MÉDECINE LÉGALE
MÉMOIRE SUR LA DOCIMASIE PULMONAIRE A l’AIDE DES INSTRUMENTS D’OP- TiQüE. (Lu à l’Académie de médecine en 1862 , publié par F Union médicale. Brochure in-8, 1862).
Ce mémoire a pour but de faciliter la recherche de l’infanticide en établissant par de nouveaux caractères le fait de la respiration des nouveau-nés. Tout le monde sait qu’un poumon qui a respiré est rempli d’air, mais la médecine lég’ale française n’avait jamais eu l’idée d’en démontrer la présence au moyen de la loupe et du microscope. C’est pour suppléer à cette lacune et pour aider aux prog*rès de la science médicolég'ale, que j’ai \mei^mé\eu docimasie pulmonaire optique.
Bien que ma découverte n’ait rien de bien extraordinaire, ni qui mérite d’exciter l’envie, le rapporteur de mon travail à l’Académie de
médecine, a voulu m’en dépouiller complètement au profit d’un de ses collèg’ues, qui s’est laissé faire. Tous deux se sont réunis pour accomplir ce larcin académique contre lequel je proteste encore aujourd’hui.
J’ai recherché la valeur de cette méthode sur des poumons d’animaux sacrifiés en état de g’estation, sur des poumons de fœtus ayant à peine respiré, sur des poumons de mort-nés, sur des poumons de nouveau-nés morts en venant au monde ou dans le sein de la mère, sur des poumons d’enfants n’ayant pas respiré et mis en état de putréfaction, afin de me mettre dans les conditions variées où se trouve un médecin lég-iste dans les affaires criminelles.
Partout j’ai vu qu’avec la loupe on pouvait reconnaître le fait de la respiration des nouveau-nés à la présence de vésicules aériennes, visibles sous la plèvre, faciles à mesurer en millimètres, et que, lorsqu’il n’y avait pas eu de respiration, la loupe ne montrait pas de vésicules pulmonaires. Cette méthode m’a paru d’autant plus utile à faire connaître quelle n’est indiquée dans aucun de nos traités de médecine legale, qu’on peut l’employer sans abîmer les poumons ; enfin, qu’elle s’ajoute à toutes les autres méthodes connues de docimasie pulmonaire. Ce mémoire est accompagné de planches réprésentant l’aspect à la loupe des poumons qui ont ou n’ont pas respiré, il se termine par les conclusions suivantes :
1° Les instruments d’optique, tels que le microscope et les loupes, dont on n’a jamais fait usage en médecine légale comme moyen de docimasie pulmonaire, peuvent servir à reconnaître qu’un poumon ou qu’un fragment de poumon a respiré : c’est la docimade optique.
2" Une forte loupe permet de constater avec une précision jusqu’ici inconnue la présence des vésicules pulmonaires, dont on peut même compter le nombre, quand, sur un lobule ayant peu respiré, il n’y a qu’un petit nombre de ces vésicules remplies d’air.
3° L’inspection de la surface extérieure des poumons d’un enfant ou d’un animal nouveau-né avec une loupe, permet de constater, ce qu’on ne voit pas à Tœil nu : 1“ la présence de l’air dans les vésicules pulmonaires; 2° l’affaissement de ces vésicules par la maladie; 3® enfin leur imperméabilité congénitale si l’enfant n’a fait aucun effort d’inspiration.
4“ Sous le microscope, avec un grossissement suffisant, l’étude d’une parcelle centrale de poumon ayant respiré permet de Constater des bulles d’air emprisonnées dans le tissu.
5“ Le tissu des poumons qui n’ont pns réspiré est compacte, mou, blanchâtre et rosé au milieu de la gestation, rouge-brun comme le tissu normal du foie ou comme du chocolat, si l’enfant est à terme, et l’on voit à sa surface les intersections celluleuses qui circonscrivent les lobules.
6° Le poumon qui a complètement respiré est rose, pâle, mou, crépitant, surnage et renferme dans chaque lobule un amas de vésicules aériennes, brillantes, arrondies, transparentes, invisibles à l’œil nu, mais appréciables au foyer d’une bonne loupe.
7® Le poumon qui n’a pas complètement respiré'est rose, crépitant, mou, marbré de taches rouges et brunes chocolat, compactes, dures, allant au fond de l’eau; et dans ces taches brunes, la loupe ne distingue aucune vésicule aérienne.
8° On voit des poumons ayant à peine respiré dont la plus grande partie est compacte et imperméable, mais dans lesquels se trouvent ,çà et là des lobules infiniment petits, larges de quelques millimètres, où existent des vésicules aériennes remplies d’air. Quand elles sont peu nombreuses, on peut les compter, il n’y a qu’une bonne loupe qui permette d’atteindre ce résultat.
9° Des lobules de poumon qui ont respiré peuvent être comprimés dans les doigts, sans qu’on puisse chasser l’air constaté avec la loupe dans les vésicules aériennes.
10“ Après une putréfaction de plusieurs jours dans l’air et dans l’eau, on reconnaît encore à la loupe les vésicules aériennes d’un poumon qui a respiré.
11° La putréfaction qui détermine des gaz dans le tissu cellulaire ou dans les cavités séreuses ne produit dans les poumons que de \emphysème interloculaire^ et jamais de gaz dans les vésicules pulmonaires, de façon à faire croire au médecin que la respiration a eu lieu.
12“ On peut, avec la loupe, distinguer certains cas d’emphysème interlobulaire général par l’insufflation, de l’emphysème interlobulaire partiel que produisent souvent les premiers efforts d’inspiration.
13“ La méthode de docimasie pulmonaire que je viens de décrire peut être employée concurremment avec les méthodes (jravative de Ploucquet, hydrostatique àe Daniel et de Bernt, ou avec la surnataHon de Galien, dans la recherche médico-légale de l'infanticide.