‹ Travaux de Jeunesse 1843-1844Chapitre 4 sur 138 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Les écrits que j'édite dans ce volume remontent à la jeunesse d’E, Renan; plus précisément à V'année scolaire 1843-1844, la première qu'il ait passée à St Sulpice de Paris,

À part les Observalions el Foils Psychologiques et quelques phrases isol£es, ils sont inédits, Je les publie sur le ms, (1) ou (pour deux d’entr’eux) sur une copie de farnille, |

ls n'étaient pas, sauf de rares exceptions, difficiles à lire (2), Mais leur diversité d'aspect rendait eur présentation assez malaise,

Dans les uns, Renan est proprement auteur : ce sont des opuscules, où le discours est en général suivi, Dans d’autres, il est surtout lecteur : il analyse un ouvrage, À y accroche #es réflexions, D'autres enfin appartiendraient à un genre intermédiaire,

1 fallait respecter celle variété, sans pourtant risquer, en changeant trop souvent la disposition, de dérouter le lecteur, J'ai donc tendu, dans la mesure du possible, à l’uniformité, en obéissant à quelques principes, que je vais exposer,

L'éditeur d’un chef-d'œuvre court doit et peut publier les moindres détails de son ms.: additions, ratures, corrections, surcharges, variantes. Nous ne sommes pas dans celle situation, Les opuscules que nous avons en face de nous sont l’œuvre d’un jeune homme de vingt ans, qui les écrivait pour lui-même, On est, en pareil cas, assez fidèle quand on reproduit exactement le texte définitif. ,

Est-ce à dire qu’il soit interdit, 4 Non certes, Distinguer du corps du développement ce qui y a été ajouté, permet de préserver la clarté du style, ‘ou de signaler une évolution de la pensée, On peut encore mentionner le mot du premier jet, s’il révèle une audace que l’auteur a ressentie, puisqu'il l’a supprimée, C'est ce que j'ai fait, soucieux de ne rien sacrifier d’instructif, et de ne rien admettre d’insignifiant,

l’occasion, d’être plus minutieux?

ne Bibl, Ne, Nouvelles Acquisitions françaises, Fonds Renan, vol. 11479- 11 (Premiers travaux), V1A481 (Notes prises à divers cours), 11492 (Notes et travaux divers).

(2) Il arrive que les feuillets ont été numérotés, en vue de la reliure, dans un mauvais ordre: ainsi pour l’'Homélis sur la Ste Enfance, la suite du f° 622 est à chercher au f° 529 etc,

LA

VIII Avertissement de l'éditeur

Cette règle m'a guidé aussi dans l'édition des Notes que Renan a mises sur le papier en lisant ou en étudiant un ouvrage. Le problème, ici, se compliquait. Ces Notes, en effet, n'avaient point toutes le même intérêt. Quiconque analyse un livre peut se borner à dire comment il est composé, quelles en sont les grandes lignes etc. Il peut, en outre, le caractériser et le juger; ces appréciations ont chance de manifester la personnalité de l'analyste, absente jusque-là; au résumé se substitue le commentaire. Renan offre dans ses Notes l’un et l’autre, parfois distingués matériellement, quand il met le second entre parenthèses (Notes sur D. Stewart), parfois, au contraire, intimement combinés, et partant, difficiles à discerner (Sermon sur l'Unité de l'Eglise).

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas dû les reproduire de la même façon. Ce qu’expose un premier Point de Bossuet, ou comment la pensée se suit dans un psaume clair, nous ne désirons pas le savoir, même si c’est Renan qui nous l’apprend, s’il ne nous apprend que cela. C’est lui que nous voulons connaître. Aussi, dès qu’il parle en son propre nom, que ce soit pour louer ou blâmer, contester ou approuver, contrôler, etc., ai-je fait en sorte que le lecteur ne perde rien de ces réflexions significatives. Je lui mets sous les yeux ce qui révèle chez le séminariste des connaissances ou des opinions, un esprit, un talent dignes d'observation. Pour le reste, j’ai eu beaucoup moins de scrupule. Non que je l’aie complètement sacrifié : c’eût été trop radical. Privé de son point d’attache ou d’appui, le texte publié serait devenu souvent obscur, parfois inintelligible. Il est vrai qu’à défaut de l’analyse, je pouvais renvoyer à l’ouvrage même. Mais il n’est pas bon pour un livre, qu'il ne puisse être compris, si l’on n’en a pas sur sa table plusieurs autres (3). L’inconvénient, ici, était spécialement grave, vu la difficulté de se procurer un volume comme celui de Cavour.

Il fallait donc, semble-t-il, que l’ouvrage analysé fût assez représenté pour éclairer ce que Renan en écrit, mais non pour grossir fastidieusement cette publication. J’ai essayé de me tenir dans la mesure convenable. J’ai cru, d’ailleurs, qu’elle pouvait varier selon les cas. Toutefois, s’il m'est arrivé d'emprunter au-delà du minimum nécessaire, ç’a été rarement, et non sans raison : soit que le livre analysé fût très peu répandu, soit que le sujet correspondiît à une des principales idées de Renan.

À ce peu d’exceptions près, j’ai appliqué la règle: reproduire le commentaire, et ne retenir du résumé qu'’autant qu'il en est besoin pour comprendre le commentaire.

Une fois admis le bien-fondé d’un départ entre les textes, selon l'intérêt qu'ils offrent, je dirai comment j’en ai usé avec les uns et les autres.

(3) Il sera pourtant très utile de consulter une Bible; pour suivre l’étude sur les Psaumes. Les extraits que je donne des traductions de Renan ne dispensent pas toujours de recourir à ce livre, d’ailleurs usuel.

Avertissement de l'éditeur IX

Les textes caractéristiques de Renan sont reproduits dans leur intégralité. J'ai pu considérer comme tels tous les Opuscules. Dans les Notes, j'ai dû faire un choix. Celles que Renan a écrites sur Cavour, Fragments philosophiques, m'ont paru susceptibles d’être entièrement recueillies; de même pour les brèves réflexions qu’a provoquées la lecture des Annales de la Propagation de la Foi. J'ai, en revanche, pratiqué certaines coupures, qui m’ont semblé sans inconvénient, dans les Notes sur D. Stewart et dans l’analyse du Sermon sur l’Unilé.

Quant aux résumés d'ouvrages, j'ai utilisé en général l’analyse ou la , Citation telles que Renan les a faites. Dans les Notes sur D. Stewart, et très rarement ailleurs, j’ai dû, pour plus de clarté, combiner avec le résumé de Renan des extraits appropriés du texte original. Est-il besoin de dire qu'ici bien plus que dans le commentaire personnel, j’ai consenti à des omissions? Je n’ai pas non plus hésité à abréger encore le résumé de Renan, dès qu'il s’étendait à des considérations sans importance (4).

Spécialement délicate était la présentation du travail sur les Psaumes. Pas plus que pour les autres Notes, je ne pouvais songer à le publier in extenso : tout, il est facile de le comprendre, n’a pas le même prix dans cette sorte de « devoir de vacances ». Mon choix allait-il se borner à la Traduction française et au Commentaire final? J’aboutissais ainsi, assurément, à une publication plus légère et plus lisible. Mais je renonçais à une foule de remarques parfois essentielles, que Renan a consignées à propos de chaque verset.

J'ai pensé qu'il valait mieux, jusque dans cette partie, retenir l’important et sacrifier l’insignifiant : même si l’un s’est trouvé dans l’Analyse grammaticale, et l’autre dans le Commentaire. Cas, au surplus, peu fréquents. Pour l'ordinaire, l'explication de détail a donné lieu à plus de coupures que l’appréciation d’ensemble.

Quant aux versions, la Traduction latine méritait une place, au même titre que les citations d'ouvrages (pour aider à comprendre les Notes de Renan), mais en outre, parce qu'elle éclaire le sens que celui-ci a donné au texte hébreu. Je l’ai donc transcrite, là où elle remplissait un de ces rôles. La Version française a été, elle aussi, reproduite partiellement : soit qu’elle indiquât l’interprétation à laquelle Renan a fini par s'arrêter, soit qu’elle offrîit un exemple caractéristique de son « faire » de traducteur. J’ai même, dans cette vue, donné la version d’un psaume tout entier, parce qu’il estimait l'avoir « bien traduit » (5).

Je ne me dissimule pas, au surplus, que ces décisions peuvent être taxées d’arbitraire. Si pourtant je les ai prises, c’est qu’elles m'ont paru le plus profitables à la publication de ces Travaux de Jeunesse. Il ne m'a pas fallu

(4) Parfois, rien n’indiquait dans le ms. l’occasion de tel ou tel développement de Renan. Je l’ai, quand j'ai pu, fait connaître dans une note.

(5) Le XXXIX®. Cf. infra, pp. 230-231.

x Avertissement de l'éditeur

moins que cette considération, pour que j'ose déroger en quelque mesure au principe dont je suis moi-même pénétré, touchant le respect que l'éditeur doit au ms. Ici le ms. était de telle nature que je ne pouvais le respecter davantage sans tomber dans la superstition.

En fait de variantes, j'ai eu à reproduire presque uniquement celles qu'offre l’imprimé des Observations et Faits Psychologiques. Les variantes de ms. sont très rares. On les trouve dans la Version latine des Psaumes. Parfois Renan, hésitant entre deux mots, a ajouté l’un au-dessus de l’autre, sans rayer celui-ci. J’ai mis en second, et entre parenthèses, le mot interlinéaire (6).

Ceux des accidents du texte (premières rédactions etc.) que j'ai cru bon de signaler, sont désignés par des lettres. Je les ai rejetés à leur place ordinaire, avant mes notes. On y trouvera surtout des additions (7). Le travail ms. sur les Psaumes, notamment, est abondamment surchargé. Il l’est même au point que, si toutes les additions avaient dù être mises au bas, elles auraient alourdi l’apparat excessivement. J'ai donc maintenu dans le corps du texte celles qui pouvaient y figurer sans rompre ou embrouiller le fil des idées. Elles sont entre crochets.

Le même signe est employé pour encadrer des passages, généralement courts, que l'éditeur a insérés dans les analyses, quand il lui a paru utile de résumer un développement, d'établir une liaison, de fournir une explication ou une précision. Pour éviter toute méprise, ces interpolations sont en italiques. On verra, à l'usage, qu'elles n’offrent pas d’inconvénient, et qu’elles rendent le développement plus rapide ou plus clair. Egalement en italiques, mais sans crochets, sont les résumés et analyses transcrits du ms.

Quant aux omissions, elles devaient être normalement représentées par des points de suspension. J'ai veillé à ce qu'il en soit ainsi partout, sauf en deux endroits: dans l’Analyse des Fragments Philosophiques, et dans l'étude des versets psalmiques. Ici et là, en effet, les omissions sont si considérables que l’aspect du texte aurait trop pâti d’un tel pointillage. D'ailleurs d'autres indices les signalent (8).

(6) Les autres parenthèses qu’on trouvera dans cette Version, appartiennent à Renan; elles enferment les mots qu'il n’a pas pu, pour traduire, ne pas ajouter au texte hébreu. Comme, dans le cas d’une variante, les deux termes qui se suivent ont un sens analogue, aucune confusion n’est à redouter.

(7) Le point d’insertion en est parfois marqué sur le ms. par une lettre ou un signe, mais presque uniquement quand l'addition est au haut ou au bas du feuillet. Le plus souvent, elle est jetée en marge ou dans l’interligne sans autre précaution. Je la rattache à la phrase qui s’y prête le mieux, soit par sa place, soit par son sens.

(8) En effet, j’ai mis après chaque extrait des Fragments, comme des autres ouvrages, le n° de la page correspondante du volume. Renan, de son côté, a commencé par numéroter ses remarques en face de chaque verset des Psaumes.

Avertissement de l'éditeur XI

I suffit donc, en pratique, de savoir que les italiques correspondent à une

analyse ou à un résumé (dû à Renan ou, s’il y a des crochets, à l’éditeur), et les caractères ordinaires, au texte personnel de Renan.

Dans le ms., une croix surmonte le début de chaque travail: je l’ai omise. Les adjectifs numéraux y sont désignés d’une façon variable; un mot comme Septante y est écrit soit en toutes lettres, soit en abrégé, soit en chiffres (70). J’ai uniformisé le plus que j’ai pu. Pour indiquer, par exemple, les chapitres des Livres bibliques, j’ai employé des chiffres romains, au lieu que Renan use ordinairement à cet effet de chiffres arabes.

Assez souvent, il ne termine pas ses mots. J’en ai restitué la fin, sauf quand il s’est agi de titres d'ouvrages, ou de locutions que nous avons plus ou moins l’habitude de lire en abrégé (par ex. pour par exemple, etc.). Les lettres rétablies sont en italiques, ou, si le mot est lui-même en italiques, en romains.

J’ai imprimé également en italiques les mots, formules ou passages, citations, titres, etc., qui ont coutume de l'être, soit que Renan les ait luimême soulignés, soit qu'il les ait écrits en lettres droites, ou même — ce qui est le plus fréquent — qu'il ne les ait pas différenciés du tout.

Le ms. n’est pas toujours ponctué comme il le serait aujourd’hui. Peutêtre l’est-il plus systématiquement qu'il ne le paraît d’abord. Mais comme on y constate aussi des imperfections évidentes (parenthèses non fermées, etc.), j'ai réformé le tout selon l’usage actuel, sauf en deux ou trois endroits, où l’irrégularité donnait à la phrase un accent ou un mouvement particuliers. Quelques paragraphes étaient trop denses; j’y ai percé des jours en les coupant d’alinéas.

Enfin le texte du ms. offre certains traits de langue ou d’orthographe, sur lesquels il fallait également prendre un parti.

Les lapsus y sont relativement nombreux, comme il est naturel dans des écrits de ce genre. Je les ai corrigés sans autre avertissement, lorsque cette correction allait de soi; mais je les ai conservés en les signalant (par un sic), quand ils m'ont paru révéler quelque chose sur l’auteur, le mouvement de sa pensée, ses obsessions, ou quand la phrase où ils se trouvent est délicate à interpréter.

Quant au lexique, il y aurait, si c’en était ici le lieu, à parler des hardiesses juvéniles de Renan : licéité, théoristique, surprenamment, secter, vergent à,

La lacune peut donc se deviner aux n° sautés. Même après qu’il ne prend plus ce soin, il procède toujours par notes mises bout à bout, selon les difficultés à résoudre : en sorte qu’on sent aisément la coupure sans en souffrir.

XII Avertissement de l'éditeur

exsertion etc., voilà de quoi allonger la liste qu’un critique s’est récemment amusé à dresser (9).

En grammaire, on remarque que Renan écrit chefs-d’œuvres (au pluriel); quoique et quelque en un seul mot, là où nous mettrions quoi que et quel que; quand à; tout, quand nous emploierions toute (« cette chose, comme tout autre »), mais toute là où nous préférerions tout (« toute entière, toute empreinte, foule insolite etc.»). Là encore, j'ai régularisé. J'ai gardé un « quoiqu'il faut avouer », l'indicatif se rencontrant parfois après cette conjonction dans la langue du XVIT siècle.

L'orthographe d'usage est également loin d’être, dans ces Travaux de Jeunesse, conforme à celle d'aujourd'hui. Fallait-il la respecter? Les éditeurs des œuvres posthumes, jusqu’à présent, ne l’ont pas cru (10). Ils ont eu, me semble-t-il, d'autant plus raison que Renan n'’écrit pas constamment iel mot de telle façon (11). Aussi ai-je, ici encore, réformé son texte selon notre orthographe. Mais je donne ci-dessous un aperçu de sa graphie (qui souvent, comme pour les dé- et les ré- , correspond à une prononciation réelle).

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