I. — • Mygmes de la vessie
Nous n'avons eu qu'une fois l'occasion d'observer un fibromyome de la vessie '. Il s'agissait d'une femme que notre ancien maître Terrier avait opérée une première fois, avec notre aide, que nous avons réopérée pour une récidive et qui finalement a succombé, un an après la
1 Nous ne donnerons <iu'un court résumé de celle observation (jui a paru //2 exlenso dans Terrier et Hartmann, Les myornes de la vessie, Revue de c/urur(jie, IS'jr,, l. XV, p. 181.
-"«^ HENRI HARTMANN
seconde intervention, à une récidive ayant perforé la paroi abdominale :
Obs. I. — E..., fiO ans, prise en avril 1890, d'envies fréquentes d'uriner et d'hématurie abondante avec caillots. Par le toucher vaginal combiné au palper hypogas-
Fir.. 79. — Myùmes nuilliples de la vessie ; un inyôme cavilaire énonnc fait saillie
à travers la paroi abdominale ulcérée.
tri(jue, on seni dans la vessie une Innienr du volume d'un petit œn f, bien limitée, dure, arrondie, donnant une sensation identique à celle que donnerait un fibrome utérin.
8 juin 1890. — Taille /jypor/a.ç//'/(///^',énucléalion delà tumeur principale et de deux autres plus petites, une du volume d'un pois, l'autre du volume d'une noisette, situées au voisinage de la première, dans la région du trigone et, comme elle, développées dans le tissu sous-muqueux.
TUMEURS DE L.\ VESSIE
Ix'i I limeur, incrustée à sa surface do sels calcaires, a été examinée histologiqucment par notre regretté collègue Albarran ; il s'agissait d'un myomo pur.
Pendant un an, santé parfaite, puis de nouveau mictions fréquentes, hématurie, douleur. Le 19 août 1891, nous constatons d(> nouveau la présence d'une tumeur du volume d'une mandarine dans la partie gauche de la vessie.
±2 août 1891. — Deuxième taille hi/pogaslriqite, énucléation de la tumeur; à l'examen microscopique, myome pur.
En avril 1892, la malade revient, la cicatrice s'est fistulisée, une tumeur s'est développée de nouveau, on l'enlève par morcellement et l'on constate que toute la partie gauche de la vessie, y compris la région antérieure, est épaissie.
En juillet la peau s'ulcère et, au-dessous de bords décollés, amincis, comme éclatés, apparaît une tumeur, en partie sphacélée.
^"2 juillet 1892, mort, autopsie. — Une énorme tumeur est implantée sur le fond et la pai'oi latérale gauche de la vessie; elle fait saillie dans sa cavité et émerge par l'ulcération abdominale ; 2 tumeurs plus petites foni saillie sous le péritoine (fig. 79).
Aucune généralisation. Au microscope, toujours fibres musculaires lisses avec une infilti-ation embryonnaire de la couche immédiatement sous-épithéliale.
Dans le mémoire que nous avons publié en 1895, nous avions réuni 16 cas de myomes vésicaux ; Cassanello ^ en 1903 trouve (î nouveaux cas, auxquels Rafin 'en 190.5, dans un rapport très étudié, ajoute encore G nouvelles observations. Le total des cas publiés aurait été à ce moment de 27, dont 21 opérés.
En 1910, Heitz-Boyer et Doré, à propos d'un fait personnel, rassemblent les cas plus récemment publiés et arrivent à un total de 33 observationsGomme on le voit, le nombre des cas augmente peu à peu, mais extrêmement lentement. Il s'agit d'une variété de tumeur rare ; c'est ce qui nous a engagé à donner ici un court résume de notre observation.
Ces myomes semblent se développer également dans les deux sexes, à un âge des plus variables, de 12 à 74 ans.
Comparables aux myojnes utérins, les myomes vésicaux naissent dans l'épaisseur de la couche musculaire de l'organe. Ils tendent le plus souvent à s'encapsuler, et, vu le peu d'épaisseur de la tunique muscu-
' HiNALDo CA^^SANI•:LI,o, ( loîd tI bii llo II aual oino-patlioioglquc et cliniciiie à i'éliulc (les myomes de la vessie, ^l/î/?. des mal. des org. gén.-iirin., U)03, p. J ll.
2 Rafin, Traitement chirurgical des tumeurs de la vessie. Associolion franç. d urologie, v.m.
" Heitz-Boyf.h et Dori';, Tumeurs musculaires lisses de la vessie, Ann. des mal. des organes génilo-urinaires, Paris, liHo, n»* 22, 2.3 et 24:.
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laire vésicale, ils font rapidemont saillie vers I nné ou l'autre de ses laces, méritant, suivant les cas, le nom de myomes cavitaires, les plus fréquents, ou celui de myomes excentriques, les plus rares. Suivant que leur point d'origine est en rapport avec le péritoine ou avec le tissu cellulaire du bassin, les myomes excentriques tendent à se pédiculiser vers la cavité péritonéale ou, au contraire, se développent dans le tissu cellulaire, comme le font les myomes utérins intra-ligamentaires.
La région de la vessie qu'ils occupent, de même que leur volume,
est des plus variables. Leur forme est arrondie, plus ou moins lobulée ; ils sont encapsulés et présentent les caractères anatomiques des myomes. Dans quelques cas, ils sont partiellement enflammés et présentent dans certains points une infdtration embryonnaire qui a pu faire croire cà une dégénérescence sarcomateuse. Exceptionnellement, ils sont envahis dans leurs parties superficielles par un épithélioma greffé à leur surface.
Cliniquement, le myome excentrique ne se manifeste que par la présence d'une tumeur à développement lent et progressif, entraînant de la fréquence et un peu de difficulté dans les mictions. Il peut, par suite de son siège, être cause d'uronéphrose ou de dystocie.
Le myome cavitaire présente réunis les symptômes habituels des néoplasmes vésicaux (hématurie, cystite, etc.) et les signes physiques d'un fibrome utérin.
Le traitement sera pour les myomes excentri([ues celui des tumeurs abdominales en général. Les myomes cavitaires sont enlevés par voie transvésicale après taille hypogastrique ; lorsqu'ils sont très volumineux, on peut les morceler, en les évidant tout d'abord à leur centre.