DU GROUPE DE LA PEPTONE
Par C. DELEZENNE
Dans un précédent mémoire', j’ai montré : a 1° Que l’intervention du foie paraît absolument nécessaire pour quelapeptone rende le sang incoagulable» ; 2“ «Que si l’on fait circuler à travers le foie du chien une solution de peptone, on obtient un liquide capable de suspendre, à très faible dose, la coagulation du sang in viiroy). Je me suis cru en droit de conclure de mes expériences que les injections intravasculaires de peptone agissent pour suspendre la coagulation du sang en provoquant la formation par le foie d’une substance nouvelle douée de propriétés anticoagulantes directes. Des recherches du même ordre m’ont permis de m’assurer que le sérum d’anguille, l’extrait de muscles d’écrevisse et quelques autres extraits d’organes agissent par un mécanisme identique et que le foie joue encore dans l’action anticoagulante de ces agents un rôle absolument prépondérant.
Préoccupé avant tout d’établir par des expériences directes le rôle essentiel joué par le foie dans la production des liquides anticoagulants, je ne m’étais guère arrêté, dans mes premières
' G. Delezerme; Recherches sur le mécanisme de l’action anticoagulante des injections intra-vasculaires de peptone, de sérum d’anguille et d'extraits d'organes, même vol. pag. 213. Ce mémoire a été livré à l’impression en juillet 18D7 et a paru dans le Sujij'lément bi-mensuel du Nouveau Montp. médical. 1897, toni. VI, pag. 291.
recherches, à l’étude de l’origine et du mode de formation de la substance qui donne à ces liquides leurs propriétés actives.
J’avais supposé tout d’abord, partageant ainsi l’opinion de Grosjean et Ledoux, que le principe anticoagulant est un produit do transformation delà peptone dans son passage à travers le foie; mais les données que me fournit l’étude de l’action exercée par le sérum d’anguille et les extraits d’organes sur la coagulation du sang m’amenèrent à abandonner cette manière de voir. Il me parut plus rationnel d’admettre avec Gontejean, Gley et Pacbon, que le principe anticoagulant est a un produit de réaction de la cellule hépatique», «une véritable sécrétion provoquée par la présence delà peptone», du sérum d’anguille etc.
Cette interprétation permettait d’expliquer simplement, en effet, comment des agents en apparence si différents agissent sur la coagulation par un même processus, la substance injectée n'ayant d’autre rôle que celui d’excitant spécifique capable de mettre en jeu l’activité de la cellule hépatique. D’ailleurs, rien ne faisait supposer que le mécanisme d’action des agents anticoagulants fût plus complexe, et les seules données fournies par les expériences d’extirpation du foie et de circulations artificielles ne permettaient guère d’émettre une hypothèse qui parût plus vraisemblable.
Mais, depuis cette époque, de nouvelles recherches, une étude plus approfondie des effets physiologiques produits parles agents anticoagulants et des conditions les plus favorables à la réalisation des expériences de circulations artificielles m’obligent à modifier la conception que l’on s’était faite du mécanisme d’action de ces agents. Les expériences que je me propose de rapporter ici montreront en effet que, si la cellule hépatique est intéressée au plus haut chef dans la production des liquides anticoagulants, un autre élément joue un rôle non moins essentiel dans ce phénomène : cet élément, c’est le leucocyte.