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Crises. Jours critiques

{Dict. de méd. et de chir. ‘pratique, art. Crise.)

Après avoir exposé historiquement la question doctrinale, montré le terrain perdu de nos jours sous l’influence d’études trop localisatrices, l’auteur rappelle que ce fut Andral qui, dans sa thèse inaugurale (1824), réhabilita l’idée de la crise, puis il entre en matière :

« Pour former notre opinion sur la réalité des crises et des jours critiques, nous chercherons la réponse, non dans des considérations théoriques, mais dans l’observation des faits. Nous conviendrons tout d’abord que la méthode rigoureuse pour la solution expérimentale du problème n’est pas encore assez ancienne pour fournir dès à présent des réponses complètes. Il y a toutefois en faveur de la doctrine des analogies tirées de la physiologie et de la pathologie générales, qui ne nous paraissent pas sans valeur. Dans tous les êtres organisés et vivants et surtout dans les êtres supérieurs, il existe une force de défense qui sauvegarde l’intégrité du corps dans le milieu ambiant qui tend à le modifier et qui lui maintient sa température et sa composition malgré l’incessant assaut des causes chimiques et physiques qui le sollicitent constamment par leur affinité ou leur influence. Cette neutralisation permanente des causes modificatives qui assurent l’état physiologique ne cesse pas son action quand celles-ci ont

momentanément triomphé, c’est-à-dire, pendant la maladie. Cette tendance des corps organisés et vivants à « revenir au type physiologique, les anciens l’appelaient nature médicatrice. »

Sans accepter entièrement cette expression ontologique, l’auteur constate comme un fait d’observation rigoureusement acquis cette propriété de l’organisme à maintenir sa structure et ses fonctions et à y revenir lorsque l’équilibre a été rompu.

« Nous savons aujourd’hui par quelles voies et moyens l’organisme neutralise et élimine certains éléments toxiques, et par quels procédés physiologiques se régularise la température animale, lorsqu’elle est anormalement augmentée. La simple évolution des abcès depuis leur formation, jusqu’à leur élimination, l’expulsion ou la séquestration du corps étranger, l’élimination des poisons, celles des virus et des contages dans les fièvres éruptives sont autant d’images et d’exemples des efforts victorieux de l’organisme pour revenir à son type primitif et des procédés qu’il emploie pour y arriver. »

Passant à l’application de ses données à la fièvre, l’auteur ajoute: « L’observation exacte et impartiale de la marche des maladies aiguës et fébriles en général, montre que là aussi la nature suscite à un moment donné des mouvements dont la caractéristique rentre évidemment dans la nature de la crise ». c... « Cette démonstration a été faite expressément presque à chaque époque de rénovation scientifique ; au premier quart de ce siècle, la question était solennellement posée par la Faculté de Paris, lors du concours d’agrégation. La réponse échut à Andral ; elle fut complètement affirmative pour la crise elle-même, et douteuse pour les jours critiques et préfixes. De nos jours enfin, reprise par les écoles allemandes et étudiée à l’aide des procédés rigoureux de la thermométrie, la crise fut constatée et observée avec précision. »

Dans'les vues de l’auteur, la définition de la crise pourrait comprendre une portée plus générale et s’étendre — « aux actes en vertu desquels l’organisme ou les organes tendent à revenir

au type physiologique, après avoir éliminé ou neutralisé les causes perturbatrices. Mais en vertu d’une acception usuelle, cette action inhérente à toiis les organes et même à tout élément organique n’a été appliquée, en pathologie, qu’à l’intervention de l’organisme tout entier et limitée à cet état particulier qu’on appelle la fièvre, et avec plus de précision encore, la fièvre aiguë. »

« Or le caractère clinique et fondamental de la fièvre étant une augmentation morbide de la température accompagnée d’un certain nombre de phénomènes dérivant du système nerveux, le phénomène critique capital consistera aujourd’hui dans la diminution et la disparition de la température fébrile. »

En se plaçant à ce point de vue, l’auteur ajoute «que de cette parenté étroite qui lie les phénomènes critiques à l’étude de la chaleur morbide et confond presque les deux termes, résulte nécessairement que les seules notions exactes et précises que la médecine contemporaine ait ajoutées à l’étude de la crise sont fournies par ceux qui ont étudié la température fébrile dans les maladies aiguës. »

.De ces notions combinées avec.celles des pathologistes de tous les temps, l’auteur déduit les propositions suivantes :

« Dans les maladies aiguës fébriles, la crise est un fait réel ; elle consiste dans la cessation plus ou moins rapide de la chaleur fébrile et du malaise général, avec ou sans évacuation spéciale. J^a crise est une défervescence rapide ; elle doit se faire en moins de quarante-huit heures; la lyxis qsX un mode de défervescence un peu plus long, mais également critique. »

Les recherches faites sur l’époque de son début fournissent des données variables selon les maladies ; l’auteur les formule ainsi : « Du troisième au cinquième jour, dans les fièvres, éruptives, du cinquième au neuvième dans la pneumonie, du quinzième au vingtième dans le typhus ; passé ce jour il est peu de maladies qui se terminent par une crise véritable; aussi la

fièvre,lyphüïdiî, à-moins de constituer des formes très*aig.uës. et rapides, présenler-t-clle rarement ce mode de terminaison. »

L’auteur pose ,ensuite cette question ; faut-il compter la.crise à dater de, la cessation. de la fièvre ou de celle de la. maladie locale? Il y répond de la manière;suivante ; «Dans une intlamraation fébrile,, une pneumonie par exemple, la cessation de la fièvre et du malaise général précède la résolution locale ; organiquement la maladie existe encore. Pour nous néanmoins, la.crise est faite, puisque la. maladie et que la fièvre et la.ma-

ladie ont fait place,à l’appétit et à,l’alacrité.- En effet, à dater de ce moment, l’éuoA//i!ow. progresswe-àQ l’inflammation est arrêtée, les exsudais locaux vont commencer leur, marche^ régressive, mais Vorgauisme n’est, plus, malade. Ce rapport entre la fièvre et la maladie locale,, qui ne subordonne plus la première à la seconde, est fourni par une observation rigoureuse, féconde en déductions pathologiques et thérapeutiques. Nous en avons dit quelques mots à l’article Chaleur, et nous: en développerons, les conséquences à l’article Fièvre. »:

L’auteur cherche ensuite à résoudre, à l’aide de. la thermométrie, un certain nombre de questions secondaires-sur les rappo;ds de la crise avec l’étendue de là maladie locale, avec l’intensité de la fièvre, avec l’âge, le sexe et le tempérament. Il étudie ensuite certains phénomènes précurseurs qui annoncent la crise, signale.les .exagéralions de la ,sémiotique ancienne sur ce point ; il mentionne.les recherches des ,thermographes sur l’époque de la journée favorable aux. crises et.indique les autres; manifestations fonctionnelles qui raccompagnent et,notamment les modifications du pouls et les. évacuations critiques... Ces dernières.comportent des détails.de. chimie organique qui ne peuvent,se reproduire

Quant au rapport des évacuations critiques et notamment les sueurs avec la.chute, de la. tempéralurei l’auteur ajoute : , « Les recherches, therraoinétriqucs ont démontré avec la dernière

rigueur que la chute de la température précède la transpiration. Celle-ci n’est donc pas cause de la crise, seulement l’observation démontre également que la fièvre tombe plus rapidement quand la sueur est profuse, tandis que la crise est plus lento lorsqu’elle fait défaut. »

A cette question des évacuations critiques se rattachent un grand nombre de solutions quant à leur nature, quant à leur détermination, quant k leur influence suivant l’époque de leur apparition, quant aux indications thérapeutiques qu’elles comportent. L’auteur a discuté ces questions qu’on ne peut ici que mentionner.

La grande question des jours particulièrement critiques et préfixes, judicatoires et préparatoires, poussée par Galien jusqu’à l’extravagance, semblait définitivement enterrée, quand le professeur Traube, de 1851 à 1852, dans une série d’articles insérés dans la Deutsche A72W>^., et se .fondant .sur un grand nombre d’observations précises, tenta de la ressusciter. Il aflSrma que la chute rapide de là température dans les maladies aiguës, suivies de guérison, tombe pour la majorité des cas sur les jours impairs.- L’autorité scientifique du savant clinicien provoqua de -toutes parts de nombreuses recherches. M. Hirtz les exposé dans son. travail en y ajoutant celles faites à la clinique de Strasbourg et-dont le résultat négatif vient corroborer celles faites a l’étranger.

Avant de déduire de son travail les notions du pronostic édifiées sur la doctrine des crises et des médications thérapeutiques qui en surgissent, l’auteur se résume ainsi :

« Résumons, à cet effet, sommairement ici les notions analy- » tiques que nous venons de développer, afin d’en former un » tableau d’ensemble du mouvement critique. Nous disons donc ; » la doctrine formulée par les anciens est fondée sur une obser- B vation juste et vraie; la crise consiste essentiellement dans une » chute rapide de la température fébrile, avec retour du pouls

» au type normal, cessation du malaise général et de la pros- » tration des forces, et d’ordinaire accompagnée ou suivie du » rétablissement des sécrétions ou de leur augmentation, et » quelquefois d’une fluxion pathologique conduisant rapide- » ment à la guérison. La crise est propre aux maladies ai- » gués et fébriles. L’époque de la crise varie, selon l’espèce de » maladie, entre un et vingt et un jours; elle n’a pas pour cha- » cune un jour fixe, ni pair, ni impair, mais elle est presque » toujours annoncée ou précédée de deux à trois jours par une » rémission provisoire ou un état inférieur de la température, » accompagné d’un sentiment de soulagement et de détente, seules » preuves de la crise. La crise doit se compter du moment de la » cessation de la fièvre, malgré le reliquat organique subsistant » de l’inflammation. »

2û. Fièvre. Des Fièvres.

Ce volumineux travail, où l’auteur a dû fondre avec les nombreux documents contemporains ses recherches propres, qui ont occupé une partie de son existence, ne comporte pas un exposé analytique, d’autant moins que les recherches précitées sur la chaleur morbide et les crises se fondent physiologiquement dans l’étude delà fièvre; il s’y rattache, d’un autre côté, au complément de pathologie usuelle qui ne doit pas trouver place ici. On se bornera dès lors à détacher de ce travail quelques fragments qui indiquent plus particulièrement les tendances et les recherches de l’auteur.

L’auteur a d’abord étudié le phénomène fébrile lui-même et ensuite les Fièvres rangées dans le cadre nosologique. Pour les deux séries, des tracés thermométriques nombreux sont consacrés tant aux périodes séparées qu’à la marche d’ensemble des différentes pyrexies. Ainsi, pour la courbe du frisson; il déduit ceci ; «L’invasion de la chaleur précède le frisson; elle précède

même, selon nos observations personnelles, toute sensation subjective; une demi-heure avant le frisson, la peau semble iin peu plus chaude qu’à l’ordinaire. Au moment où le froid éclate, il s’établit immédiatement entre les températures interne et externe un antagonisme ; qui se traduit par l’écartement des deux courbes thermométriques; à mesure que la température interne monle, le ' thermomètre s’abaisse à la surface, si bien qu’au bout d’une demi-heure une température centrale de 39 degrés peut correspondre au chiffre 29 sur le thermomètre placé dans la main. A mesure que le frisson diminue et fait place à la deuxième période, les deux tracés tendent à se rapprocher, mais la chaleur intérieure arrive souvent à son maximum avant que le frisson soit terminé. Il est donc expérimentalement démontré que le frisson n’est pas une sensation illusoire, noiais la perception d’un froid réel. Il survient surtout au moment où la chaleur fébrile s’élève rapidement et s’observe presque exclusivement dans les pyrexies qui débutent par un grand accès de fièvre. »

Chaque période de la fièvre est ainsi représentée par sa courbe particulière, y compris la période agonale et les divers modes de défervescence, y compris aussi la température de la convalescence. :

Parmi les phénomènes fébriles, il y en a un certain nombre qui ont de tout temps attiré particulièrement l’attention, parce (I 0 :’ils se rattachent à la conception de la nature physiologique de la fièvre et à ses éléments séméiologiques. L’urine a été particulièrement étudiée à la clinique de Strasbourg. Nous citons ici un passage qui s’y rapporte.

« De tout temps, chez les anciens surtout, l’inspection de Turine des fiévreux a été un objet de première importance ; on y cherchait à la fois la signification de la fièvre et le caractère des crises. Négligée depuis longtemps chez nous, comme bien d’autres éléments de ta fièvre, l’étude des urines a été reprise, dans ces der-

iii^rs vingt ans, .en Allemagne, en Angleterre, comme aussi à la clinique de Strasbourg,,celte fois surtout dans le but de trouver les traces de la combustion fébrile. Ainsi ondit partout dans nos livres que, .dans la fièvre, rurine est rare et concentrée j cela n’est pas exact pour la période , de frisson : les urines sont alors abondantes et claires; aboudantes, parce que la circulation du rein est; plus active:et celle de la peau nulle;, claires parce qu’au moment du frisson, la décomposition moléculaire ne présente pas micore de déchets proportionnels assez notables pour en troubler la transparence. » (Art. Fièvre.)

« Pendant la période d’état, elles sont parcimonieuses, fortement colorées dans rinflammation, d’un brun acajou dans la fièvre paiudéenne ; état jaune opaque au début de la.fièvre typhoïde. Pendant et après la cris,e,selles deviennent plus copieuses et d’un brun -sale; {Ibid,)

L’auteur représente ici une double courbe, représentant a quantité d’urine comparée, à: celle du tliermomjètre : .«Elle-montre que les plus hauts degrés de la température concordent avec les plus faibles quantités d’urine, et que la densité.est en raison inverse de la quantité. »= . .

Vient ensnite une étude-minutieuse des caractères chimiquès de l’urine aux différentes périodes de la fièvre. Un grand nombre d’auteurs concourent à ce ^résultat *, la clinique de Strasbourg, par les recherches de Hepp, ,a:été à même de les contrôler et d’y ajouter sa contribution propic, notamment en ce qui concerne les produits d’oxydation intermédiaires (leucine, hypoxanthine, créatine, etc.). Uauteur, après en avoir donné lé tableau, .se voit obligé d’ajouter : « Avec un de nos élèves, nous étions engagés dans ces recherches intéressantes appliquées à la fièvre, quand les malheurs de la patrie, la chute de la Faculté de Strasbourg et la mort de Hepp nous en ont ôté à la fois le courage et les moyens. » (/éïû?.)

. Mais l’urine, dans ses déchets combustifs, rend à peine compte

du huitième de’ la^chaleur produite ; d‘aùleur l’avait déjà signalé à l'article’ Gh.vleuIV et émis le vœu que' les éléments comhurés, échappés par les poumons, pussent être vérifiés. « Ge vœu a été rempli depuis par le'p^féSseür< Lieberm'eister, de‘ Râle;, et-par IjOyden, de Kœnigsberg. 11 résulte' de ees recherches que la quantité dàicide carbonique respiré dans un temps donné par un fébricitant est à celui émis par un homme sain comme i 1/2 est-à-l-. Ge qui veut dire que l’air respiré représente une quantité de combustion infiniment plus forte que celle ■ indiquée par l’aug:mentation d’urée, »

Parmi les'phénomènes fébriles; la significalién deda sueur n’est pas toujours Iffi même; l’auteur s’y arrête longtemps La sécheresse de la peau de la fièvre est un fait-d’observation

vulgaire ; mais si la sueürest en quelque sorte la*üiâse?de la-chaleur, elle n’est pas celle dè là fièvre; car s’il est impossible physb quement qiïe révaporalion ne diminue pas la température; cette diminution ne peut-être que temporaire tant que la cause productive ne cesse pas d’être exagérée, Voilà pourquoi les sueurs du début n’ont aucune signification critique ;œt, d’un autre côté, il est des fièvres très-graves, le plus souvent mortelles, avec persistance de la sueur et une température excessive, cemœe la miliaire, la suette. Gela arrive même dans lenhumatisme fébrile;: ce fait tient précisément à l’intensité de la combustion, qui, malgré des sueurs compensatrices, accumule une^ chaleur anormale excessive qui combure rapidement les tissus. La siieür nén est donc pas moins un moyen de modération de la température et un symptôme favorable; car, on peut-présumer, vu l’énorme déchet d’urée et d’acide urique éliminés dans certaines fièvres avec, transpiration, que, sans la sueur, la chaleur fébrile serait encore plus immodérée.

L’auteur a fait quelques recherches lhermométriques relatives à rinfluence des hautes températures sur les troubles nerveux dans la fièvre. Il montre entre autre une courbé de deux fièvres

intermittentes, observées de cinq à cinq minutes, « où l’on voit avec précision le délire éclater au moment de la plus haute température (fig. 11 et 12). »

La physiologie pathologique de la fièvre, celte grande question que les générations se sont léguée les unes aux autres depuis Hippocrate, n’a été, jusqu’à l’époque contemporaine, étudiée qu’à l’aide du syllogisme et a été le champ clos où se sont escrimé tous les faiseurs de systèmes. La voie expérimentale était le seul chemin à suivre pour prouver, cette solution ; elle a été trop récemment ouverte pour fournir, dès à présent, une solution absolue ; mais que de beaux résultats déjà obtenus ! L’auteur, en citant les recherches faites sur le sang par Andral et Gavarret, sur l’urée du sang par Hepp et Picard, sur son altération sépticémique par Coze et Feltz, après y avoir ajouté les recherches de Zencker, de Hasselt, de Vallin, de Weickart sur certaines lésions moléculaires des éléments organiques, ajoute : « Mais il ne faut pas oublier que la plupart de ces lésions, témoins vivants de la combustion fébrile, ne sont encore que les effets de cette combustion, les cendres du foyer; c’est quelque chose cependant pour la physiologie de la lièvre et pour l’appréciation de ses conséquences et de ses dangers ; ces débris, les uns frappés de nécrobiose, les autres incinérés par la suroxydation, attestent la nature et la violence du travail combuslif qui est l’essence de la fièvre en même temps que de ses ravages. Constatée comme lésion unique dans les pyrexies devenues mortelles, il constitue la véritable anatomie pathologique de la fièvre. Ce qu’il faudrait trouver encore, c’est l’étincelle qui l’allume, c’est-à-dire le corps pyrogène primordial, dynamique, chimique ou miasmatique et dont le premier effet est de susciter la combustion ou de troubler la régularisation de la chaleur. Là nos recherches sont arrêtées... »

En montrant les conditions des progrès ultérieurs à faire dans cette direction, l’auteur ajoute: «Ce fut la renaissance delà thermométrie clinique qui ramena de nouveau les observateurs

dans la voie féconde... Grâce à cette nouvelle direction, la clinique et l’expérimentation oiit trouvé un point de départ fixe et constant pour l’étude de la fièvre, et dé nouveaux travaux ont pu et pourront être entrepris pour pénétrer dans l’intimité du processus morbide et pour contrôler par l’analyse chimique et les procédés physiologiques les changements intimes déterminés par la combustion fébrile dans le sang, dans les humeurs, dans les sécrétions. »

Après ces préliminaires, l’auteur passe à la théorie de la chaleur fébrile, déjà ébauchée à l’article Chaleur, et renforcée depuis par de nouvelles recherches portant sur le système nerveux. (Naunyn, Tchechichin, etc.) L’auteur conclut que dans l’état actuel de la science nous ne sommes plus réduits à définir la fièvre par quelques symptômes principaux ; mais que nous pouvons caser cette définition sur la nature même des proce.ssus morbides : « Après cette longue discussion nous croyons pouvoir formuler la fièvre dans une définition basée sur sa nature : La fièvre est caractérisée par une augmentation morbide de la chaleur^ due à une augmentation de la combustion moléculaire et à une diminution dans Vémission, et provoquée dans la majorité des cas par une altération du sang. »

« Il résulte de cette dém.onstration que si la fièvre n’est pas^ subordonnée à une lésion locale, elle n’est iamais une maladie essentielle^ selon l’expression classique, c’est-à-dire un simple trouble du dynamisme vasculaire et nerveux. C’est une lésion qui a son anatomie pathologique, lésion d’autant plus grave qu’elle circule avec le sang et affecte ainsi l’organisme entier. »

Après la physiologie générale de la fièvre, l’auteur passe à la physiologie des symptômes. Qu’on lui permette de citer ce passage un peu long, comme l’expression de ses idées personnelles : « La fièvre n’est pas seulement -un syndrome ou une complication ; c’est l’extension de la maladie, quand elle est symptomatique ; c’est la maladie tout entière quand elle est

primitive. Qu’est-cé que l’iuflammatioii? C’est la combustion localisée. Qü’est*-ce que la fièvre ? C’est la combustion généra- ■sée. C’est inversement à la pensée profonde de Galien, quand il ,it que Y inflammation est ime fièvre locale, et nous pourrions dire maintenant que la fièvre est une inflammation générale... Cetle identité des deux processus nous explique leur facile passage de l’un à l’autre, aussi bien que leur coïncidence ; et comment une inflammation devient facilement fébrile, comment aussi la fièvre peut déterminer des inflammations, et comment enfin une cause unique peut simultanément provoquer les deux à la fois sans que l’une puisse être dite l’effet de l’autre. Cela nous paraît être le cas pour certaines inflammations spontanées et à marche cyclique, pour la pneumonie, le rhumatisme fébrile, l’érysipèle... La distinction en maladies générales et locales n’est pas toujours aussi tranchée dans la nature que dans la conception de l’esprit, surtout avec l’échange incessant des matériaux entre les parties et le tout, etc... »

L’auteur passe ainsi en revue la série des principales manifestations fébriles et cherche à en déduire la conception par les notions de la physiologie basées sur la clinique.

Quant aux rapports entre la fièvre et la maladie locale au moment de la défervescence, il hasarde quelques idées qu’il croit devoir citer comme une profession de foi basée sur de longues recherches. « La rapidité de la cessation de tous les symptômes aussitôt que la chaleur est tombée et alors que tous les autres phénomènes-tangibles de la maladie locale existent encore, met en évidence leur rapport. Souvent alors subsistent toutes les lésions locales de l’inflammation causale, et cependant le malade témoigne un bien-être considérable et se dispose à se lever.» Nous avons en toute occasion insisté sur ce fait si gros de conséquences doctrinales et pratiques ; il n’a pas échappé à Laennec ni à Andral. «Combien de fois ne m’est-il pas arrivé, dit Andral, de continuer à trouver par l’auscultation le signe parfaitement carac-

térisé d’une hépatisation pulmonaire, alors que depuis plusieurs jours toute fièvre, toute apparence de participation de l^économie avaient disparu complètement, à tel point que sans l’auscultation on eût pu croire la maladie tout à fait terminée. »

Après cette citation, M. Hirtz ajoute : Nous allons plus loin; d’après nos nombreuses observations faites à ce point de vue, depuis de nombreuses années, devant plusieurs générations d’élèves, nous posons comme une règle que dans une série d’inflammations fébriles (pneumonie, rhumatisme fébrile polyarticulaire, érysipèle), la fièvre tombe avant la maladie locale et naît avec elle. Ce que nous ajoutons encore, c’est qu’avec la fièvre s’arrête la marche progressive de la maladie locale.

Un peu plus loin, il cherche à expliquer cette succession des phénomènes. « Avec ce que nous savons maintenant rien ne paraît plus compréhensible que la survivance de la, lésion locale à la disparition de la fièvre. Celle-ci, due en dernière instance aux troubles vaso-moteurs qui paralysent les vaisseaux et troublent la régularisation de la chaleur, peut éclater ou cesser rapidement par une modification en quelque sorte dynamique, tandis que la lésion locale doit, pour se liquider, parcourir toutes les phases de la régression cellulaire et végétative. »

La deuxième partie du .travail, l’étude des fièvres, appartient au genre nosographique. La discussion sur l’essentielité des fièvres est hors de cause aujourd’hui ; l’auteur l’effleure à peine pour arriver à leur définition qui se rapproche de celle de Cullen.

La classification des fièvres, basée uniquement sur leur continuité ou leur intermittence, ne paraît plus possible après les recherches de la thermométrie, et l’auteur, après avoir exposé la classification traditionnelle, essaye à son tour une spécification basée sur la physionomie clinique et la nature des différentes pyrexies. Dans cette classification, on doit signaler un genre ainsi déterminé : fièvres typiques., fréquemment terminées par

des crises, liées mais non subordonnées à une inflammation concomitante; il comprend trois espèces : pneumonie, rhumatisme polyarticulaire et érysipèle spontané. L’auteur s’est appuyé pour justifier celte hardiesse sur les raisons physiologiques qui s’opposent à une délimitation trop étroite, ainsi que sur les faits, cliniques qui la contredisent. Il a montré que « dans ces phlegmasies, la fièvre naît avant ou avec l’inflammation locale pour cesser avant elle, et que de plus, elle parcourt les types réguliers et préfixes comme les grandes pyrexies, et se termine par des crises. »

11 croit cependant devoir faire des réserves pour limiter sa pensée : « En rapprochant des pyrexies primitives ces trois inflammations fébriles, nous n’entendons nullement comprendre dans la même assimilation d’autres phlegmasies aiguës. »

Une longue série de courbes accompagne cette classification comme spécimen des différentes espèces quelle comprend;

L’étude diWpronostic soulève plusieurs questions; il y en a une qui a été longtemps controversée dans les écoles; c’est celle de Xutilité et de Vinviolabilité de la fièvre. « Les idées exagérées sur le pouvoir de la nature médicatrice ont fait incliner certains esprits vers l’idée que la fièvre n’est, que la réaction salutaire contre la cause morbide

« L’étude à laquelle nous venons de nous livrer fait ressortir avec évidence ce fait, que la fièvre, loin d’être un bienfait, est toujours un mal, souvent un danger et quelquefois la seule cause de la mort. »

Les autres questions du pronostic reposent sur les données traditionnelles de la clinique, renforcées aujourd’hui par la physiologie morbide et surtout par la thermométrie dont les résultats peuvent s’énoncer en aphorismes précis et importants.

Traitement. L’auteur place les indications capitales du traitement de toute maladie fébrile sous l’invocation d’un certain nombre de principes qu’il formule ainsi : « Trois conclusions

capitales résultent de ce travail et dominent la thérapeutique antifébrile : 1" c’est qu’il y a une série de pyrexies où la fièvre est toute la maladie ; 2" que quand une fièvre accompagne certaines phlegmasies (question de subordination réservée) la première n’est pas indissolublement liée à la seconde, qu’elle peut être attaquée et supprimée séparément, et que la suppression de la fièvre arrête ordinairement le processus progressif de la pblegmasie ; 3° que la fièvre, primitive ou secondaire, constitue le principal danger de la maladie. »

C’est sur ces bases que l’auteur fonde et légitime la méthode antipyrétique dont il expose les caractères et justifie l’intervention. On s’attend bien à ce que ses préférences se portent sur quelques-uns des grands médicaments qui sont les antagonistes de la température fébrile et qu’il lui a été donné d’étudier spécialement. Dans un parallèle entre les principaux agents antifébriles, il montre la supériorité des uns, la médiocrité des autres, l’inanité de plusieurs et aussi le danger de quelques-uns. Il trouve la quinine trop vantée en dehors de la spécificité paludéenne, et les bains froids répétés, selon la mode récente, d’un effet fort douteux. Il n’est pas davantage partisan delà méthode de Todd ni de son régime, au moins dans la généralité des cas.

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