‹ Travaux de physiologieChapitre 44 sur 59 · CC · texte numérisé non relu

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Confirmation de l’identité du mécanisme d'action de la

PEPTONE, DU SÉRUM d’ ANGUILLE ET DES EXTRAITS d’oRGANES

PAR QUELQUES EXPÉRIENCES d’iMMUNITÉ.

Tous les faits que nous venons de relater permettent d’alfirmer que la peptone, le sérum d’anguille et les extraits d’organes agissent par un même mécanisme pour suspendre la coagulation du sang : toutes ces substances déterminent la formation parle foie

d^in produit nouveau doué de propriétés anticoagulantes spéciûques.

S’il est possible d’obtenir dans certaines conditions, qu’il conviendrait de mieux préciser, un retard encore appréciable de la coagulation, sous l’influence des injections de peptone ou de sérum d’anguille pratiquées après l'extirpation du foie, il n’en reste pas moins nettement démontré que c’est la glande hépatique qui est le véritable foyer de la formation du produit anticoagulant.

A l’appui de l’identité du mécanisme d’action des diverses substances que nous avens étudiées, je communiquerai les résultats de quelques recherches d’un ordre tout différent. Il s’agit d’expériences relatives à Timmunité conférée par les substances anticoagulantes. J’ai observé en effet que l’une quelconque de ces substances peut conférer à un animal l’immunité contre les effets anticoagulants de toutes les autres.

On sait que Schmidt-Mülheim a montré que, chez un animal dont le sang a été rendu incoagulable par la peptone, une nouvelle injection de peptone, faite pendant les premières heures qui suivent le retour du sang à sa coagulabilité normale, ne modifie plus la coagulation.

11 était indiqué de rechercher tout d’abord si le sérum d’anguille et les extraits d’organes se comportent de la même façon.

Si l’expérience n’était guère possible à réaliser avec le sérum d’anguille, qui n’agit pour suspendre la coagulation qu’à des doses rapidement mortelles, elle pouvait se faire aisément avec l’extrait de muscles d’écrevisse ou les autres extraits d’organes.

L’expérience suivante montre qu’une première injection d'extrait de muscles d’écrevisse peut conférer l’immunité contre une seconde injection de la même substance, pratiquée peu de temps après que le sang a recouvré sa coagulabilité normale.

Expérience xxx. — A un chien du poids de 9 kilogr., on injecte dans la veine jugulaire, à 10 h. 20 m., 25 centim. cubes d’extrait de muscles d’écrevisse (10 gram. de muscles 0/0). Le sang, puisé dans la carotide, à 10 h. 25 m., 10 h. 30 m. et 10 h. 35 m., n’est pas encore

coagulé au bout de quarante-huit heures. A 11 h. 30 m., un nouvel échantillon recueilli demeure liquide pendant cinq heures.

A 1 h. 50 m , le sang a recouvré sa coagulabilité primitive. Il se prend en caillot en cinq minutes.

A 4 h. 5 m., on prélève un échantillon de sang dans la fémorale, il est coagulé à 4 h. 9 m.

A 4 h. 10 m., on pratique une nouvelle injection d’extrait de muscles d’écrevisse à la même dose que la première.

De 4 h. 12 m. à 4 h. 30 m., on prélève successivement, à cinq minutes d’intervalle, quatre échantillons; tous sont complètement coagulés au bout de quatre à cinq minutes.

D’autres expériences m’ont permis de constater qu’il est possible de conférer à un animal l’immunité contre l’action du sérum d’anguille ou des extraits d’organes par une injection préalable de peptone.

C'est ce que démontrent nettement les trois expériences suivant es;

Expérience xxxi. — A un chien du poids de 12^8,200, on injecte dans la veine fémorale 9 gram. de peptone de Witle.

L’injection est pratiquée à 9 h. 50 m. du matin.

De 9 h. 52 m. à 10 h. 30 m., on prélève quatre échantillons de sang dans l’artère fémorale; aucun d’eux n’est coagulé le lendemain.

A 11 h. 40 m., on fait une nouvelle prise de sang, qui est coagulée à 12 h. 20 m.

A 3 h. 40 m. , on reprend l’animal, on recueille un échantillon de sang qui est totalement coagulé à 3 h. -43 m.

A 3 h. 45 m., on injecte dans la jugulaire 0‘’°,30 de sérum d'anguille (soit O^’^jOd par kilogr.).

Le sang recueilli à 3 h. 47 m., 3 h. 52 m., 4 h., 4 h. 20 m., est complètement coagulé au bout de trois minutes.

L’animal meurt à 4 h. 58 m., le sang recueilli à l’autopsie se coagule immédiatement.

Expérience xxxii. — A un chien du poids de 5^8,200, on injecte à 10 h. 30 m. du matin, de peptone de Witte dans la veine jugulaire.

De 10 h. 35 m. à 10 h. 50 m., on prélève quatre échantillons dans l’artère fémorale ; tous demeurent liquides pendant plusieurs jours.

A 5 h. 30 m. du soir, on reprend l’animal et on recueille un nouvel échantillon de sang qui est complètement coagulé à 5 h. 33 m.

A 5 h. 40 m., on injecle dans la veine jugulaire 20 centim. cubes d’exti'ait de muscles d’écrevisse (10 gram. de muscles pour 100 centim. cubes d’eau).

A 5 h. 45 m., 5 h. 50 m., 6 h. 5 m., G h. 15 m., on recueille quatre échantillons de sang par l’artère fémorale.

Ils sont complètement coagulés à 5 h. 48 m., 5 h. 52 m., 6 h. 7 rn., 6 h. 17 m.

Expérience xxxiii. — Un chien du poids de 10^«,050 reçoit dans la veine jugulaire 40 centim. cubes d’une solution de peptone de Witte au 1/10®, soit 0*^‘’,48 environ par kilogr.

L’injection est pratiquée à 10 h. 5 m. du matin.

De 10 h. 8 m. à 10 h. 30 m., on recueille quatre échantillons de sang dans l’artère carotide. Tous sont encore parfaitement liquides le lendemain.

A 6 h. du soir, on prend un nouvel échantillon de sang, qui est coagulé complètement à 6 h. 4 m.

A 6 h. 8 m., on injecte par la jugulaire 50 centim. cubes d'extrait d'intestin de chien (15 gram. pour 100 centim. cubes d’eau) préparé par le procédé d’IIeidenhain.

Des échantillons de sang prélevés dans l’artère fémorale à 6 h. 12 m., 6h. 20m.,6h. 30 m., sont complètement coagulés à 6 h. 15 m., 6 h. 23 m., 6 h. 32 m.

Trois jours après, on injecte à nouveau, au même animal, une dose égale d’extrait d’intestin.

Les échantillons de sang recueillis cinq, dix, quinze et vingt minutes après l’injection, restent liquides pendant plusieurs heures.

Inversement, il m’a été possible d’immuniser un animal contre les effets anticoagulants de la peptone par une injection préalable d'extrait de muscles d’écrevisse.

Expérience xxxiv. — A un chien du poids de 0^,650, on injecte, par la veine jugulaire, à 11 h. 5 m., 40 centim. cubes d’extrait de muscles d’écrevisse contenant 10 gram. de muscles 0/0.

Le sang recueilli à 11 h. 8 m., 11 b. 13 m. et 11 h. 18 m., est encore liquide le lendemain.

A 3 h. 30 m,, on s'assure que le sang se coagule normalement, un échantillon prélevé se prend en caillot en quatre minutes.

A 3 h. 40 m., on injeclo, parla veine jiigulairo, 2 gram. depeptonc de Witte.

A 3 h. 42 m., 3 h. 47 m., 3 h. 55 m., 4 h., on recueille divers échantillons de sang qui sont tous coagulés en cinq minutes environ-

Trois jours après l’expérience, on reprend à nouveau l’animal, afin de s’assurer qu’il n’est pas en immunité naturelle vis-à-vis de la peptone. On fait une nouvelle injection de 2 gram. de peptone de Witte. Les échantillons de sang recueillis quelques instants après l’injection demeurent liquides pendant plusieurs jours.

La contradiction qui existe entre les résultats de ces expériences et les faits observés par Gontejean s’explique facilement. Cet auteur, on se le rappelle, n’a pu réussir à conférer l’immunité contre l’action anticoagulante de la peptone par des injections préalables d’extraits d’organes. L’expérience est, en effet, difficilement réalisable si l’on s’adresse aux extraits étudiés par Gontejean; ces derniers (extraits de foie, d’intestin, etc.) n’exercent qu’une action suspensive très peu marquée sur la coagulation, aussi l’immunité produite est-elle tout à fait relative et de courte duree.

On réussit toujours, au contraire, à rendre inefficace une injection d’extrait d’organes si l’on a préalablement rendu le sang incoagulable par une forte dose de peptone.

Toutes ces expériences fournissent donc une nouvelle preuve de l’identité du mécanisme d’action des diverses substances anticoagulantes que nous avons étudiées.

Il restait à déterminer si l’agent anticoagulateur formé par le foie est le même dans tous les cas.

J’ai montré précédemment qu’il est difficile d’isoler ce produit à l’état de pureté; mais j’ai pu tout au moins, après précipitation des albumines coagulables par la chaleur, obtenir, avec le liquide de circulation artificielle de peptone, un filtratum actif présentant quelques propriétés qui m’ont permis de rapprocher le produit anticoagulant de la substance non encore isolée qui donne à l’extrait de sangsue son activité.

Les liquides de peptone hépatique agissent indifféremment sur

le sang de tous les animaux ; ils s’aUèrenl rapidement à Tair, mais conservent leurs propriétés si on les additionne de quelques gouttes de chloroforme; ils résistent à l’ébullition prolongée.

Je me suis assuré que les liquides de circulation artificielle de sérum d’anguille et d’extrait d’organes à travers le foie présentent les mêmes caractères.

Il me semble donc logique d’en inférer que l’agent anlicoagulateur formé par le foie est le même dans tous les cas et qu’il y a lieu de le rapprocher du principe actif contenu dans la sécrétion buccale de la sangsue.

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