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Étude clinique de quelques médicaments usuels

{Gazette médicale et Bulletin .de thérapeutique; 1860.)

Ce premier travail sorti du contrôle clinique avait pour but l’étude comparative de l’activité des extraits narcotiques suivant qu’ils fussent tirés de telle ou telle partie de la plante par tel ou tel procédé. Les différences furent remarquables et peuvent se résumer ainsi : '

L’extrait de belladone, tiré de la racine, est à celui tirés de feuilles comme 5 esta 1.

Celui â'acoŸiit fourni par la racine est à celui extrait des feuilles

XUSTDOa

comme 10 est à 1. Les mêmes faits se vérifièrent pour la jusquiame^ le datura, dont la plus grande activité est dans la semence, etc. *

31. Comidérations sur le traitement de l'albuminurie, par l’emploi des diurétiques.

{Bull, de thérapeutique, 1864.)

Après avoir montré la fragilité des indications qui reposent sur le traitement rationnel d’une lésion qui échappe à notre influence, l’auteur se tourne, à contre cœur il est vrai, vers la méthode symptomatique. « Ce qui tue en définitive dans l’albuminurie, à part quelques cas exceptionnels d’éclampsie anémique, c’est l’hydropisie avec ses conséquences fatales, et cellè-ci est intimement liée à la diminution de l’urine. Tant que cette terrible complication n’est pas là, le terme de la vie ne peut être prévu.

L’auteur ne se laisse pas arrêter par la crainte d’irriter le rein ; erreur physiologique, dit-il, car autre chose est la stimulation sécrétoire d’une glande et sa congestion vasculaire; puis il laisse parler les faits en publiant une série d’observations avec hydropisieet oligurie menaçante ; le traitement par le vin scillitique amer préparé avec la. scille fraîche amène très-fréquemment une diurèse rapide et la disparition de tous les symptômes graves en même temps que de l’faydropisie. Résultats provisoires, bien entendu, mais qui peuvent se répéter plusieurs fois, retarder et adoucir le terme fatal.

32. Considérations cliniques à propos des maladies du cœur traitées par l’hydrothérapie.

{Gazette de médecine de Strasbourg, i8^2.) '

Ce sont des considérations générales sur les indications thérapeutiques dans ces maladies ; la pensée fondamentale consiste à

établir que dans les affections organiques du cœur, l’indication capitale repose, non sur le caractère organique de la lésion, mais sur l’état dynamique de la circulation centi’ale, état qui peut se caractériser tantôt par la dépression, tantôt parla surexcitation, indépendamment des lésions de texture.

33. La série des publications qui suivent fait partie de la collaboration de l’auteur au Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques; en voici les titres : Absorbants, — Acides,— Alcools, — Amers, — Antimoine, — Alcalins, — Arsenic, — Ammoniaque, —Altérants, — Belladone, — Contro-stimulants, — Carminatifs,— Datura ,— Digitale, — Diète ,— Éméto-cathartiques ,— — Expectation, — Fer.

On peut dire que tous ces agents thérapeutiques ont subi, à la Clinique de Strasbourg, un contrôle sérieux, et quelques-uns ont reçu une caractéristique nouvelle. On renonce à entrer dans une analyse détaillée pour la plupart d’entre eux ; on se bornera à indiquer pour quelques-uns ce qui est plus particulièrement propre à l’auteur.

34. Aconit. — L’auteur a montré que l’extrait alcoolique de la racine d’aconit présente une formidable activité et dont l’extrait des feuilles ne donne aucune idée, activité caractérisée localement par une âcreté extrême et, après l’absorption, par des phénomènes singuliers qui semblent se passer dans le nerf trifacial d’abord et s’étendre ensuite jusqu’aux centres nerveux. « Picotements à la peau, surtout à la face ; picotements sur la langue et dans la bouche, dans les yeux ; vertige, excitation cérébrale, insomnie, palpitations, augmentation de la diurèse, diminution de la température et pâleur. Ces phénomènes peuvent être obtenus avec 3 ou 4 centigrammes d’extrait alcoolique de racine. Si l’on augmente la dose, ils s’accentuent davantage et se généralisent sur tout le corps/ Quelques cas d’empoisonnement accidentel

donnent lieu à des phénomènes graves de syncope et de trouble cérébral. Ces faits, inconnus chez nous, ont déjà été indiqués en Allemagne par Scbroff, et en Angleterre par Flemming. 1 .'auteur les a pleinement confirmés à la Clinique ; il en résulte « que l’aconit ne peut pas être rangé parmi les narcotiques; que son efficacité dans les névralgies revêt un caractère plus rationnel, mais que la plupart des autres indications sont réservées à l’avenir. Malheureusement le Codex français ne donne pas la formule de l’extrait de racine. »

35. Altérants. — Travail de thérapeutique générale où l’on cherche à remplacer les idées et les classifications vieillies par une acception plus physiologique.fondée sur la méthode expérimentale.

36. Antimoine. — On se bornera à mentionner ce fait, qu’après l’administration à haute dose de l’oxyde blanc et de l’antimoine diaphorétique, la sueur consécutive examinée dans le linge de quelques malades.a décelé, par l’appareil de Marsh, une trèsgrande quantité de cristaux antimoniaux l’auteur a pu montrer aux élèves de la Clinique comme preuve démonstrative de l’absorption de ces préparations dites insolubles.

37. Contre-stimulants. — L’auteur a cherché à réhabiliter la thérapeutique de Rasori sur ce point : » Si l’on ne s’arrête qu’à la formule théorique que ce mot exprime, on pourra,. dans l’état des idées actuelles, ne lui attribuer qu’une valeur historique. »

« C’est une hypothèse et une erreur physiologique ; mais, si l’hypothèse est dans la formule, elle n’est pas complètement dans les. faits qui lui servent de base, et l’on peut voir dans le cours de cet article que, si la doctrine exprime une synthèse scientifique inacceptable, elle a néanmoins pour point de départ une observation clinique d’une valeur-sérieuse et une portée thérapeutique longtemps méconnue. » :

- ÛS —

38, Fer. — Quoique la médication ferrugineuse soit un des grands moyens de la thérapeutique, on ne peut, malgré l’importance et l’étendue de cet article, en donner un aperçu même restreint. On se bornera à indiquer que son caractère principal est le mariage intime entre la physiologie du médicament et celle de la maladie. Exemple : « Fer et anémie semblent deux termes corrélatifs et indissolubles ; et pourtant dans la pratique que de mécomptes ! et, malgré ces mécomptes, quelle persévérance dans la routine ! Pour le cas particulier, cela tient en grande partie à l’abus qu’on fait du mot anémie, ou plutôt au défaut d’analyse clinique pour en déterminer les différentes espèces, » L’auteur recherche ensuite les différentes anémies symptomatiques ou idiopathiques, pour arriver enfin à celles où le fer est applicable. Tous les autres médicaments ont d’ailleurs été étudiés dans les mêmes idées et avec le même contrôle.

39. Digitale. — Les recherches sur ce grand médicament ont beaucoup occupé l’auteur dans les dernières dix années ; elles ont d’ailleurs acquis une notoriété qui lui impose la brièveté, car la plupart des traits de l’histoire physiologique de la digitale sont aujourd’huides notions vulgaires. Onpasserasous silence les longues pages consacrées à l’étude pharmaco-dynamique y compris les effets sur la température ; il reste cependant encore quelques points controversés sur la nature intime de son action, sur la tension vasculaire et sur les nerfs du cœur ; quant à la question de son action diurétique, l’auteur a prouvé que cette action n’existe pas sur l’homme sain ; il paraît prouvé, d’un autre côté, qu’elle resseri'e les capillaires, en même temps qu’elle renforce le cœur. Quant au choix et aux doses du médicament, l’auteur a donné les règles sans l’observation desquelles on ne peut compter sur aucun effet sérieux. Pour ce qui est de l’emploi thérapeutique, l’auteur reste persuadé que ce médicament héroïque n’est pas assez vulgarisé en France, surtout dans les phlegmasies fébriles et les pyrexies ; l’application

de la digitale à tout ce groupe de maladies comporte, dit-il, une objection générale « que le caractère encore dominant de nos réminiscences d’école ne manquera pas de susciter : sur quelle partie delà pneumonie agira la digitale? Évidemment pas sur le parenchyme directement. Antagoniste du pouls et de la chaleur, elle ne peut agir que contre la fièvre ; or, celle-ci n’étant qu’un effet, qu’une ombredu corps de la maladie, c’est la cause locale qui doit dominer l’indication. »

 cette objection, l’auteur répond en indiquant comment la digitale guérit les fièvres inflammatoires, la pneumonie par exemple. C’est un long chapitre de physiologie pathologique et d’études cliniques qui ne peut se reproduire ici; il est terminé par des tableaux graphiques qui font saisir à l’œil la précision et l’énergie de son action dans la pneumonie. L’observation, ainsi conduite, nous montre qu’il faut en général au moins vingt-quatre heures et moins de quarante-huit heures pour que l’action de la digitale se fasse sentir; la fièvre vaincue, le malaise général disparaît, la maladie locale cesse dé progresser, mais persiste encore quelques jours pour disparaître prochainement. La défervescence s’accompagne à peu près des mêmes phénomènes critiques que ceux qu’on observe dans le dècours normal. «Dans la pneumonie, la digitale est particulièrement indiquée lorsque la fièvre est franchement inflammatoire et la température éloignée. »

La même méthode s’applique et les mêmes résultats s’observent dans la fièvre rhumatismale.

« Quant aux fièvres primitives, les typhoïdes par exemple, l’indication antipyrétique est bien plus pressante encore là où la fièvre semble dominer la scène morbide comme élément primordial delà maladie, car là surtout, plus encore que dans les phlegmasies, de l’intensité de la fièvre dépend la gravité du danger, et de la sûreté de là médication antifébrile, la vie du malade...

« L’idée qui doit dominer ici la thérapeutique, ce n’estpas de guérir

la maladie, en tant qn'espèce morbide, ni même de juguler, comme ou dit, la fièvre typhoïde, mais d’en modérer la marche et l’intensité. » Il va de soi que c’est surtout sur les sujets sanguins et à la fin de la période ascendante que la médication trouve sa place la plus naturelle.

L’auteur joint ici à ses propres observations celles de Traube, Wunderlich, Ferber, puis il ajoute : « Nous pouvons affirmer, en notre nom et en celui des auteurs que nous avons analysés, que nous n’ayons observé aucun accident grave, aucun décès qui pût être attribué logiquement à la digitale, et qu’on a, au contraire, diminué ou fait disparaître des symptômes graves ou qui auraient pu le devenir. »

Suit un tableau graphique indiquant la marche de la fièvre typhoïde sous l’impression de la digitale.

L’emploi de la digitale dans les maladies du cœur se fonde sur une notoriété plus ancienne ; mais ses indications et contre-indications, selon les. espèces cliniques, sont complètement à refaire, reposant tout entières sur une foule d’erreurs et d’idées préconçues. L’auteur a cherché à faire le jour dans ce dédale et à fonder l’indication sur la physiologie et la clinique. On ne peut analyser ici ces données. '

Tiennent enfin quelques considérations secondaires sur l’emploi de la digitale dans diverses autres maladies (palpitations nerveuses, cachexie ophthalmique, hydropisie, etc.). L’observation rigoureuse est obligée ici de constater bien des lacunes et beaucoup d’assertions et de faits erronés.

Les principales données du .travail sont résumées en quelques propositions finajles :

« 1” La digitale de bonne qualité, à dose thérapeutique, détermine, au bout de vingt-quatre à trente-six heures, du malaise, des nausées, souvent des vomissements, toujours le ralentissement

du pouls et la dépression de la température; les urines, chez l’homme sain, ne sont pas augmentées de quantité et sont généralement diminuées de densité ; le ralentissement du pouls, ordinairementprimilif, et quelquefoisprécédéd’unelégère accélération, précède à son tour la diminution de la température ; celle-ci dure moins longtemps que le ralentissement du pouls, qui continue quelque temps encore après la cessation de la digitale.

» A doses très-fortes, les phénomènes apparaissent plus vite, sont plus violents ; les troubles du cœur peuvent amener, si la dose est toxique, le délire, la syncope et la mort. La dose toxique est de beaucoup supérieure au maximum de la dose thérapeutique, et celle-ci n’entraîne aucun danger.

» T La digitaline, tout en représentant les principaux effets de la plante-mère, est d’une graduation plus difficile et d’un usage moins pratique.

» 5" Le .principe actif de la digitale semble s’accumuler dans l’économie et conduire à une saturation graduelle, de sorte que les effets produits survivent quelque temps à la cessation du reniède.

» li° Les indications câpitales de la digitale se rapportent principalement : a. à la fièvre; b. aux maladies du cœur.

» 5" Dans la fièvre, ladigitale ralentit toujours le pouls etdé-^ prime la chaleur, et cet effet est beaucoup plus prononcé que hors l’état fébrile. Même lorsque la fièvre est accompagnée d’une inflammation locale (pneumonie), la digitale produit néanmoins la défervescence, et la maladie locale cesse de progresser. Dans les pyrexies primitives, à évolution régulière, la digitale employée pendant lapremière période peut arrêter définitivement la fièvre ; mais plus souvent celle-ci reprend son cours, mais avec moins d’intensité.

» 6° Dans les maladies du cœur, la digitale, en régularisant là circulation, peut suspendre pendant longtemps tous les symptômes de stase et d’asphyxie et faire disparaître les hydropisies qui en dépendent. L’indication et la Contre-indication se déduisent moins de la nature de la lésion du cœur que de son état dynamique. Les hydropisies qui ne dépendent pas du cœur ne guérissent pas par la digitale.

» T Les troubles nerveux du cœur, lorsqu’ils sont prirriitifs, cèdent fréquemment à cette médication.

» 8“ Les affections mentàlés et convulsives, traitées par la digitale, ont donné lieu à des résultats contradictoires qui réclament un contrôle nouveau.

» 9° Le pouls, ralenti par la digitale, est généralement plus fort et plus plein. La tension artérielle semble augmentée, et l’action intime et essentielle du remède paraît consister dans la restitution de la contractilité capillaire sous l’influence des vaso-moteurs dérivant du grand sympathique. La digitale doit être considérée, dès lors, comme un régulateur de la circulation par une action excitante et tonique, et non pas hyposthénisânte comme on l’admet généralement.

» i0“ Cette théorie explique rationnellement les résultats favorables obtenus par la digitale dans les fièvres, les congestions, certaines hémorrhagies et les troubles circulatoires liés aux maladies du cœur. »

Aux recherches personnelles de l’auteur sur la digitale, il convient de rattacher deux thèses de ses élèves, prises dans son enseignement.

CoBLENTZ. De l’emploi de la digitale comme agent antipyrétique (1862). — Travail très-remarquable, portant principalement sur le traitement de la pneurapnie et du rhumatisme fébrile.

Laederich. De ï emploi de la digitale pourprée dans le traitement de la fièvre typhoide (1865).

Enfin, dans le domaine de la thérapeutique, la thèse de Linon [Essai sur le veratrum viride comme agent antipyrétique). Ce fut la clinique de Strasbourg qui introduisit en France cette substance remarquable ; les. préparations de Hepp imprimèrent à son extrait résineux une activité presque violente. L’action antipyrétique put être étudiée avec précision ainsi que les indications et contre-indications.

Tel est le résumé, trop long sans doute, du contingent scientifique de l’auteur. 11 a suivi dans ses études les phases successives de la médecine contemporaine.

Au début de sa carrière, c’était l’ère du diagnostic physique des maladies. H lui a été donné de s’associer, pour sa très-modeste part, à cette œuvre si glorieuse pour la science française.

Plus tard il s’est voué à l étude des troubles généraux de l’organisme, qui très-souvent dominent ou déterminent les lésions locales; vérité admirablement comprise par les anciens, mais qu’il s’agissait de préciser et de rajeunir par des méthodes d’invesfigation exacte conduisant à une démonstration rigoureuse. De là ses recherches sur la nature et les caractères des phénomènes fébriles, la polyurie, etc.

Vers les dernières années il a cherché à contribuer pour sa part à la restauration scientifique de la thérapeutique par une méthode plus physiologique et un contrôle clinique plus sévère.

Fidèle, il le croit du moins, à l’esprit de notre temps, mais rattachaflt étroitement nos progrès à ceux faits par nos devanciers, il s’est toujours efforcé d’imprimer à la clinique une direction scientifique, et de l’associer à une solution des problèmes posés par notre époque. i

tARIS. — IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNI

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