Fièvre hectique
(Dicl. de méd et de chir. pratique. Paris, 1873, tome XVII.)
L’étude de la fièvre hectique a également bénéficié des recherches thermométriques qu’on y a appliquées. Cependant ces recherches paraissent avoir moins tenté les observateurs, et depuis lochmann (1851) jusqu’à nos jours, les travaux se sont peu multipliés. Un des derniers élèves de M. Hirtz, le docteur Eudes, a recueilli sous ses yeux les éléments de sa thèse inaugurale parue dernièrement, et lui-même, il vient de consigner dans l’article qui va paraître le fruit de ses propres
recherches, ïl y a tracé le cycle habituel de la marche Ihermométrique de la fièvre hectique en montrant la signification pathologique de différentes formes delà température selon l’intensité et la variété de l’espèce morbide. C’est la partie nouvelle de la question qui, sous les autres rapports, ressort de la clinique usuelle.
Le travail sur la fièvre est terminé par quelques propositions qui en résument les données capitales :
Propositions. — I. La fièvre est essentiellement caractérisée par une augmentation morbide de la température du corps, due à une exagération de la combustion des éléments, des tissus et des humeurs. Tous les autres symptômes fébriles peuvent manquer et ne sont qu’accidentels.
II. L’origine de ce travail de suroxydation générale se trouve primitivement dans le sang. Dans certains cas, la pénétration de l’élément pyrogène se démontre directement (fièvres traumatique, pyémie, septicémie, fièvre hectique, inoculations), ou se déduit avec certitude (exanthèmes, typhus, malarias fébriles).
Il est probable, déplus, que des éléments normaux du corps, émanés d’un foyer inflammatoire ou retenus par les émonctoires. peuvent, dans certains cas, devenir agents fébriles par leur accumulation dans le sang.
III. Le processus morbide, suscité dans le sang par les éléments pyrogènes, offre, dans bien des cas, une certaine analogie avec celui de la fermentation, et notamment par l’extrême activité fébrile développée par des quantités minimes. Mais l’intervention causale de germes organisés, protozoaires, vibrions, etc comme agents et porteurs de cette catalyse, n’est pas démontrée.
IV. Outre les lésions de température et de combustion, la fièvre
s’accompagne d’im changement dans le dynamisme nerveux et qui frappe surtout le système vaso-moteur et relâche consécutivement le cœur et les vaisseaux. Cette action, qui paraît avoir son centre vers les origines de la moelle allongée, contribue probablement à la prostration générale, à la stase sanguine et à l’affiiiblissement du pouvoir régulateur de la température. Cet état du système nerveux doit être considéré comme consécutif à la combustion fébrile.
V. IjQS fièvres sont des maladies primitivement générales, ordinairement d’origine infectieuse, et ne relevant d’aucune lésion causale localisée. Il n’y a pas de fièvres essentielles, dans le sens d’un simple trouble fonctionnel, puisque tout mouvement fébrile est caractérisé par une combustion moléculaire.
VI. Entre les fièvres primitives et les fièvres consécutives à une maladie locale^, se trouve une série intermédiaire de phlegmasies fébriles, où la fièvre accompagne l’inflammation sans en être l’effet. Dans ces cas, la fièvre parcourt la courbé régulière des pyrexies primitives : elle naît avant ou avec la phlegraasie et cesse ordinairement avant elle.
VII. Primitive ou secondaire, la fièvre est par elle-même une maladie dangereuse : 1“ parce qu’elle consomme ou altère plus ou moins rapidement les éléments du sang et des tissus; 2“ parce qu’elle déprime gravement les forces nerveuses et les principaux moteurs de la circulation et de la respiration.
L’excès de la température est une des causes principales, mais non unique, de ce danger.
VIII. Si grande que soit sa valeur séméiotique, elle ne doit pas être à elle seule la base ni du pronostic, ni du traitement. L’état du système nerveux,.celui de la circulation et de la respiration, fournissent des indications d’une valeur correspondante.
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IX. Il faut reconnaître néanmoins que les médicaments les plus puissants contre la fièvre sont précisément ceux qui diminuent la température du corps, réfrènent le pouls et rétablissent la tension vasculaire. Ils semblent frapper la fièvre à la fois dans son foyer général et dans ses manifestations locales.
X. L’importance de la thérapeutique antipyrétique se déduit de ce que ; 1“ la fièvre est souvent toute la maladie: 2" elle est toujours le danger principal ; 3“ même quand elle est liée à certaines phlegmasies concomitantes, elle peut être dominée par les moyens antifébriles, car d’ordinaire la réduction de la fièvre arrête la marche progressive de l’inflammation.
Outre les travaux publiés directement parM. Hirtz, ses leçons orales et les observations qu’il indiquait à ses élèves ont inspiré à un certain nombre d’entre eux le sujet de leur thèse inaugurale, où se trouvent consignées les idées de son enseignement.
On peut citer principalement : Bertrand, Quelques-considérations sur lélément fièvre au point de vue cUniqne (1862).
Marvaud. Étude sur le frisson et les sensations de froid perçus dans les maladies. — Travail de physiologie pathologique d’une véritable portée et accompli par un esprit très-distingué. (1866.)
CzERNiKi. Étude clinique sur la fièvre typhoïde., sa marche, sa physiologie pathologique, ses indications thérapeutiques (1867).— Ce travail d’une portée clinique sérieuse est consacré à la démonstraticin de ce fait d’observation, que la fièvre typhoïde n’est une maladie miasmatique et primitive que jusqu’à la fin du 3® septénaire et qu’à dater de l’ulcération intestinale, la fièvre appartient à la classe des fièvres d’absorption putride.
Venaud. Des affusions froides comme agent antifébrile (1867). —Étude de thérapeutique faite avec précision à l’aide du thermomètre.
Nicole. De la méthode antipyrétique dans le traitement de la pneumonie 1868. — Exposé de cette méthode et de ses agents
et son application motivée au traitement des pyrexies inflammatoires.
Bernheim. Des fièvres typhiques en général (thèse d’agrégation, 1868.) — Application des principes de l’école pyrétologique de Strasbourg.
LiÆOKï. Étude clinique sur la température elle pouls chez les nouvelles accouchées^ 1869.
CoRTiAL. Essai sur les indications thérapeutiques dans la fièvre typhoïde (1869).
Hirtz (Hippolyte). Essai sur la fièvre en général. 1870.
Darricarrère. Quelques considérations générales sur la chaleur fébrile
Charvot. Pouls., température et urine dans la crise et dans la convalescence de quelques pyxexies{{\\hQ de Paris, 1.871). — Cette thèse, dont les éléments ont été recherchés sous nos yeux, a dû être soutenue à Paris, par suite des événements qui fermèrent, l’école de Strasbourg. Cet élève distingué recueillit de grands éloges.