Sedebas, adversus fratrem luum loquebaris
La Vulg. a lu probablement sw [au lieu de swn |: il est étonnant que les variantes tombent toujours sur les serviles, quoique se ressemblant moins que les autres. Je pense qu'il s’agit du jugement (13), et non tranquillement assis de Genoude (14). L’autre est mieux dans les mœurs juives.
(h) [En marge et dans l’interl.] Je suis persuadé que ce mot CLIS est de trop; c’est quelque inadvertance : remarquez que ce vers. est le onzième qui s'écrit N°, et que la dernière lettre de 7-1 est un 7. Peut-être a-t-on écrit le nom de la lettre pour la lettre, si ceci a été écrit sous la dictée, comme bien des choses le font croire.
COMME ent: ;
(j) [En marge] (On dirait un morceau d’Isaïe).
(11) A propos de la traduction de la Vulg. : « Immola Deo sacrificium laudis », Genebrard distingue de l’offrande solennelle faite par l’intermédiaire du prêtre ce sacrifice tout spirituel (louange, action de grâces, etc...), par lequel on confessait, en regard de la puissance divine, sa propre infirmité, et qui était expiatoire pour tous les péchés. « On entend donc par Toda tantôt une louange, tantôt la confession. Ce dernier sens était celui des Rabbins..…. Selon Kimchi, l’arrivée du Messie mettra fin aux prières, mais non à la confession; aux offrandes, mais non au toda » (282-283). . |
(12) Une Concordance pouvait offrir à Renan vingt-quatre emplois de disciplina dans les Proverbes, douze dans la Sagesse, trente dans l’Ecclésiastique.
(13) Aussi Renan traduit-il : « Assis devant les juges » (f° 111 r.).
(14) Genoude : « Tranquillement assis tu parlais contre ton frère » (186).
192 Exégèse Biblique
[f° 109 v.] 27. Haec fecisli, et silui….
Reprise d’un effet admirable : gravité, véhémence, majesté.
La Vulgate a lu an [au lieu de ane |. Encore mutation facile des serviles les plus dissemblables : cela ne peut s'expliquer qu’en disant que les anciennes versions ont lu comme nous, et que, ou bien les traducteurs ne savaient pas du tout l’hébreu, et allaient au hasard et par à peu près, ou bien qu'ils n’attachaient pas une démarcation si tranchée que nous aux personnes, etc. Si on n’admet pas cette hypothèse, il faut dire que tout cela a été repris, et arrangé par à peu près; car si ce n'étaient que des inadvertances de copistes, comment seraient-elles tombées juste sur les lettres affines de son, et non de forme? J'aime mieux croire qu'ils permutaient ces lettres presque ad libitum, et qu'ils attachaient peu de cas aux personnes; de là ces changements si brusques de personnes.
[f° 110 r.] — Ce psaume est une composition morale, qui a un caractère assez particulier (k). Les pensées du corps du psaume sont dans le goût des livres sapient<<i>aux (16); mais il est encadré dans une forme dramatique, empruntée aux anciens cantiques, et devenue de droit commun dans la poésie hébraïque. On voit que son auteur est un sage, des temps davidiques et salomoniques, très versé dans la poésie hébraïque, et le titre appuie cette conjecture (1). [Le ton des écrits prophétiques (d’Isaïe par ex.) est aussi sensible] (m). — Le parallélisme est très marqué dans le corps du psaume, mais l’exorde qui est un emprunt est empreint des couleurs de l’ancienne poésie, et les périodes sont peu soignées. — Le dessein général du psaume est d’adresser des conseils aux justes et aux pécheurs. En général, c’est assez un usage de la poésie hébraïque et des Ecritures de mettre les justes en opposition avec les pécheurs; de là deux parties dans presque toutes leurs compositions morales (18). — Il se compose de trois parties : 1° d’un exorde, emprunté des anciens cantiques. Il comprend les six premiers versets, jusqu’au Séla (Il est remarquable qu'il n’y a qu'un Séla en ce psaume, et qu'il est juste entre la partie générale et la partie propre du psaume). 2° Du corps du psaume...
(k) [Zd.] (Voyez sur ce psaume Grotius, De ver. rel. christ., 1. V) (15). (1) [Jd.] Peut-être pourtant l’exorde est-il un peu pompeux pour le reste (17). (m) [ ] {nterl.
(15) Cf. supra, p. 190 n. 10.
0) ous AC Le sujet est du genre didactique... Les maximes qu’il renferme sont graves, pleines de sagesse; mais elles n’ont en général rien de relevé ni de brillant » (LI, 200). % “ #1
(17) De son côté Lowth estime que « l’éclat et la majesté admirables de l’exorde se communiquent à toutes les autres parties du psaume » (Ib., 202).
ë 1e) Reproduction d’une note, que Renan avait mise à sa Vulgate en lisant rotius.
Psaumes Choisis 193
3° D'une conclusion : c’est le dernier verset. — L’exorde est la description de la marche de Jéhova, venant parler à la terre, ou, comme ils disent, juger la terre (n). Puis le poète le montre convoquant ses auditeurs. Le v. 5 peut être regardé comme la convocation de son discours : j'appelle convocation, une certaine partie qu'ont toujours les cantiques hébreux, outre l’exorde, et où le poète appelle... pour l’écouter ses auditeurs, et à défaut, le ciel et la terre (o). ...Le corps du psaume... se compose de deux parties distinctes et opposées. Dans la première (v. 7-15 inclus) Dieu parle aux justes d'Israël. [f° 110 v.] Au v. 8, Dieu commence sa morale, et insiste uniquement sur la supériorité de la prière et des louanges (sin) sur les sacrifices sanglants. Cela va bien dans la bouche d’un poète comme Asaph ; c’est une sorte d’exaltation de la poésie religieuse. Cette exhortalion pouvait avoir quelque intérêt circonstanciel ou autre pour le peuple hébreu. Les interprètes catholiques ont - entendu ceci prophétiquement, de la substitution du sacrifice eucharistique (n=5n ) aux sacrifices anciens (19). C’est un jeu de mots fort ingénieux (p). — Dans la seconde partie (v. 16-22), Dieu parle aux pécheurs; il leur reproche... d’avoir cru [que leurs crimes] lui étaient cachés (idée typique, très commune en Job et ailleurs)... Le corps de ce psaume est beau et suivi.’ La poésie est soignée, et grave, le rythme régulier.
[f° 111 v.] PSAUME XVI.
(Conserva me)
1. Carmen aureum. — Davidis. — Cuslodi me, Deus, quia confugi ad te (a).
bh55, mot énigmatique. 1° Gesenius et Leop. de la racine 5h35, et en
(n) [En marge] Remarquez en ce psaume le goût de la poésie hébraïque pour les exordes, préludes, préambules, etc. Voyez encore le Cantique de Débora.
(o) [Id.] Ce psaume préfère aussi appeler Dieu D'Abn que jm ; ce mot ne se trouve qu’au premier verset, encore y est-il pléonastique.
(p) [/d.] Il est sûr néanmoins que ces idées sont singulières et peu dans le cercle juif; elles semblent faire allusion à quelque chose d’insolite: car nulle part nous ne voyons cette préférence si extraordinaire du Thoda, au Zébach [sacrifice sanglant]. Il faut dire au moins qu’il est empreint d’un spiritualisme, qu’on ne trouve qu'aux époques bien postérieures; préférence du bien moral aux rites cérémoniels.
(a) [Id.] Ces demi-versets que complète le titre prouvent l’arbitraire des Masorètes dans la coupe des versets et la distribution des accents : car il n’est pas probable que ces titres soient primitifs.
(19) Cf. Genebrard : « Chrysostome semble avoir entendu Toda du sacrifice de l’'Eucharistie.. It en effet le Toda, comme l’Eucharistie, était un sacrifice non seulement de louange, mais propitiatoire et expiatoire etc...» (283).
rapprochant des vers dorés de Pythagore et des Arabes : Carmen aureum (195
3. Quoad sanctos qui in terra illi, et nobiles (in quibus) omnis delectatio
mea in illis (b).
[f° 112 r.] Z. Non libabo libamina eorum e sanguine...
[f° 112 v.] Libations du sang de la victime, usage des Hébreux, opposé
à celui des Grecs, libation de vin.
5. Jehova portio sortis meae (c) et calicis mei, tu sustentans sortem
meam (d).
Toutes métaphores tirées de la manière dont on tirait au sort l’héritage (3). Calicis mei, synonyme de sorlis meae, mais il faut conserver l’image de coupe : il y a peut-être allusion aux libations du verset précédent. Je pense qu'il y a plutôt allusion à quelque usage hébreu. — Peut-être le mot coupe est-il pris ici par synecdoque pour meubles en général, vaisselle; comme 55 , la part de vaisselle qui me reviendra: Les meubles des anciens, orientaux surtout, étaient presque uniquement des coupes, c'étaient là leurs cadeaux, etc. — Peut-être aussi faut-il l’entendre : la part de vin qui me revient; il ferait allusion à la distribution du vin dans les festins : chacun a sa part... Jéhova Nous voyons ici un exemple du peu d'importance que
est la mienne (e).
(b) [Zd.] Remarquez [à propos du mot hébreu von] l'identité des idées de
volonté, délectation, amour : c’est un théorème de psychologie : tout exercice des facultés affectives bienveillantes est accompagné de douceur.
(c) [/d.] Forme d’idée d’une métaphysique remarquable et d’une délicatesse rare pour les Orientaux : prendre Jéhova pour son partage, prendre un être concret, et non matériel.
(4) [/d.] (Remarquez que l’application qu’on fait de ces deux versets à la cléricature est bien plus heureuse en suivant l’hébreu) (2).
(e) [Zd.] Ce v. fait peut-être allusion à l’usage des Juifs de cacher des sommes en réserve dans le temple pour leurs besoins éventuels : cela rendrait bien le sens de
XVI (1) Leopold (Lex., 1832, 161 b) indique ce mot sous la racine DNh3, après le mot poétique DN3 (que Renan a l’air de prendre pour la racine). Ce dernier terme, selon le lexicographe, signifie « (quod reconditur) aurum»; et pn51 «carmen aureum. Selon d’autres : pour 5h51, scriptum, carmen ». — Gesenius dérive de 5f2# , rend par « scriptum, specialiter carmen », et ajoute : « D’autres rendent carmen aureum, c’est-à-dire pretiosum (de bn3, aurum) ; mais c’est peu heureux (« satis inepte »)» (Lex., 573 b). L'allusion aux proverbes arabes se trouve dans la première édition allemande; maïs ce qui se rapproche le plus de la note de Rene su ee article du Thesaurus (II, 724 a), où Gesenius, en nommant les auteurs de la dérivation qu’il critique (Aben-Esra, Kimchi et plusieurs modernes), explique cette traduction de carmen aureum en rappelant les xevoea nn de Pythagore et les poésies arabes suspendues dans le temple. —— Sur la question de savoir si Gesenius a été une source directe du jeune hébraïsant, cf. Ernest Renan à St Sulpice.
T ef ; i a CT : :
.. (2) La Vulg. en effet traduit le second membre : « Tu es, qui restitues haereditatem meam mihi ».
(3) Le tirage au sort est indiqué dans Lowth.
Psaumes Choisis 195
les Hébreux attachaient à la distinction des personnes. Ainsi : Jehova pars etc. n’est pas plutôt Jehova est pars, que Jehova, tu es pars, et en effet après, ils auraient mis indifféremment, il ou {u. Ils laissaient l’idée dans sa généralité, car au fond, c’est identique : mais nous voulons tout caser. [Cet atta [tu] ainsi isolé a une force et une beauté admirables] (f).
PRTITS ETAGE Portiones (agri) ceciderunt mihi in (locis) amoenis, etiam haereditas placet mihi.
Autre métaphore tirée du partage des terres, comme celles du verset précédent du partage des biens meubles.
7. Benedicam Jehovae, qui consilium dedit mihi, etiam (in) noctibus erudierunt me renes mei.
Le ax [etiam] de ce verset, probablement en regard de son parallèle dans le précédent. Tout cela montre que ce n’est pas seulement dans le parallélisme proprement dit, mais dans la parallélicité, de quelque sorte qu’elle soit, que gît le mécanisme de la poésie hébraïque. Renes mei, métonymie pour animus intimus, comme nous disons mon cœur, mes entrailles sont brisées : les Hébreux faisaient des reins le siège des émotions et des passions (4).
8. Posui Jehova in conspectu meo semper, quia a dextera mea (est), non commovebor (g).
Idée morale, bien spirituelle, et toute chrétienne : ce psaume est remarquable par son spiritualisme.
9. Ideo laetatum est cor [f° 113 v.] meum, et exultavit animus meus, eliam caro mea requievit confidenter.
555 (V. Gen., XLIX, 6) où il est tout à fait synonyme de wss; car l'âme est la plus noble partie de l’homme (6). Les apôtres (Act., II, 25 et XIII, 35) citent lingua, d’après les Septante (7). -w2 est peut-être ici dans
COM ntert
(g) [Au bas du feuillet] Modèle de la manière dont les Hébreux touchent leurs images : celle-ci est très belle : nous autres nous la développerions, montrerions Jéhova debout, la main appuyée sur le juste, l’empêchant d’être ébranlé : eux se contentent d'indiquer la chose, sans prendre les détails. Dans les derniers temps, ils développent plus. V. Lowth, II, p. 10, note sur Ezéchiel, de Michaelis(5).
(4) Cf. Genebrard : « L’Ecriture nomme les reins parmi les principaux organes de l’âme : d’où par métonymie ils sont pris pour l'esprit et ses affections » (82).
(5) Cf. supra, p. 190 n. 9.
(6) Cf. Glaire (Lex., 274 à).
(7) Cf. Genebrard, qui toutefois donne seulement le n° des chapitres des Actes (loc. cit.). Les versets sont indiqués en marge de la Vulg. (Bible de Vatable, 15). En réalité, il n’y a qu’un texte à considérer : Actes, IT, 26.
196 Exégèse Biblique
le sens de anima (V. Glaire, Dictionnaire) (8), ou plutôt c'est l'opposition
d’âme-chair pour le parallélisme.
10. Quia non dimittes animam meam orco, non dabis cultorem tuum videre putredinem. À
sty n'indique pas proprement : quand j'y serai, tu ne m'y laisseras pas, mais tu ne me laisseras pas y aller (9). La suite l'indique aussi. Les interprétations messiaques sont donc des ingéniosités (10). De même le second membre signifie quant au sens : non dabis videre mortem.
11. Nolam fecisti mihi semitam vitae} abundantia laeliliarum cum vultu tuo, gaudia in dextera tua in aeternum.
Ce v. semble supposer qu'il était au fond du scheol, ce qui déterminerait à traduire le verset précédent : non relinques, et à entendre putredinem dans le sens de pour toujours. — Le second membre confirme encore : bonheur de revoir Dieu au sortir du tombeau : l’image est bien plus belle. [Le mot EU du v. 9 appuie aussi ce sens, ma chair se reposera, cela conserve le futur] (h). Il faut avouer que l’application de ceci à J. GC. était bien tentante. Descendil ad inferos (non relinques in orco, etc.) ... resurreæil a morluis (notas mihi fecisti vias vitae) ...ascendit ad caelos (adimplebis me cum vultu tuo...) …sedet ad dexteram (delectationes in dextera tua) (j) etc. (11). Ajoutez que le reste du ps. va tant bien que mal. On dirait que cette fin est faite exprès.
— Ce psaume a des caractères particuliers; il ne ressemble à aucun autre; il n’a rien emprunté, on ne lui a rien emprunté; on voit que ce n’était pas un Cantique populaire, à chanter, mais une pièce de poésie pour telle circonstance de la vie. d’un homme; pourtant il faut avouer que plusieurs des cantiques de cette espèce portent en titre des termes de musique. Du reste, la poésie est belle, antique, quoique non du grand genre abrupt; c’est de la
(h) [7 °1 ZInterl. ()
() (En marge] Ceci confirmerait aussi que les Juifs avaient idée de la résurrection, ou au moins de l’immortalité.
() Add. marg.] Le sens de ce dextera est probablement à ton côté droit, quand tu es là pour nous protéger.
. (8) Lex., 116 a. Le Dictionnaire de 1830 du même ne porte pas anima, mais animal (48 b).
(9) Le premier sens en effet qui s’offrait à Renan, par exemple dans Leopold, 275 à, était celui de dimisit; celui de reliquit. ne venant qu’en second lieu.
(10) Elles fleurissaient chez Vatable, à propos du v. 10: « Ce texte a été accompli dans notre Sauveur etc. » (15); et surtout chez Genebrard (descente du Christ aux enfers, 82 etc.) ; Le Hir les avouait: « Ces expressions ne conviennent PU qu’au Sauveur descendant au tombeau, et sûr de ressusciter » (Les
sr, ;
(11) Le latin en italiques est emprunté au Symbole des Apôtres; celui qui se
trouve entre parenthèses est, à partir de notas etc., la reproduction de la Vulg., sauf que laetitia manque après me.
Psaumes Choisis 197
poésie morale orientale. Toutes les mœurs de l'Orient s’y peignent dans les figures (12). [f° 114 r.] Peu de psaumes prêtent aussi bien aux interprétations messiaques. — Du reste, il se partage en deux parties fort séparables, qui peut-être même constituaient deux psaumes, la première jusqu’au v. 7 exclusivement, la seconde de là à la fin. La première partie est très circonstancielle : je pense que c’est le cantique d’un homme (de quelque prophète par ex.) qui aurait vu tous ses compatriotes tomber dans l’idolâtrie, et qui seul serait resté fidèle à Jéhova... Dans la deuxième partie le poète... marque [à Dieu] l'espérance qu'il a qu'il le délivrera des horreurs de la mort. Peut-être l’auteur était-il en danger de mort. — Il conviendrait bien à Elie, fuyant la persécution (13). Le premier versel suppose aussi persécution, comme la fin. Du reste, il n’en reste pas moins beaucoup d’obscurité sur ce psaume.
Traduction.