‹ Travaux divers [sur la syphilis]Chapitre 24 sur 48 · TROUBLES FONCTIONNELS · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS

la bénignité remarquable des phénomènes cliniques pendant toute la période qui prélutle à l'ulcération.

Examinons en particulier chacun de ces points.

1" Jnsidiosité de début. — Toujours (ou du moins bien peu s'en faut) les lésions qui constituent les glossites tertiaires se produisent originairement à rinsu des malades, et ne sont constatées par eux qu'à une époque où elles ont acquis déjà un certain développement. Dans la plupart des cas, c'est un hasard qui les ré- V(Me aux malades, un jour qu'ils se regardent ou se touchent la langue ; ou bien encore ils en sont avertis par un sentiment de gène légère qui les porte à s'examiner la bouche. Parfois même c'est le médecin qui est le premier à découvrir ces lésions, en inspectant la langue pour un motif ou pour un autre. Cela m'est arrivé deux fois, sur des clients qui venaient me consulter pour des accidents syphilitiques d'autre siège.

Nous sommes donc pleinement autorisés à dire que ces lésions

se développent à leur origine d'une façon absolument insidieuse,

2" Bénignité remarquable des phénomènes cliniques pendant toute la période antérieure à rulcération.

Gela s'applique à la fois aux formes scléreuses et aux formes gommeuses des glossites tertiaires.

Que trouvons-nous, en effet, comme symptômes des lésions scléreuses, à une époque où ces lésions ne sont pas encore compliquées de leurs épiphénomènes habituels d'érosion et d'ulcération? Peu de chose, très-peu de chose, en général. D'abord, pas de douleurs vraies, telles qu'élancements, tension, brûlure, etc. Pas de ptyalisme, digne du moins de fixer l'attention. Rien autre que ceci: sensibilité légère de l'organe dans la mastication, surtout au contact de certains aliments durs, grenus, ou acides, piquants, acres, etc.; — et certaine gêne, certain embarras de la langue, qui « est raide» , comme dissnt les malades, qui est moins agile, comme maladroite, qui se laisse mordre de temps à autre. Cette gêne se traduit surtout dans l'articulation des sons. Ainsi, sans être véritablement troublée, la parole est quelque peu pénib'e et défectueuse par instants. Moins maîtresse de ses mouvements,

38 GLOSSITES TERTIAIRES.

la langue hésite sur certaines syllabes, ou ne les émet qu'avec difficulté, d'une façon incorrecte.

Et c'est tout. Aucun autre phénomène important ne s'ajoute à ces troubles légers.

Il en est de même pour les lésions gommeuses, superficielles ou profondes, dans leur période de formation.

Pas plus que les scléroses, en effet, les gommes de la langue ne s'accompagnent de douleurs dans leur développement. Alors qu'elles naissent, alors qu'elles se constituent, elles restent parfaitement indolentes. Elles ne troublent jamais les fonctions de l'organe que mécaniquement. Tout ce qu'elles déterminent, dans les premières périodes de leur évolution, se borne également à un certain degré de gêne, d'embarras dans les mouvements de la langue, à un certain agacement de l'organe, tel que celui qui résulterait de la présence d'un corps étranger. C'est là seulement ce qu'accusent les malades, alors qu'on les interroge avec soin sur les sensations qu'ils éprouvent. « Je ne souffre pas, nous disait ces jours-ci un des malades de la salle Saint-Louis, affecté d'une gomme linguale assez volumineuse ; je n'ai pas de douleur, à proprement parler; mais je sens dans ma langue quelque chose qui me gêne pour articuler et pour manger, comme si elle était traversée par une arête de poisson » . Un autre de mes clients disait sentir c< comme une tête de clou» dans sa langue, etc.

A cette gêne toute mécanique s'ajoute seulement, alors que le ramollissement commence à se produire, une sorte d'endolorissement vague et ditfus de la langue, avec quelques élancements passagers.

Tout cela, vous le voyez, Messieurs, est bien léger sans doute, (H, à coup sûr, cette bénignité initiale des glossites tertiaires est digne d'être notée.

Il n'est guère d'exception à la règle qui précède que pour les cas où la tuméfaction de la langue dépasse de certaines limites : p;U' exemple, dans les cas de glossite scléreuse généralisée ou de gommes linguales à la fois multiples et volumineuses. Un fait

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