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ET PHILOSOPHIE MÉDICALE

DES MÉTHODES DE CLASSIFICATION EN NOSOLOGIE-. (Thèse de COncoUPS pOUr

l’agrégation, 1853, in-4.)

La conclusion de cette thèse éclectique est que, ne pouvant exclusivemenl faire reposer-une classification des maladies sur leur nature, sur les symptômes, sur l’anatomie pathologique, etc., il convient de procéder par syncrétisme^ et de prendre, là où ils sont bien connus, les caractères des maladies pour en faire des classes naturelles ayant pour base les considérations diverses de symptomatologie, de nature, ou d’anatomie pathologique dont il vient d’être fait mention.

NOUVEAUX ÉLÉMENTS DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE ET DE SÉMÉIOLOGIE, Comprenant : la nature de l’homme, Thistoire générale de la maladie ; les différentes classes des maladies, l’anatomie pathologique générale et l’histologie pathologique, le pronostic, la thérapeutique générale, les éléments du diagnostic par l’étude des symptômes et l’emploi des moyens physiques (auscultation, percussion, cérébroscopie, laryngoscopie, microscopie, chimie pathologique, spirométrie, etc.), avec 284 fig. intercalées dans le texte. T édit. Paris, 1869.

Ouvrage adopté pour Fenseignemmt à F École de médecine militaire de Strasbourg.

C’est la science des vérités fondamentales de la médecine, ou, si l’on veut, c’est la connaissance des lois de la vie et de la maladie. — Gomme la philosophie, c’est la science des premiers principes et des premières eauses.

En m’imposant la tâche de faire connaître ces principes, ces causes et ces vérités médicales premières à ceux qui^débutent dans la carrière de la médecine, je ne me suis pas dissimulé les difdcultés et les périls de l’entrepr.ise. Mais en voyant les abus du particularisme., j’ai repris courage, profondément convaincu que la connaissance de l’ensemble est aussi utile à l’étude de ses faits de détail que la recherche des détails peut l’être à la constitution de l’ensemble.

Toutes les vérités qui forment la base de la patholog-ie g*énérale ne sont pas ég-alement importantes. Néanmoins, par cela même qu’elles résultent de la généralisation dé faits isolés, elles ont l’avantage de simplifier l’étude, et il faut les connaître. Elles' sont relatives : aux causes morbifiques et à l’effet qu’elles produisent; à la nature et à la forme des maladies; à la marche et la durée de leurs principaux phénomènes ; aux lois de développement des lésions organiques; au pronostic; aux médications générales qu’il convient d’employer, etc.

Que le médecin, déjà instruit des lois de la vie et de leurs modifications, s’abandonne à la recherche minutieuse et impartiale des faits particuliers dont la signification est inconnue, pour en pénétrer la nature, les causes et les conditions générales de développement, rien de mieux ; car cette méthode analytique est la seule qui favorise les progrès d’une science d’observation et qui prépare les grandes découvertes • c’est le travail de la construction scientifique. Au contraire, celuiqui pénètre pour la première fois dans lechampde la médecinene doit pas^’arrêter aux détails de chaque fait en particulier. Semblable à l’artiste disposé à peindre une grande composition d’histoire ou un tableau emprunté à la nature, et qui contemple d’abord les masses principales, l’ensemble etl’aspect de l’objet à représenter, il doit, en ce qui concerne l’homme malade, connaître les causes et les lois générales de la naissance, du développement et de la fin des maladies. Il lui faut descendre ainsi du général au particulier pour remonter du particulier au général, afin de contrôler les principes mal établis, de réviser les lois mal faites et de découvrir des faits généraux susceptibles d’agrandir l’horizon de la science.

De la nécessité qu’il y a de simplifier l’étude des faits particuliers par la recherche des principes généraux £t des lois qui rendent compte en peu de mots de leur existence, de leur évolution et de leur fin, est née lajoathologie générale^ la plus importante des branches de la nosologie.

Les médecins trouveront dans ces Nouveaux éléments de pathologie générale et de séméiologie^ deux parties absolument distinctes.

, La PREMIÈRE PARTIE OU pathologie générale se divise en deux Livres :

Le Livre I" est relatif à la nature de ïhomme et aux fonctions de f agent vital; — aux notions générales de la maladie^ — à l’étude de ses causes envisagées dans ce qu’elles ont de plus élevé par rapport aux influences de ï atmosphère^ des eaux et des lieux ; de Xâge, du sexe, du tempérament et de la constitution, des idiosyncrasies, des habitudes, des professions, des sym-

ipathie et de Y hérédité; à l’action des poisons^ des venins, des effluves, des miasmes, des virus et des parasites morbifiques; à l’étude des eonstitutions médicales; des endémies, des épidémies, de {'infection et de la contagion; de la spécificité, des diathèses, etc. ; — aux éléments de la maladie; QMx différentes formes qu’elle présente; aux phénomènes qui accompag’nent son évolution et sa fin (prodromes, symptômes, marche, durée, terminaison); — à la convalescence, aux rechuteseX aux récidives, aux complications et au pronostic; — aux lois générales de la thérapeutique et des médications principalement employées ; —enfin, à l’exposé des méthodes d^ nomenclature et de classification à mettre en usage.

Viennent ensuite, dans un Livre II, les faits généraux qui servent de base à la formation des principales classes morbides, telles que : — la fièvre; — les fièvres ou pyrexies; — Vinflammation; — les gangrènes; — les hémorrhagies; — les hydropisies; — les flux; — les pneumatoses ; —les nosohémies ou maladies du sang ; — les nosorganies ou maladies organiques ; — le parasitisme végétal eYanimal; — les névroses, etc.

Il m’a paru impossible de laisser ces questions en dehors d’un ouvrage destiné à faire connaître les principes fondamentaux de la science. Je leur ai donné les développements nécessaires, et, pour mieux faire comprendre la description, j’ai placé dans le texte de la classe des nosorganies, où se trouve Vanatomie pathologique générale, et {'histologie pathologique un grand nombre de figures explicatives des altérations élémentaires du tissu, produites par les nosorganies telles que Xhypertrophie, Xatrophie, les concrétions inorganiques, les néoplasies organiques (adénomes, stéatose, enchondromes, tumeurs fibreuses, tumeurs mélaniques, etc,), les thromboses et Xembolie, les concrétions membraneuses, les épithéliomas, le cancer, les cancroides, {& tubercule, la dégénérescence amylo'ide, {e?, parasites animaux et végétaux qui produisent les maladies parasitaires, etc. Ces figures sont relatives aux altérations organiques appréciables seulement au moyen du microscope.

On peut bien ne pas accepter les hypothèses nombreuses de la micrologie moderne, mais il est impossible de ne pas tenir compte de ses découvertes et des théories qu’on a cru devoir en tirer.

Dans la seconde partie, ou séméiologie, j’ai exposé les signes organiques et physiques quiconstituent les élériients du diagnostic et du pronostic. .)’y ai mis dans tous leurs détails l'examen des modifications de l'extérieur du corps et des phénomènes qui annoncent les troubles surve-

nus dans l’exercice des fonctions. —Double (1), Landré-Beauvais (2), Chomel, Rostan (3), Piorry (4) et Racle (5), m’ont g*uidé dans ce travail, où je n’ai eu souvent qu’à contrôler des observations anciennes ou modernes sur la sig-nification des phénomènes morbides.

On y trouvera un exposé des sig’nes fournis:—par V habitude extérieure du corps^ — par Y innervation^ — par Y examen de l'appareil circulatoire comprenant les bruits normaux et anormaux du coeur ainsi que la sphyg*mog-raphie; — par Y examen de H appareil vocal et respiratoire, avec l’étude de la toux, de l’expectoration, de la dyspnée, de la respiration et de l’auscultation, de la capacité thoracique, des bruits respiratoires anormaux, etc. ; — par Yexamen de L’appareil digestifs lèvres, dents, lang*ue, soif, faim, nausées, vomissements, diarrhée, flatuosités, g’arg'ouillement, constipation, matières fécales, température du ventre, g’astralg'ie, dyspepsie, etc. ; — par Yexamen de l’appareil biliaire^ lacrymal^ sudoripare, urinaire et génital.

La cérébroscopie destinée à voir ce qui se passe dans le cerveau ainsi que Y auscultation et la percussion qui révèlent ce qui se passe dans la poitrine, la laryngoscopie^ y occupent une place importante, et les services que ces moyens physiques d’exploration rendent au diag’nostic du cerveau, des poumons, du larynx et, du cœur, justifient les détails dans lesquels je suis entré à leur égard.

Cette seconde partis complète la première, et si leur ensemble ne constitue pas encore la pathologie générale tout entière, elle en étend le cadre au delà de ce qui a été fait généralement jusqu’à ce jour, et de manière à répondre aux exigences de la médecine moderne.

(1) Double. .Séméiolpgie générale ou Traité des signes et dé leur valeur dans les maladies. Paris. 1811-1822, 3 vol. in-8.

(2) Landrê Beauvais.' Séméiotique ou Traité des signes des maladies, 3« édition. Paris,

1818, in-8. ^

.(3) Rostan. Traité élémentaire de diagnostic, d’indications thérapeutiques ou Cours de médecine clinique. Paris, 1826-27, 3 vol. in-8.—Cours de médecine clinique ou Traité élémentaire de diagnostic. 2®. édition. Paris, 1829, 3 vol. in-8.

(4) Piorry. Traité de diagnostic et de séméiologie. Paris, 1837, 3 vol. in-8.

(5) Racle. Traité de diagnostic médical, guide clinique pour l’étude des signes caractéristiques des maladies, contenant un précis des procédés physiques et chimiques d’exploration clinique, 4e édition par Blachez. Paris, 1888, 1 vol. in-18.

LA VIE ET SES ATTRIBUTS DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PHILOSOPHIE, l’histoire NATURELLE ET LA MÉDECINE. Paris, 1 vol. in-18 de 373 pag’es, 1862.

La science de la vie est le point de départ obligé de toute recherche médicale, et il est à regretter qu’elle se soit si souvent perdue dans les décombres de l’organisation qu’elle avait pour but de faire connaître. Elle a lâché sa proie pour l’ombre. Égarée dans les détails de la composition des tissus et de leurs principes médiats et immédiats, de la structure de leurs éléments anatomiques, de la conformation et du mécanisme des organes, des propriétés organiques et de l’histoire naturelle des fonctions, elle a trop négligé l’étude de l’ensemble, c’est-à-dire des lois générales de l’être organisé. Sans guide au milieu des innombrables documents amassés par la patience des observateurs, et incapable de les grouper méthodiquement, elle marche un peu à l’aventure au travers de ses connaissances acquises. La bonne route semble perdue pour elle. Comme ces fourmis montées sur les plus hautes feuilles de la cime d’un arbre et qui cherchant en vain par mille détours à revenir sur la tige, certains philosophes perdus dans la diversité des éléments de la vie et dans le monde des corpuscules invisibles ne savent comment revenir à leur point de départ. Sacrifiant tout aufait, rien aux principes, il semble que le fil conducteur soit tombé de leurs mains, car, absorbés dans leurs recherches spéciales, la vue de l’ensemble les embarrasseet leurapparaît presque comme un monde nouveau. On ne saurait trop déplorer les conséquences de cette méthode, car si l’observation attentive de la structure et du mécanisme des êtres vivants est indispensable aux progrès de la science médicale, la raison qui éclaire ces observations, qui les classe et qui en déduit les lois générales, n’est pas moins nécessaire à la grandeur de l’œuvre scientifique ; c’est la tige d’où sortent toutes nos connaissances et le centre où elles doivent toutes revenir.

Tout le monde n’a pas, à beaucoup près, même sentiment sur l’importance de l’étiide du principe, et des conditions premières de la vie. Indifîérence ou scepticisme, il y a des savants qui dédaignent ces recherches et qui considèrent comme perdu le temps qu’on y pourrait consacrer. D’autres, au contraire, penseurs plus profonds, ne craignent pas d’y réfléchir, et au milieu de leurs préoccupations, de leurs soucis, de la lutte absorbante des intérêts matériels, on les voit s’inquiéter du problème de la vie, et chercher à pénétrer le redoutable mystère de l’exis»

tence humaine. C’est à ces derniers que je m’adresse plus particulièrement, comme à des amis qu’une communauté d’opinion rassemble et qui sont heureux de s’entretenir d’un sujet qui les préoccupe. Qu’est-ce que la vie?... Quel est son principe et sa fin ?... Pourquoi l’humanité?... Que sommes-nous et quelle est notre destinée?... Qu’est-ce que la mort?... Telles sont les questions que j’ai voulu aborder à mon tour, après vingt années d’exercice et d’enseignement libre de la médecine, éternelles questions agitées de tout temps par la philosophie, destinées peut-être à rester toujours indécises, mais sur lesquelles la poésie, la science et la foi ne pourront jamais se taire. Quoi qu’on fasse pour les éloigner de l’esprit des générations, au nom d’une méthode scientifique difficile àcomprendre, on n’y pourra réussir, car elles offrent un puissant attrait pour les âmes soucieuses de la dignité humaine, inquiètes de leur présent, incertaines de leur avenir, et désireuses d’une conclusion qui assure leur repos. Malheureusement, comme l’ombre s’évanouit sous la main qui veut la prendre^ la solution désirée recule souvent à mesure qu’on approche, et à l’ardeur des premières convictions déçues succèdent quelquefois la négation, le doute ou le découragement. Sans avoir la prétention de résoudre complètement des problèmes qui ont usé les plus grandes intelligences, j’ai voulu dans la mesure de mes forces, et avec les données de la science actuelle, apporter quelques éléments nouveaux dans la discussion. Également éloigné de la métaphysique qui substitue des hypothèses à l’observation, et d’un sensitisme exclusif des droits critiques de la pensée, j’ai entrepris cette analyse de la vie, de ses attributs, de ses lois générales pour arriver à l’homme, et là, j’ai voulu démontrer par de nouvelles preuves l’existence d’un agent qui modifie Tactivité de la matière, celle du principe de l’identité des êtres et de la responsabilité individuelle, l’influence réciproque du physique et du moral inconsidérément confondus, enfin la loi nosologique qui, attribuant les maladies à des impressions transformées, fait de la thérapeufique Vart de provoquer des impressions curatives susceptibles de neutraliser les impressions morbides^

La séparation qui s’est faite entre la philosophie et la médecine dès l’origine des connaissances humaines, à l’occasion du principe de la vie, n’est pas près de cesser. Deux opinions contradictoires sont ici en présence. La première, qui est celle de Zénon, d’Êpicure, de Lucrèce^ d’Asclépiade, de Sylvius, de Borelli, de Cabanis, de Broussais, etc., etc., re-

présente la matière par elle-même active, seule cause de tous les phénomènes de la nature, et pour ces philosophes la vie n’est qu^un effet de cette activité. Dans l’autre, au contraire, la vie est un principe d’activité de la matière, une force qui la sollicite à des actes particuliers, enfin une cause des premiers phénomènes de l’être vivant en dehors de toute qualité de structure. C’est celle que nous nous proposons de défendre. Elle a pour elle l’autorité de Platon, d’Hippocrate, d’Aristote, de Galien, de Paracelse, de Van Helmont, de Stahl, de Grimaud, de Bordeu, de Barthez, de Frédéric Bérard, de Lordat, etc. Seulement, ici une difficulté sérieuse que nous ne chercherons pas à dissimuler se présente : quelle est la nature de ce principe désig*né tour à tour par les noms de nature, d’âme, d’entéléchie des corps org’anisés, d’archée, de principe vital, de ferment, etc. ? Nous n’essayerons pas de le dire, ou du moins, nous n’en parlerons qu’avec la plus g’rande réserve et en établissant la subordination de ce principe à la puissance supérieure d’où relèvent la conscience et le libre arbitre de l’homme. Mais si une découverte de ce genre peut satisfaire une curiosité bien légitime, elle n’est pas indispensable à la démonstration de l’existence du principe vital qui s’afiirme lui-même par ses effets particuliers. Ce serait quelque chose, sans doute, d’établir quecequ’onappelleleprincipe delavieest un /emew? auquel l’air, l’eau, la matière et la chaleur, les quatre éléments de l’antiquité, sont nécessaires; qu’elle offre les caractères de toute fermentation qui est l’absorption d’oxygène, la formation d’acide carbonique avec production de chaleur et la création d’êtres vivants temporaires, destinés eux-mêmes à propager ailleurs la fermentation, c’est-à-dire la vie de l’espèce. On y arrivera peut-être, et les travaux récents de M. Pasteur laissent entrevoir ce résultat, mais ce ne sont encore là que des éssais capables d’éclairer les voies de l’avenir.

Quant à présent, d’après les effets de la vie sur la matière brute transformée en matière organique, et formant plus tard une organisation distinctê, nous concluons un principe indépendant de l’organisation, c’est-àdire un agent donnantà la matière organiquedes attributs généraux qu’on retrouve dans tout ce qui vit et avant l’apparition d’aucun des organes réputés nécessaires à l’entretien des êtres vivants. Ce sont ces attributs généraux, distincts des propriétés organiques, que je veux faire connaître suivant en cela l’exemple des philosophes qui ont analysé les facultés de l’âme, ou celui des théologiens qui nous ont fait connaître les

attributs de Dieu. Il m’a semblé qu’en procédant de cette manière l’indépendance du principe de la vie apparaissait plus clairement à la pensée, et comme ce g’enre de démonstration a paru nouveau, je me suis décidé à publier ces réflexions déjà soumises à l’épreuve de l’enseig'nement public, dans mes cours à la Faculté de médecine, en 1857, et à l’Ecole pratique dans les années suivantes.

Ce livre de la vie et de ses attributs est destiné aux philosophes, aux naturalistes, aux médecins, et il me paraît surtout devoir intéresser les élèves qui doivent commencer leur carrière médicale par l’étude approfondie de la nature de l’homme.

Il comprend trois parties. La première est une vue d’ensemble relative à l’origine de la vie, à ses lois générales, à sa propagation dans tous les êtres vivants, et elle constitue \abrégé des phénomènes physiques de la vie en général. La deuxième renferme l’étude des trois attributs de la vie que je veux faire connaître et qui sont communs à l’homme et à toutes les espèces végétales et animales. Ce sont : 1° la sensibilité inconsciente, ou impressibilité; 2® le mouvement par soi-même ou autocinésie; 3“ enfin, la faculté que possède la matière vivante pour revêtir des formes spécifiques, ou promorphose. C’est l’analyse des différentes opérations de la vie incarnée dans la matière de tous les êtres. Dans la troisième partie enfin se trouve l’étude de la force vitale, considérée comme une puissance indépendante de l’organisation, constituant l’identité humaine, fondant la responsabilité morale, servant de base à la physiologie et à la médecine, enfin justifiant l’ordre moral et social établi dans lé monde, non comme une fantaisie des gouvernements ou une nécessité de l’association de Fhomme, mais comme la conséquence des lois naturelles de la création.

Là, j’ai dû me servir des données de l’histoire naturelle et de la médecine pour conclure à la philosophie et pour faire ressortir toutes les conséquences du fait que je venais d’établir. Je ne pouvais me taire sans déserter, ni faire de ces réticences que dans son respect de la vérité la science véritable ne saurait admettre. S’il existe des puissances capables d’entraîner la matière vers une destinée particulière et différente dans chacun des êtres vivants, particulièrement chez l’homme, il n^y a pas plus de mal à le dire qu’à le nier. C’est opposer Platon à Épicure, Hippocrate et Galien à Asclépiade, Buffon à Lucrèce, et ils l’ont été tant de fois déjà que cela ne peut surprendre aucun philosophe. Si la force vitale implique l’identité physique des êtres conduisant à l’identité morale, de

l’homme et à sa responsabilité personnelle, pourquoi ne pas le dire? Enfin, si de cette vérité résulte la séparation du physique et du moral, ce dernier ne pouvant jamais être entièrement la conséquence de l’org'anisation, quel inconvénient y a-t-il à le proclamer? Sans aucune ostentation, j’ai dit à cet ég*ard ce que je crois être la vérité, me plaçant à l’ombre des doctrines que j’ai dû mettre en présence pour les opposer l’une à l’autre, sans faire intervenir leurs premiers auteurs, sans incriminer leur caractère et sans prétendre les désigner comme représentants des idées ou des passions qui découlent de ces doctrines et qui ne sont imputables qu’à elles. En écartant les noms propres, on est plus libre dans la discussion, et sans rien perdre de son intérêt, le débat de ces principes de philosophie ancienne, renouvelé par les contemporains, conserve ainsi cette forme élévée et vraiment scientifique où chacun se fait respecter en honorant la personne de ses adversaires.

Ainsi envisagée, l’étude delà vie servira de base scientifique à la philosophie qui, voyant à côté de l’âme humaine une force extra-organique dirigeant la matière vivante dans le sens voulu par les lois de l’espèce, saura que, si cette âme est l’origine de la vie^ le principe vital est l’instrument des créations organisées vivantes; à la morale, qui, trouvant en dehors des organes le principe de leur action et de leur développement, ne pourra plus désormais considérer les passions comme un effet de la diversité des combinaisons organiques; à l’histoire naturelle, qui verra qu’un principe indépendantdes êtres pourvus d’attributs communs existe dans tout ce qui vit; enfin, à la médecine, qui sera obligée dorénavant de faire part égale, dans l’étude des maladies, aux altérations que révèlent la chimie, l’histologie, le dynamisme organique et les désordres du principe vital. Serai-je assez heureux pour voir réaliser ce programme, qui me paraît être la fusion du vitalisme et de l’organicisme? je n’ose y eompter, mais, quel que soit son avenir, je puis dire qu’il représente l’expression d’une grande vérité de la nature.

HISTOIRE DES DOCTRINES MÉDICALES. Leçons faites à l’École pratique en

1862, 1863 et 1864; première partie^ 1 volume 10-8°; Paris, 1864.

Edition épuisée.

Ce livre est la reproduction de mon enseignement à'Histoire de la médecine et des doctrines médicales à l’É ^ole pratique.

Il n’est pas écrit d’après les procédés ordinaires de philologie, d’éru^

dition et de chronologie généralement employés par les historiens de la médecine qui font autorité dans la science. Loin de là, car si j’apprécie, comme ils le méritent, les travaux de ceux qu’une technologie savante place au premier rang des hellénistes; si j’admire le travail ingrat de nos chronologies médicales, ou enfin si j’honore jusqu’aux commentaires des érudits qui se contredisent sans cesse, j’ai essayé de faire autrement, et j’ai suivi une voie différente. Ma méthode est celle de Bordeu, de Dezeimeris et de Broussais. En fait d’histoire il n’y a de véritablement utile que celle des idées par lesquelles se conduisent les hommes. Celle-là, au moins, se laisse lire, car elle fait comprendre l'esprit et l’enchaîneraent des choses. En médecine surtout, l’histoire des variations de la pensée, c’est-à-dire des systèmes suivis d’âge en âge, me semble préférable, pour le médecin qui veut connaître la philosophie de la science, à l’énumération de dates incertaines et à l’histoire de la succession des hommes et de leurs œuvres. Énumérer les doctrines, indiquer leurs principes, les transformations qu’elles ont subies dans le cours des siècles, raconter la vie et les travaux des principaux doctrinaires, voilà le but de mon enseignement et de ce livre. Dans mon opinion, c’est là l’histoire philosophique de la médecine.

Il ne faut pas se le dissimuler, ce procédé historique exige des connaissances spéciales d’anatomie, de physiologie et de médecine pratique, que ne possèdent généralement pas les chronologistes, les philologues et les érudits. Il ne peut être employé ou compris que par les médecins, et il n’y a qu’un esprit bien nourri des connaissances médicales qui puisse apprécier convenablement les hommes et leurs doctrines, découvrir la pensée d’une époque ensevelie sous le nombre croissant des faits et comparer le présent à ce qui n’est plus.

Aux médecins donc plutôt qu’aux philologues s’adresse cet exposé des doctrines médicales. Quant à ceux qui préfèrent l’histoire chronologique des événements de la science, ils trouveront dans les traités d’histoire delà médecine de Leclerc, de Freind, d’Éloy, de Sprengel, de Renouard, etc., tout ce qu’ils désirent connaître sur la chronologie médicale. Ce livre, complément de mon Traité de pathologie générale^ ne contient que l’histoire des doctrines médicales et des doctrinaires. On y trouve l’exposé du mysticisme et de la théurgie, médicale, de la démonomanie, de la sorcellerie, du magnétisme, de l’homœopathie, de l’hypnotisme, des tables tournantes, etc., dont une partie a été publiée dans la

Revue des cours scientifiques. Vient ensuite l’exposé du naturisme.^ de ses principes, de ses transformations et des œuvres des principaux naturistes. C’est là que j’ai placé l’analyse critique d’Hippocrate, d’Athénée, de Galien, des principaux médecins arabes, de Paracelse, de Van Helmont, deStahl, de Bordeu, enfin de Barthez, à propos duquel j’ai exposé mes idées sur le vitalisme.

La 2'"'partie, qui doit paraître très-prochainement parce qu’elle est entièrement rédig’ée, comprend le méthodisme ancien et moderne, auquel se rapportent les œuvres de Thémison, de Frédéric Hoffmann, de Gullen, de Brown et de Broussais ; né des travaux d’Hérophile, d’Era-

sistrate et de l’Ecole d’Alexandrie, ayant servi de base à l’anatomie de Galien et en honneur jusqu’aux découvertes anatomiques de la Benaissance qui lui ont donné un nouvel essor. De cette doctrine proviennent la physiolog*ie et la chirurg-ie moderne, l’anatomie normale telle qu’on la professe aujourd’hni et l’anatomie patholog'ique depuis Bonnet et Morg-agni jusqu’à Virchow, enfin tous les moyens d’exploration, tels que la percussion, l’auscultation, le spéculum et Fophthalmoscope, si utiles aux progrès de la science. Vient ensuite un exposé àe, Vempirismè ancien et moderne avec tous ses avantages et ses inconvénients, présenté comme une abdication de l’esprit, destiné à produire l’avilissement de la raison s’il reste à l’état de doctrine absolue borné à la simple constatation des faits, tandis qu’il est la source de tout progrès lorsqu’il devient l’empirisme raisonné. Cette partie S3 termine enfin par un exposé de l'éclectisme, qui détruit tous les systèmes sans pouvoir rien édifier. Au reste, on peut lire ci-après le programme du cours tout entier, tel qu’il a été professé à l’Ecole pratique.

Paris. A. Pabbnt, imprimeur de la Faculté de Médecine,

M''-le-Prince, 3t.

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