc, sous-cutanée, est placée autour de l'orifice anal. Nous commençons l'opération par la libération de la partie antérieure en faisant une incision curviligne prércclale. Nous mettons à nu l'urètre meml)raneux, puis la face postérieure de la prostate et constatons alors que cette dernière se continue à droite et à gauche avec un cordon rigide qui enserre le rectum et (pii, à la coupe, présente l'aspect d'un marron cru. Dans ces conditions, une al)lation complète semble impossible ; nous nous bornons à enlever une tranclie de ces cordons pour en faire l'examen histologique et tamponnons le décollement à la gaze iodoformée.
Guérison sans incidents, les garde-robes se foui, plus facilement à la suite de la
Fin. 78.— fiancer pérircclal d'origine prostatique. (Préparation de M. Locène.)
libération que nous avons faite, et le malade quitte la maison de santé dans un état assez satisfaisant.
L'état se maintient pendant quelques mois, puis les difficultés de garde-robes augmentent de nouveau, l'appétit se perd, le teint s'altère, si bien qu'en novembre nous décidons de faire un anus artificiel.
^0 novembre 1909, coloslomie iliaijiie : dissociation musculaire; le mésocùlon est très long ; nous amcMioiis l'anse au dehors, passons à travers un trou du méso un rouleau de gaze iodol'ormée, puis fixons par 'A points, un sur b; méso, un sur chaque bout, l'anse à la paroi alxlominale.
Quarante-huit heures après, ouverture de l'anse au thermo.
Guérison. — La santé générale se remet complètement, le malade recommence à chasser et à mouler à cheval.
Siiiles éloignées. — l'cMidan! le courant de 1910. il se fait à diverses reprises de petites hémorragies par l'anus naturel ; vers le mois di; septembre, le malade est pris de sciatiqne à droite, puis à gauche; les douleurs finissent par devenir telles
HEMU HAKTMANN
qu'il est immobilisé; il se cachectise peu à peu et succombe en mai 1914, sans jamais avoir éprouvé de troubles du côté de l'appareil urinaire.
Examen hislologiqiie du fragment prélevé sur la bague enserrant le rectum par M. Lecène : Les coupes montrent des boyaux épitliéliaux infiltrant du tissu conjonclif et musculaire lisse. Ces boyaux épitliéliaux, semés sans ordre dans le tissu conjonctivo-muscidaire, sont formés par des acini (rès typiques, tapissés de cellules épitliéliales cubiques, tout à fail send)lables à celles des acini prostatiques normaux. Celle structure d adéno-carclnome est tout à fait spéciale et permet d'assigner une origine prostatique au néoplasme (fig. 78).
Dans ce cas tout faisait penser à un cancer du rectum : l'âge, l'absence de tout phénomène urinaire pathologique, les écoulements par l'anus, le ténesme, la difficulté des garde-robes, la constatation d'un rétrécissement formant tumeur.
Aussi plusieurs de mes collègues, et non des moindres, MM. Quénu, Nélaton, qui avaient vu le malade, avaient-ils, comme nous, porté le diagnostic de rétrécissement cancéreux du rectum. Les avis ne différaient que sur l'opportunité ou l'impossibilité d'une opération radicale.
La tentative que nous avons faite, en nous montrant que la sténose était déterminée par d'épais cordons partant des parties postéro-latérales de la prostate et encerclant la terminaison du rectum, l'examen histologique établissant l'origine prostatique de ces cordons, ont permis de préciser la nature exacte des lésions.
A aucun moment le malade n'a présenté de troubles urinaires, mais, tout comme dans les formes habituelles de carcinose prostato-pelvienne, il a souffert, pendant la période terminale de la maladie, de douleurs sciatiques, uni puis bilatérales.
QUELQUES RÉFLEXIOIVS A PROPOS DE 47 OPÉRATIONS POUR TUMEURS DE LA VESSIE
Par Henri Hartmann.
A diverses reprises nous avons eu l'occasion d'observer des néoplasmes vésicaux, résultant de Fenvahissement secondaire de cet organe par un carcinome primitivement né dans un organe voisin, prostate, utérus, partie terminale du côlon pelvien.
Jamais nous ne sommes intervenu pour des cancers du col utérin envahissant la cavité vésicale ; pour les cancers colo-vésicaux, nous nous sommes borné à une opération palliative, la colostomie iliaque ; pour les cancers prostato-vésicaux, 2 fois nous avons ouvert la vessie, curetté l'ulcération, puis enlevé la prostate par la voie trans vésicale. Nos deux malades ont guéri opératoirement mais la récidive a été rapide et au bout de quelques mois les hématuries et la cystite ont reparu.
Laissant ces divers cas de côté, nous limiterons notre étude à celle de 47 opérations pour néoplasmes primitifs de ta vessie.