Celebrabo te in populis, Jehova
Remarquez que dans le LVIL, il y a »5-x au lieu de sn, et que la Vulg. a rendu les deux par Domine. Cela ferait croire le LVII° plus récent, il a peut-être été composé quand on commença à substituer pour la prononciation Adonai à Jehova.
[f° 150 v.] 7. Exaudi nos.
[Rapprochez du v. 13. Il se transporte avant la victoire et demande ce
(a) [En marge] Remarquez le rapport de cet exorde (lieu commun) avec Eructavit cor meum... [ps. XLV, cf. supra p. 127]. Exorde dans le genre des poètes profanes qui commencent leurs odes par dire que leur cœur s’enflamme, etc... un feu divin m’enflamme, etc. L
Remarquez la réunion en ce premier verset [v. 2] des deux mots =1# et ges comme dans le titre, et dans le même ordre; cela confirme beaucoup le sens qu’on
leur donne de voix et d’instrument, d'autant plus qu’immédiatement après, le poète parle d’instruments. é É
CVIIT (1) Cf. Genebrard, 697. — Comparez CVIII, v. 2-6, et LVII, v. 8-12;
et OVIII, 7-14 et LX, 7-l. È ee fé ï
. (2) C’est aussi ce qu’explique Genebrard, qui expose ainsi la seconde hypo-
thèse : Les instruments « peuvent être représentés répondant par prosopopée…. Réveille-toi, cithare ; je me réveillerai, dit-elle etc. » (63).
Psaumes Choisis 243
qui est arrivé. Ici cela n’a pas de difficulté, car il se transporte au temps passé: mais souvent cela n’a pas lieu] (b).
8. Deus locutus est in sancluario suo, exsultem, dividam Schekem, et vallem tuguriorum metiar.
Un pied isolé, en trait exsultant (selon le sens du mot ; comme en l’'Exsurgat). Le rythme de ce ps. est abrupt, comme celui des anciens ps. Je pense que ce qui suit Dirit, c’est en la bouche de Dieu (3), et non du psalmiste... Succoth est ie nom d’une ville de la tribu de Gad (4), mais je pense qu'il s’agit de quelque vallée proche de Sichem.
[A propos de wx7 11y# ] [Mots vagues, dans le goût oriental, rempart, tête, etc. sans préciser. Peut-être la couronne; peut-être l’oreiller.. Peut-être couronne en forme de créneaux, comme Cybèle. Cela fait peut-être allusion aux montagnes d’Ephraïm] (c). Ceci ferait croire que les verbes dividere… dans le v. précédent n’indiquent pas une invasion hostile, mais une simple possession; car ici nous voyons des tours synonymes appliqués aux tribus fidèles.
10. Moav pelvis lotionis meae, super Edom projiciam calceum meum, super Peleschetl jubilabo.
Parce que celui-ci (d) est un pays conquis (les autres du v. 9 ont des dénominations honorables). Peut-être y a-t-il continuation entre les deux premières images, il se lave les pieds en Moab, et en se déchaussant, il jette sa
chaussure sur Edom. Mais cela fait plutôt allusion à un usage (V. Genebr. p. 334 et 719) (5). Voyez sur alienigenae la note de Genebrard, p. 719, et sur la variante équuwbnouv, dxetéynouv (V. ps. LX) (6).
(b) ] En marge.
(c) ] Plus. add. interl.
(d) [Add. interl.] et la Palestine.
{3) Cf. Genebrard, 1b. ‘
(4) Au ps. LX, v. 7, Genebrard commente la traduction de la Vulg. « Et convallem tabernaculorum metibor » (328) en ces termes : «Il s’agit des tentes des Arabes... D’autres préfèrent prendre Succoth pour le nom d’une localité dans la tribu de Gad au-delà du Jourdain, Gen., XXXIII, v. 18» (330).
(5ÿ Genebrard : «In Idumaeam extendam calceamentum meum». «Je la foulerai aux pieds ». « C’est un proverbe signifiant la servitude la plus basse. Cependant certains y voient une allusion à une coutume usitée autrefois dans les échanges et les contrats (Ruth, IV). On donnait un soulier par manière d’acquit. Je jetterai mon soulier à Edom : je réduirai Edom en mon pouvoir » (328, 331 697, 699). RE Re RL :
(6) « Par alienigenae, les Sept. entendent les Palestiniens ou Philistins, qui seuls des habitants de la terre de Chanaan y étaient étrangers quand les Israëlites l’envahirent ; ils y avaient fait irruption eux-mêmes en venant de Cappadoce, et avaient expulsé ou détruit les anciens aborigènes (Deut., II). Dans quelques manuscrits grecs on lit au lieu de £épuuwônoav, dretéynouv » (699). C’est ce qu'a le ps. LX, au v. 10 : « Mihi alienigenae subditi sunt » (Cf. encore Genebrard, qui rend attentif à la variante du ps. CVIIT, 328, 331).
244 Exégèse Biblique
[f° 151 r.] Z1. Quis ducet me (ad) civitatem munimenti? Quis ducet me usque ad Edom?
Probablement il y avait en Edom des forteresses célèbres. 18. Da nobis auxilium ex angustiis.
Peut-être demande-t-il ce qu'il a obtenu, selon l’usage hébraïque, comme en Converte, De, captivitatem nostram (7).
— Il nous est assez difficile d'apprécier ce ps. Il est formé de deux fragments, pris le premier (v. 1-6 inclus.) du ps. LVII, et le deuxième (v. 7-14) du ps. LX. Il faut donc croire que l’un des deux psaumes a été copiste; or il est certain que c’est celui-ci, car on conçoit qu’on ait composé un ps. de deux fragments d’autres ps., mais on ne concevrait pas que deux ps. différents pour la circonstance et le sujet comme les ps. LVII et LX se fussent accordés à copier exactement les deux moitiés de ce ps., l’un prenant juste où l’autre a fini. D'ailleurs les deux ps. LVII et LX étant assez rapprochés, cela expliquerait comment le compilateur a puisé en eux deux.
Voici une idée qui m'est venue à cet égard, et par rapport aux autres ps. compilés. La vraie manière d’envisager le livre des ps. étant de le considérer comme un recueil de chants, et pièces diverses, il serait fort singulier que le nombre de ces pièces eût été juste de cent cinquante, ce nombre est trop [f° 151 v.] rond, pour qu'il n’ait pas été arrondi de main d'homme. Voici donc ce qui sera arrivé : le rabbin collecteur aura trouvé, je suppose, cent quarante-sept ps., puis il aura désiré (ce qui est tout à fait juif) qu'il y en eût cent cinquante, pour faire un compte rond. Pour réaliser son désir, il aura pris et collé ensemble des lambeaux d’autres ps. pour en former le nombre complémentaire. Voilà comme je conçois la possibilité de ces centons; car ils ne sont pas probablement de l’époque créatrice, mais bien de l’époque collectrice. Cela se touche surtout en ce ps. où les deux fragments sont de deux ps. fort rapprochés. Le rabbin compilateur aura lu ces deux ps. presque consécutivement, et l’esprit frappé du Paratum cor, il l’aura collé à la fin [lisez : au début] du ps. LX.
Une chose bien remarquable en ces ps. compilés, ce sont les variantes considérables qu'on remarque entre la copie et le ps. copié. Cela est remarquable surtout dans le ps. CXXXV (8), où il y a une compilation moins servile, et plus de composition. Pour celui-là, je l’expliquerais, en supposant que le compilateur a composé de mémoire; mais cela ne peut s’admettre pour celuici, où il n’a été que copiste. L’induction qui en ressort, c’est la grande latitude des Hébreux dans leurs pièces littéraires, et combien elles admettaient de leçons différentes, tournoyant autour d’un même sens. C’était comme une
(7) C’est le v. 4 du ps. CXXVI, étudié supra pp. 165-168. (8) Cf. supra p. 186.
Psaumes Choisis 245
chanson populaire, non écrite, où l’un dit d’une façon, l’autre de l’autre. — Les variantes des v. 1, et 10, sont surtout remarquables, en ce qu'il semble que le copiste ne comprenait pas ce qu’il copiait, car il est évident que la leçon du ps. LX sur le verset 10° est fautive (9), et que le copiste de ce ps. CVIIT s’est trompé sur les vers. 1 et 2 (10). — Du reste, cette considération que c’est le psaume LX qui est fautif sur le v. 10 et non le psaume CVIII, ferait croire que ce serait le ps. LX qui serait l'original; mais cela ne peut être. Et cela s'explique, en supposant que le texte sur lequel le compositeur du ps. CVIIT a copié était bon, et que celui que les Masorètes ou autres ont adopté était mauvais pour le ps. LX. — Remarquez aussi le changement de -v5n [au v. ZI] et [sic] en -sy»# (11) : la ressemblance des deux mots pour les lettres, ferait croire que c’est aussi une inadvertance de copiste, pourtant cela prouve qu'il comprenait, puisqu'il a mis un mot ayant même sens. Je me figure un homme devant un brouillon indéchiffrable, et qui supplée par le bon sens à ce qu’il ne peut lire, qui est effacé, ou autrement, car il ne faut pas croire que les anciens eussent du papier clair et net comme le nôtre. Leur écriture avait d'énormes imperfections. x
[f° 152 r.] Il n’en est pas moins vrai que ce ps. pris en lui-même est fort beau; cela peut paraître singulier, car nous n’imaginons pas comment de deux lambeaux d’odes on peut former une belle ode : mais cela vient de ce que ce ps. n’est proprement pour le corps que le ps. LX, auquel on a donné un autre exorde (e); cet exorde en effet est général et peut s’appliquer à tout. C'était probablement un morceau de lieu commun, comme les Hébreux en avaient beaucoup; ainsi le tableau du Sinaï et du Pharan, la marche de Jéhova (Bénédictions de Moïse (12), ps. L (13), ode d'Habacuc (12) etc...). Probablement le ps. LVII l’aura pris lui-même de ce réservoir commun (f). Considérant ainsi cet exorde comme n’appartenant pas proprement au ps., le ps. CVIII a le même sujet que le ps. LX; c’est un chant de victoire de
(e) [Renan réitère en marge cette conjecture qu’il autorise en rappelant le] peu de précision avec laquelle [sic] les morceaux de la littérature hébraïque étaient transmis.
(f) [En marge] Du reste le ps. LVII est aussi lui-même un cantique de délivrance (14).
(9) « Tu cries sur moi, terre des Philistins », au lieu de : «Je crierai sur la terre des Philistins », que donne ps. CVIITI, 10.
(10) Lisez: v. 2 et 8. L'erreur du ps. CVIIL est d'écrire AN (aussi), au lieu de ny (réveille-toi), et de rattacher 371535 - AK au v. 2.
(11) Ici encore Renan paraît s'être trompé; c’est le ps. LX qui porte y, et le ps. CVIII, -yÿ5t . Il faut donc comprendre l'inverse de ce qu'il écrit.
(12) Renan avait étudié ces morceaux sous la direction de Le Hir pendant le second semestre de 1843-1844.
(13) Cf. supra, p. 189 et n. 4.
(14) Son titre l’attribue à David fuyant Saül et réfugié dans une caverne.
David, probablement dans la circonstance indiquée dans le titre (15) (V. I1 Rois, VIII, 10 qui éclaircit un peu; on y trouve les mêmes noms propres (16)), c’est peut-être pour la circonstance dont il est fait mention en cet endroit du Livre des Rois, quand David consacra à Dieu les dépouilles (17). Quoi qu’il en soit, il paraît par cet endroit et surtout par le v. 13 (18), que l’on attacha un certain prestige poétique à cette victoire. Il paraît par le commencement du ps. LX retranché, que cette victoire avait été précédée de tribulations: du reste les Hébreux aimaient ainsi en célébrant quelque prospérité, à rappeler d’abord le malheur passé; peut-être même le faisaient-ils, quand ce malheur n’avait pas précédé immédiatement. — Ces idées n’apparaissent dans le ps. CVII que dans les v. 12 et 13, et même le v. 7, qui ne s’expliqueraient pas sans cela. — Prenons donc ainsi l’argument de ce ps. : Ode de David pour plusieurs victoires remportées sur les peuples voisins, après des désastres antérieurs.
Dans le v. 7, le poète... prie Dieu, selon l’usage hébreu, de faire ce qu’il a fait, de délivrer le peuple. Puis il suppose sa prière exaucée, soit qu’on place dans la bouche de Dieu, ou dans la bouche du poète ce qui suit : Locutus est. Il se peut que les premiers mots soient comme [?] dans la bouche de Dieu, puis qu’insensiblement le poète l’oublie, et vienne à parler en son propre nom. Les Hébreux font souvent cela, ou plutôt ils ne distinguent pas les deux discours, comme dans le grand cantique du Deutér. (19), où il est si facile [lisez : difficile] vers le milieu de fixer la fin de chaque discours. C’est peut-être un tort de chercher à le faire, [f° 152 v.] les Hébreux n’en ayant pas l’idée. Quoi qu'il en soit, dans les v. 7-10, le poète célèbre ses victoires sur divers peuples (g), et les énumère avec une grande variété de tournure. (Remarquez la position peut-être unique dans toutes les littératures, un poète qui chante ses exploits. D’ordinaire la personne du poète est bien séparée du héros, et il se met toujours en relief; c’est même de cette application d’une personnalité sur une autre que dérive une partie de l’essence de l’ode). Il faut croire par le v. 11 que l’Idumée n’était pas encore parfaitement soumise, quoiqu'il l’ait regardée au v. 10 comme sa possession. Peut-être ce verset est-il
a (g) [En AR Et pe Fe l’étendue de son empire sur toutes les ribus, spécialement sur celles du Nor ue peut-être la Syri i 1 (Y. 11 Rois VID). si p yrie avait conquises
15) « Qua 1 1 é i ï RE nd D (16) Notamment les noms du lieu de la bataille, du général israëlite et des ennemis (Tsoba).
(17) II Rois, VIII, 10-12. Ru des Rois : «David s’acquit aussi un grand nom (19) Deut., XXXII. Voir par ex. les v. 31, 33, 35, pour lesquels Le Hir et sa
Sn il eu de la peine à dire à quoi rapporter les affixes (vol. 11480, fos 489 e )e
Psaumes Choisis 247
aussi une formule pour dire qu’il en est maître. Dans les v. 12 et 13, il attribue à Dieu la victoire, selon le goût hébreu dans toutes les odes de victoire, et cela me fait croire que le v. 11 exprime un passé: Qui duxit me... Au v. 13, il prie Dieu de délivrer le peuple, mais c’est là une pure formule de lieu commun, qui ne suppose pas nécessairement que le peuple fût encore (ou même eût été) dans l’affliction. Le v. 14 est la conclusion, et renferme l’idée originale de la poésie hébraïque: Dieu vainquant dans toutes les victoires. — Le rythme de ce ps. est peu rigoureux, comme dans les anciens ps. La comparaison de la ponctuation de la copie et des originaux pourrait mener à quelque résultat; je n’oserais pas assurer ferme que la composition du ps. tel qu’il est avec ses deux fragments, ne fût pas ancienne et non rabbinique. Le titre porterait à le croire. :
Traduction.