Os illis, et non loquuntur, oculi illis, et non vident
Lieu commun de dérision des Juifs pour les idoles, comme ceux de nos prédicateurs contre les vanités du monde, etc. Voyez idem dans le ps. CXXXV (3), juste vingt psaumes après celui-ci.
6. Aures illis, et non audiunt, nasus illis, et non odorantur.
7. Manus eorum, et non palpabunt, pedes eorum, et non ambulabuni, non loquuntur in gutiure suo.
Dans le troisième membre, le tour est changé (b).
9. Yisrael, confide in Jehova, adjutor (auæxilium) eorum et clypeus eorum ille.
[Les seconds membres de ces versets formaient peut-être la réponse du chœur, voilà pourquoi les affixes sont d’une personne différente, ce qui
… (a) [Add. marginale, qui devient interl. au mot trait] (Idée familière aux Hébreux : dixit et facta sunt (2) etc., fiat lux... voilà le premier trait, dont tous les autres sont la copie).
... (b) [En marge] Comparez avec ceci le v. 17 du ps. CXXXV (4). Là aussi à cet endroit le tour est changé; peut-être cet endroit servirait à rectifier ce v. 17, comme les deux ps. CVIII et LX se rectifient l’un l’autre; ce qui prouve encore l’incorrection graphique de ces anciens monuments (5).
OXV (1) Il s’agit sans doute du ps. XLII (Ywemadmodum desiderat), v. 11 : « Dum dicunt mihi per singulos dies : Ubi est Deus tuus? » (Vulg).
(2) Ps. XXXIII, v. 9: «Quoniam ipse dixit, et facta sunt» (Vulg.). — Lowth, examinant le thème de la parole créatrice, rapporte la citation de la Genèse, et à sa suite des textes prophétiques (ps. CXLVIII, 5 et XXXIII, 9) qui ont rendu «la même idée poétiquement, et avec non moins de force et de magnificence » (I, 300-302).
(3) Renvoi indiqué en marge de la Vulg., avec mention du v. (15).
(4) Cf. supra, p. 186.
(5) Cf. supra, pp. 242 et sea.
Psaumes Choisis 253
devient même alors une élégance. Il en est peut-être de même de la forme du reste du psaume] (c).
[f° 156 v.] 75. Benedicti vos a Jehova, qui fecit caelos et terram! 16. Caeli, caeli Jehovae, et terram dedit filiis hominis.
On trouve au ps. CXLVIII, v. 4 l'expression pinw ww (6), idée toute juive. [Le ciel des cieux, demeure de Dieu : et non le ciel inférieur qui est encore de la terre, et donné aux hommes (7) ] (d). La Vulg. a traduit d’après cette leçon ici (8), et je crois que c’est ainsi qu'il faut lire, car... le style de ce ps. est trop correct et trop moderne pour admettre une pareille irrégularité (9) s’ils étaient en construit. Or l’emploi de l’article devant le premier et non le second, prouve évidemment qu'ils sont en construit. — Ce v. fait une suite remarquable avec le verset précédent, et en est une belle explication. Idées matérielles populaires, sur le ciel, séjour de Dieu.
[Renan préfère la leçon qui met l’Alléluia à la fin de ce verset, à celle qui le met] en titre du verset suivant (10). Il n’y a rien de constant en ces ps. pour cela, voyez les précédents où tantôt il commence, tantôt il finit (11). Peut-être devrait-il toujours ou commencer, ou finir, comme en la Vulgate, où il commence toujours. — Il est assez difficile de dire qui a raison de ceux qui lient ce ps. au précédent ou de ceux qui le séparent. [Suivent les raisons des deux partis (12)]. Je crois qu’on peut les concilier, et tout expliquer, spécialement l’omission de l’Alléluia [en tête du ps. CXV], en supposant que le ps. CXIV fut composé d’abord, puis que [f° 157 r.] postérieurement quelqu'un, trouvant peut-être qu'il finissait un peu brusquement, voulut le con-
tinuer, et sentimentaliser à son sujet. Car en effet il y a entre les deux une
(c) [ JEn marge.
(d) Ha] Peut-être le premier schamayim est-il pour rappeler le v. DIEU dent... fecit caelos et terram, caelos, inquam, caeli sunt Jeho <<vae> et terra.
(6) Exactement pHw7 °Hw, indiqué avec la référence par Buxtorf, au mot pirw (820-821).
(7) Cf. Genebrard : « Dieu s’est réservé le suprême empyrée des cieux pour sa cour royale etc... » (743).
(8) « Caelum caeli Domino ».
(9) À savoir Ent D‘dwA , au lieu de y .. (en construit).
(10) Qui est le premier du ps. CXVI. Cf. CCC e «Les Sept. ont reporté l’alleluia au ps. suivant, comme épigraphe et titre » (744).
(11) En réalité, un Alléluia commence le CXIe, le CXIIe, commence et finit le CXIIT.
(12) Cd qui joint le CXVe au CXIV®, s’autorise des Sept. et de Kimhi. Il fait encore remarquer, que le psaume précédent, s’il n’en était pas ainsi, se terminerait d’une façon abrupte, tandis que celui-ci serait àävextyoapos
254 Exégèse Biblique
différence de ton, le premier est tout faits, le deuxième tout sentiments. Mais les sentiments du deuxième sortent fort bien des faits du premier. Cela s’explique parfaitement en mon hypothèse. Alors les uns l’ont joint au précédent, les autres séparé, et ni les uns, ni les autres, n’ont tort. D’autres coupent encore le ps. au v. 12 (13), et peut-être pourrait-on regarder encore le reste comme une troisième continuation, à laquelle aura excité l’exemple de la première. — Du reste, ce ps. a des caractères assez modernes; la phrase est d’une correction et d’un fini, d’une plénitude remarquable. Le v. 7 seul sent un peu l’ancien. Il renferme aussi peu de difficultés, et rien que des lieux communs élégants, dont l’un emprunté du ps. CXXXV. [Il n’y a pas non plus de Séla] (e). Pourtant, il y a quelques variantes, où l’avantage me semble à la Vulg. (hip, m5) (14). Tous ces caractères, celui-ci excepté, sont de modernité, ainsi que le titre Alleluia (15), qui est en tête des ps. peignés, laudatifs, étendus, larges, modernes.
Quant au ps. en lui-même, il est tout moral et sentimental : ce n’est pas une ode, mais une sorte de fragment (f), sans autre unité que celle de la couleur, et composé de plusieurs lieux communs, fort usités chez les Hébreux. Il a quelques caractères de l’hymne, spécialement les répétitions, vers le milieu. On peut dire qu’au fond, c’est un morceau laudatif.. [Je crois de plus que tout ce ps. est moulé pour la forme dialogique de chœur, comme du reste le ps. CXIV aussi. Cela me confirme encore que celui-ci en est la continuation liturgique, comme chez nous le Gloria in excelsis. Les premiers mots seuls sont authentiques, les autres sont le développement sentimental de l'esprit de ces premiers mots (16). Voyez surtout les v. 9, etc. 4 [sic], 13 [?], 14 etc.] (e) [Pour la variété, le premier chœur disait quelquefois deux vers, ainsi dans le premier verset, le septième etc. — Ce caractère dialogique range ce psaume parmi les hymnes de Lowth (17). Le ps. CXIV au contraire est une ode] (g).
(e) [ ] Interl.
() [En marge] Mot très juste; il n’y a ni exorde, ni conclusion, etc. Cela confirme encore l’hypothèse que je faisais sur la composition de ce psaume. Sa seule division est en tirades et non en membres d’un tout.
(g) [ ] Add. interl., même encre que pour (f).
(13) Cf. Genebrard, 16.
(14) On à vu ce qui concerne Dnw-: Pour ph, la Vulgate avait traduit Domus Israel 1à où l'hébreu (v. 9) porte seulement: Israel. C’était par conformité avec le v. suivant (Domus Aaron) dans l’hébreu. — Genebrard : « ‘Domus manque en hébreu, mais est utile au sens » (741).
(15) Il s’agit de l’Alléluia qui est, dans la Vulg., en tête du ps. CXIV.
. (6) Le Gloria in excelsis Deo (Cf. Luc, II, 14; dans la Vulg. «in altissimis ») se chante à la messe après le Kyrie Eleison, sauf dans certaines circonstances où le sujet est triste (Messes des Morts, Carême). Comme on a trouvé cette doxologie évangélique un peu courte, on y a effectivement joint d’autres paroles purement ecclésiastiques : (Laudamus te, ete., etc.
(17) Cf. Leçon XXIX, et particulièrement : Virgile a « rendu la forme véritable et le caractère primitif de l’hymne, dans le double chœur des Saliens (En.,
Psaumes Choisis 255
Traduction.
15. Soyez bénis de Jéhova, qui a fait les cieux et la terre. 16. Les cieux, dis-je, pour lui, et la terre pour la donner aux enfants des hommes.
[f° 157 v.] PSAUME CXXXIv.
(Ecce nunc benedicite)
1. Canticum ascensionum. — Ecce benedicite Jehova, omnes servi Jehovae, stantes in domo Jehovae in noctibus.
Les Sept. et la Vulg. ont ajouté ici un hémistiche tiré du v. 2 du ps.
- suivant: cela est important; car ce ps. [CXXXV] n’est plus des Degrés, donc
la collection de ces ps. est postérieure à ces versions, donc, etc. etc. [De plus, ils ont joint le dernier mot au verset suivant (1)] (a).
2. Tollite manus vestras (in) sanctuarium, et benedicite Jehova.
— Ce ps. est une formule laudative très apte à terminer la série de prières, à laquelle servaient ces ps. (2) : car ceci me confirme de plus en plus à croire que postérieurement à leur composition, ces ps. furent rassemblés pour une cérémonie quelconque qui se faisait par stations, peut-être l’ascension des quinze degrés du temple, le titre alors s’expliquerait bien, et c’est là ce qui me paraît au fond le plus probable (b). En terminant il est naturel d’avoir quelque chose qui se distingue par la longueur ou la brièveté, ainsi les ps. CXXXII long et CXXXIV bref. Pourtant la brièveté va mieux à la joie, et il paraît par ces ps. et spécialement celui-ci que cette cérémonie était de joie
(a) [L ] Zntert.
(b) [En marge] Le v. 1 ferait croire que la cérémonie avait lieu de nuit (c).
(c) [Zd.] Le rythme ascensionnel est bien suivi, et surtout (ce qui a une élégance spéciale) dans la reprise de chœur du v. 3. ; Le v. 2 termine aussi fort bien les paroles des montants : il paraît que l'usage
d'établir un dialogue du dehors au dedans du temple, que nous avons conservé
pour le dimanche des Rameaux, était fréquent chez les Juifs, v. le ps. XXIV, et Lowth, t. II, p. 95 et 143 (3).
VIII, 285) ». Parmi les psaumes à considérer comme hymnes, le CXXXVI® était ordinairement, selon Esdras, chanté à deux chœurs (II, 242 et n. 1, 243-244).
CXXXIV (1) Genebrard : « In atriis domus Dei nostri : addition des Sept., qui l’ont pris au ps. suivant... » (865-866).
(2) Ib. : «Conclusion et pour ainsi dire épilogue des précédents ps. des Degrés ».
(3) Lowth, Leçon XXVII, à propos du ps. XXIV : «Il paraît que les lévites adressèrent cette ode au peuple, lorsqu'on fut parvenu au sommet de la mon-
256 Exégèse Biblique
et de doux contentement. Ainsi chez nous le Laudate D'um omnes gentes (4). Argument : Simplex Dei laudatio. Je crois que les deux premiers versets comme le reste [?] étaient dans la bouche de ceux qui montaient, et le dernier verset (te) dans la bouche des Lévites de l’intérieur du temple (5). Quoi qu'il en soit, il est sûr qu’il y a là changement de chœur.
[f° 158 r.] PSAUME CXLI
(Dre, clamavi ad te, exaudi me)