De la congestion rénale primitive et de sa pathogénie
Bulletin de la Société médicale des hôpitaux et Gazette médicale de Paris, 1886.
Le refroidissement subit paraît dominer toute l’étiologie de la congestion rénale. L’auteur a cherché comment pouvait s’exercer l’action pathogénique du froid, et l’étude chimique de la sécrétion urinaire l’a conduit aux conclusions ci-dessous :
L’action du froid sur la peau, et la fluxion rénale réflexe, constituent
\e premier acte morbide. Le rein fluxionnê devient momentanément insuffisant, le départ des déchets de la vie est entravé ; l’urée, les extractifs etles leucomaïnes qui proviennent, du.jeu.des fonctions organiques et, dont la genèse, est probablement ,influencée, par la mise en, activité du réflexe cutané, sont retenus dans les plasmas,, et cette rétention forme le deuxième acte, morbide. La réaction de l’organisme, devant, ces déchets retenus dépend de deux conditions : d’abord leur quantité et leur qualité,, ensuite la durée de leur sêiour. A la faible quantité, A iaqualité normale,, à la courte rétention, correspond la (orme dite commune de la, congestion rénale qui se juge par une décharge rapide.
A la quantité plus grande, à la qualité plus, nocive, à la plus, longue rétention, correspond la forme, typhoïde; et l’on-retrouve ici les notions que l’auteur a exposées à propos de la dothiénentérie sur les conditions génératrices de, l’état typhoïde.. Voilà les deux.éventualités du troisième acte morbide.
Ces trois grandes étapes pathogéniques demanderaient à être analysées dans leurs détails, car elles sous-entendent un certain nombre de points d’une réelle importance. C’est ainsi que l’influence du réflexe cutané sur la désassimilation, l’effet produit sur celle-ci par la rétention des déchets, sont autant de faits qui ne sauraient être passés sous silence, et dont la chimie des échanges, — chiffre-élevé de l’urée, phosphaturie temporaire, pertes en potasse et en soufre, — montrent toute la valeur.
Au point de vue des troubles de la nutrition, la congestion rénale primitive a donc tout à fait les allures d’une maladie générale, mais d’une maladie générale en quelque sorte secondaire au retard que produit dans les éliminations rénales l’acte initial de la fluxion rénale et dont le principal terme est une auto-intoxication par rétention, suivie d’une décharge plus ou moins rapide.
Supposons qu’une condition quelconque s’oppose à cette décharge, l’auto-intoxication pourra arriver à un degré assez élevé pour que le malade succombe. C’est ce qui est arrivé dans un cas type oà le malade, atteint d’une vieille néphrite absolument latente, s’était, en quelque sorte, accommodé à sa lésion rénale, de manière que l’émonctoire, quoique altéré,suffisait aux éliminations.
Un jour, un coup de froid mit en jeu les réflexes cutanés et viscéraux, et les reins se congestionnent comme, les poumons. Et cette poussée congestive est d’autant plus intense dans les reins que ceux-ci constituaient
des lieux de moindre résistance, en raison des lésions antécédentes dont ils étaient le siège. Alors ces reins, dont le territoire resté sain pouvait encore excréter les déchets de la vie cellulaire, devinrent tout à coup insuffisants ; les résidus organiques s’accumulèrent dans le sang et dans les tissus ; la maladie prit une apparence infectieuse ; le foie et la rate devinrent volumineux comme dans les affections typhoïdes. Puis les anciennes lésions rénales endormies reprirent une activité nouvelle à la faveur de cette congestion qui frappait tout l’organe ; l’insuffisance crût et l’élimination diminua ; tout conspira pour empêcher la décharge salutaire qui eût entraîné au dehors les poisons organiques ; l’auto-infection fit de rapides progrès, et après une courte défense, le malade succomba.
Ces conclusions sont étayées sur des chiffres et non sur des théories. Et la comparaison entre la chimie des éliminations dans les cas qui ont guéri et celui qui s’est terminé par la mort, leur donne un caractère de certitude dont la clinique ne peut manquer de profiter.
Pathologie interne.