‹ Travaux de physiologieChapitre 49 sur 59 · NOMBRE DE LEUCOCYTES BAR MILLIMÈTRE CUBE · texte numérisé non relu

NOMBRE DE LEUCOCYTES BAR MILLIMÈTRE CUBE

de la substance injectée

Avant l’injection

Après l’injection

0co.02 de sérum d’anguille par ks'’.

40 d’ext. de muscles d’écrevisse

Os^.Ol de iliasiase

0 01 d’émulsine

5®° de toxine du slaphylococpie

08‘’,012 de veuiu de vipère

Je présente, dans le tableau ci-dessus, les moyennes fournies par deux ou trois séries d’expériences faites avec chacune de ces substances. Dans ces recbercbes, comme dans celles que nous avions

* Albanasiu, Garvallo et Charria ; Sur l’action lymphagogue des toxines pyocyaniques (Cooiples rendus de la Société de Biologie, 25 juillet 1896, pag. 860).

■" Martin ; Proceedings of the Royal Society 1892, et Journal of Physiology, tom. XV, 1894, pag. 380.

réalisées avec la peptone, réchantillon de sang normal était prélevé dans la carotide une minute avant l’injection ; le second échantillon était recueilli 30 secondes, 1 minute ou 1 minute 1/2 après la tin de l’injection.

Un simple coup d’œil jeté sur ce tableau permet donc de conclure que les leucocytes disparaissent en grande partie et très rapidement après l’injection intravasculaire de l’un quelconque des agents anticoagulants que nous avons étudiés.

Mais toutes ces expériences ne nous renseignent en aucune façon sur le processus intime que traduit à nos yeux 1 liypoleucocytose.

La disparition des globules blancs est-elle la conséquence de la destruction de ces éléments par la substance étrangère introduite dans le sang, ou bien est-elle la manifestation de l’arrêt des leucocytes dans les vaisseaux capillaires, ou de leur passage dans les tissus?

Les auteurs qui ont étudié avant nous l’hypoloucocytose produite par les injections de peptone n’ont pas été sans se préoccuper de cette intéressante question.

Samson-Himmelstjerna attribue sans discussion l’hypoleucocytose à la dissolution en masse des leucocytes dans le plasma.

Loewit et Wright croient également à l’action leucolytique de la peptone. Wright base son opinion sur le résultat d’examens histologiques de quelques organes appartenant à des animaux tués après injection de peptone. Dans aucun cas, il n’a pu constater la moindre trace de migration des leucocytes vers les tissus, Des numérations comparatives de leucocytes faites dans l’artère carotide et une veine mésarai'que ne lui ont pas permis davantage d’observer une accumulation des leucocytes dans les petits vaisseaux dilatés de l’aire splanchnique.

Bruce, s’appuyant sur des recherches du même ordre, a cru pouvoir soutenir une opinion contraire L 11 conclut de ses expé-

' Je ne crois pas inutile de faire remarquer que les observations de Bruce ont ôté faites sur le lapin, tandis que celles de Wright avaient été faites sur le chien.

riences que la peplone n’exerce aucune action destructive sur les globules blancs et que riiypoleucocytoso est due au passage do ces éléments dans les organes, particulièrement dans le poumon et la rate.

Je signalerai, en outre, que Wright et, après lui, Halliburton et Brodie ^ ont cru observer que la peplone est dépourvue de toute action leucolytique sur le sang in vitro. Wright note en particulier que l’addition de 8 p. Yo Je peptone, au sang extrait des vaisseaux, ne provoque aucune destruction des globules blancs.

Plus récemment, Athanasiu et Garvallo ont repris l’étude de cette question. Ils ont tout d’abord constaté que les leucocytes diminuent aussi bien dans la lymphe que dans le sang, ce qui permettait d’écarter l’hypothèse du passage de ces éléments dans les vaisseaux lymphatiques. Ils ont observé de plus, fait déjà entrevu par Fano que le petit nombre des globules blancs encore présents dans le sang de peptone présentent des mouvements amiboïdes exagérés et conservent toute leur vitalité pendant plusieurs jours. Ils ont constaté le même phénomène en recevant du sang de grenouille dans une solution de peptone en quantité suIDsante pour que «ce sang reste incoagulé pendant plusieurs heures^. Ils se sont cru en droit de conclure de leurs observations que la diminution des leucocytes dans le sang de peptone ne pouvait être due à une action destructive exercée par cette substance, mais qu’elle était vraisemblablement le résultat d’une diapédèse intense ayant son siège au niveau des organes abdominaux.

«Etant donné, disent-ils, la dilatation énorme des vaisseaux de Faire splanchnique, il n’y a rien de surprenant à ce que les leucocytes, favorisés par leurs mouvements amiboïdes très exaltés Y puissent s’échapper de l’appareil circulatoire. Ils reste-

' Halliburton et Brodie; Nucleo-albumins and inlravascular coagulation. Journal of Physiologie, tom. XVllI, 1895, pag. 135.

- Fano ; Bas verhalten des Pépions und Tryplons gegen Blul und lymphe [Arch. fur Physiologie, 1881, pag. 277).

^ L’exagération de la vitalité des leucocytes encore présents dans le sang de peptone ne peut être révoquée en doute : c'est un fait qu’ont pu observer avec facilité tous les physiologistes qui ont prati(jué un examen microscopique de ce

raient ainsi pour un temps plus ou moins long accolés dans les interstices des tissus, tandis que les hématies sorties avec eux seraient entraînées p.ir le courant de la circulation lymphatique. De cette manière, nous pouvons nous expliquer, d’une part, la disparition temporaire des leucocytes dans le sang et dans la lymphe, et d’autre part l’augmentation des hématies dans cette dernière ».

L’ensemble de ces résultats, la plupart contradictoires, montre que l’on était loin d’être fixé jusqu'ici sur la nature du processus que traduit la numération des leucocytes dans le sang de peptone.

Les observations de Wright, d’Halliburton et Brodie, etc., relatives à l’action de la peptone sur le sang in vitro, rendaient, à vrai dire, assez peu vraisemblable l’hypothèse que cette substance exerce une véritable action leucolytique lorsqu’elle est introduite dans les vaisseaux; il semblait difficile, d’autre part, d’expliquer l’hypoleucocytose par le passage des globules blancs dans les tissus, si l’on tenait compte do ce fait que, 30 secondes ou 1 minute après l’injection de peptone, la plupart de ces éléments ont déjà disparu dans le sang. On ne peut guère concevoir qu’en un si court espace de temps les globules blancs, alors même que leurs mouvements amiboïdes soient considérablement exagérés, puissent émigrer en masse des vaisseaux vers les organes splanchniques. L’expérience suivante nous a d’ailleurs

sang. J'ai d’ailleurs constaté que le phénomène dont il s’agit est propre à tous les sangs rendus incoagulables par les agents du groupe de la peptone. Il n’est pas inutile de faire remarquer que les substances anticoagulantes qui agissent directement sur le sang in vilro possèdent à un haut degré la propriété de conserver les globules blancs intacts et vivants en dehors de l'organisme. Lilienfeld [Zeüschr. /. physioL C hernie, pag. 89, 1895) a tout particulièrement insisté sur l’action conservatrice exercée par l'histone sur les leucocytes. Wright (/oc. cuV.') a observé également que les leucocytes ne subissent aucune destruction appréciable dans le sang additionné d’extrait de sangsue. Nous avons signalé d’autre part (Bosc et Delezenne; Compt. rend, de l'Acad. des Sciences, 14 sept. 1896; que les globules blancs conservent leurs mouvements amiboïdes pendant un temps très long dans le sang dont la coagulation a été empêchée par l’injection intravasculaire d’extrait de sangsue, ou par l’addition in vilro de ce même extrait.

démontré que l’hypoleucocylose se produit encore chez un animal dont on a supprimé la circulation dans les viscères abdominaux.

Expériencc I. — Chien du poids de 9*‘,20û ; de morphine,

chloroforme, [^'abdomen est ouvert sur la ligue médiane, et une ligature est posée sur l’aorte abdominale à sa sortie du diaphragme, puis les viscères sont extirpés. Par l'artère carotide, on prélève un échantillon de sang. La numération des leucocytes donne le chiffre de 13,200. On injecte alors par la jugulaire 4«L50 de peptone de Witte en solution dans 45CC de NaCl à 7Voo- 4 minutes après l’injection, on prélève un nouvel échantillon de sang. La numération des leucocytes donne le chiffre de 3,800.

Notons eu passant que le sang prélevé immédiatement après l’éviscération s’était coagulé en 5', 30" ; le sang recueilli après l’injection de peptone s’est coagulé en 5 minutes.

Si la diminution du nombre des leucocytes n'était que la conséquence de la diapédèse, il faudrait supposer que, dans le cas particulier, près des 4/5 des leucocytes présents dans le sang avant l’injection de peptone sont passés brusquement dans le poumon, les centres nerveux ou les muscles. Ceci me paraissait a assez peu vraisemblable, et, malgré les résultats obtenus par Wright, Halliburton et Brodie, j’étais porté à croire que la peptone détruit réellement les globules blancs. Pour m’en assurer, j’ai repris l’étude méthodique de l’action exercée par cet agent sur les leucocytes lorsqu’il est ajouté au sang extrait des vaisseaux.

En fait, aucune recherche systématique ii'avait été entreprise jusqu’ici sur cette question. Wright se borne à noter que la peptone, même à la dose de 8 n’exerce aucune action destructive sur les globules blancs. Halliburton et Brodie, Alhanasiu et Garvallo mentionnent également qu’ils ont observé des résultats négatifs, mais ni les uns ni les autres ne nous renseignent sur les conditions dans lesquelles ils ont opéré, et les derniers négligent de préciser avec quelles doses respectives de peptone et de sang ils ont fait leurs recherches.

Il m’a semblé que, dans une étude de ce genre, il fallait avant

tout se placer dans des conditions aussi voisines que possible de celles qui sont réalisées lorsqu’on provoque l’hypoleucocytose par injection de peptone.

On peutsansgrande erreur admettre que, chezle chien, la masse du sang est sensiblement égale au treizième du poids du corps, autrement dit, l’organisme renferme environ 75 centim. cubes de sang par kilogramme d’animal. L’injection de 0,50 à 1 gram. de peptone par kilogramme correspond par le fait à l’addition delà même quantité de cette substance à 75 centim. cubes de sang. On se placera donc dans des conditions très voisines de celles que l’on réalise dans les injections intravasculaires, si on ajouie, par exemple, à 10 centim. cubes de sange.xtrait des vaisseaux O®'’, 05 à O^*', 15 de peptone.

Pour me rendre compte de l’action exercée par la peptone sur les leucocytes in ^;^7ro, j’ai opéré de la façon suivante : On prélève dans l’artère carotide d’un chien 20 centim. cubes de sang, que l’on répartit très rapidement dans deux tubes à réaction. L’un des échantillons, qui servira de témoin, est additionné deO‘^‘^,5 à 2*^*^ de la solution de NaCl à 7<>/oo, l’autre est additionné d’une quantité correspondante de la solution de peptone à 1 p. 10 dans l’eau salée à 7 °/oo- Oû mélange chacun des deux échantillons, et on laisse en contact pendant 30 secondes, 1 minute ou davantage, suivant la tendance que présente le sang de l’animal à la coagulation. On prélève alors dans chacun des échantillons la quantité de sang nécessaire à la numération, et l’on dilue suivant le procédé classique ; cette dilution était toujours faite au centième avec une solution de sulfate de magnésie à 8 On sait que la solution de sulfate de magnésie employée à ce titre prévient la coagulation et n’exerce aucune action nocive sur les éléments figurés du sang. En opérant de cette façon, le sang, avant d’entrer en contact avec la solution de sulfate de magnésie, avait été soumis à la seule influence de la peptone.

La numération était d’ailleurs faite dans tous les cas aussitôt apres la dilution. Dans un certain nombre d'expériences, on ajoutait 'aux deux échantillons de sang, une minute après l’addi-

tion d’eau salée et de solution de peplone, 1 %.) d’oxalate de soude. On pouvait do celte façon altendre un temps plus long avant de pratiquer la dilution. Je ferai remarquer qu’à celte dose l’oxalalo ne provoque, par lui-même, aucune destruction, au moins immédiate, des leucocytes (Wright). Les deux échantillons se trouvaient d’ailleurs sous ce rapport dans les mômes conditions.

Je me suis servi, pour la numération, du compte-globules à chambre graduée de Malassez. Les leucocytes étaient toujours comptés ‘ dans les 500 carrés de l’appareil, et l’opération était répétée plusieurs fois. La moyenne des résultats pouvait être considérée comme exprimant assez exactement la teneur en leucocytes de l’échanlillon examiné.

Le tableau suivant indique nettement que la peptone ajoutée au sang in vitro ^ à la dose que j’ai précisée plus haut, provoque la dissolution, dans le plasma, du plus grand nombre des globules blancs. La comparaison des chiffres obtenus par la numération de ces éléments dans les échantillons témoins et dans les échantillons peptonés ne peut laisser subsister aucun doute à cet égard L

Tableau III.

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